Ce qui est aduenu en la retraicte du Duc de Parme depuis le 20. Nouembre iusques au 27. dudit mois 1590. Auec les nouuelles de Dauphiné.
LONDRES Imprimé par Andre Whitte, & se vendent a sa bottique en Cornehill prez de la Bourse. 1590.
Ce qui est aduenu en la retraicte du Duc de Parme, depuis le 20. de Nouembre, iusques au 27. dudict Mois 1590.
LE Vingtiesme du Mois de Nouembre, le Roy estant party de Coeuures pour suyure le Prince de Parme & le Duc de Mayēne, qui estoit auec luy: trouua en plaine Campaigne vne compaignie d'Espaignolz naturelz, lesquelz il deffeist à la veue dudict fieur de Mayēne, & y fut le Baron du Fort blecé d'vne Mousquetade.
Depuis le 25. dudit Mois, sa Maiesté deslogea de Fere en Tartenois, sur l'aduis qu'elle auoit eu, q̄ le Prince de Parme deslogeoit de Fismes, petite ville où passe la riuiere de voesle, & s'achemina droit vers luy, accompagné de huict cens cheuaux, & autant d'harquebusiers à cheual, commanda au Baron de Biron deprendre quinze cheuaux auec luy, & ietter desdecouureurs deuāt, affin de prēdre langue, quelle cependant s'en alloit dans vn bois à main droicte, accompagné de vingt cinq cheuaux. Les decouureurs dudict sieur Barō de Biron rapporterent que l'ennemy estoit party d'vn village fort proche nommé Bazoge & qu'il s'achemi noit vers Pontauers où passe la riuiere d'Esne. En mesmes temps le Roy donna dans ledit village ou [Page 2] il ne trouua que quelques paysants armez & prests d'aller au combat contre les ennemis de sa Maiestè. Et enuoya le sieur de Fronterac Chicot & Dauerus recognoistre sur le mont Sainct Martin, si l'ennemy n'auoit rien laissé au pied dudit mont pour seruir d'embuscade, ils le voient apertement dans la pleine la teste rournee vers ledit Pontauers. Sadite Maiesté passa dans ledit village ladite riuiere de Voesle & manda à Monsieur de la Noue qu'il feist acheminer son armee vers Pōtarzy pour gaigner le passage de la riuiere d'Esne, que ce pendāt elle alloit suiure l'ennemi, de sorte qu'estāt quelque peu aduancee dans la pleine, elle apperceut quelqu'un l'acompagnier de Caualerie & 4. regiments de gens de pied qui arriuoient dans ladite ville de Fismes, qui estoiēt destinez pour la garde du bagage. Et si sa Maieste eust esté soustenue de cinq cētz cheuaux plus qu'elle n'auoit, elle les eust taillez en pieces: mais la crainte qu'elle eut que les siēs s'amusassent au bagage l'occasiona de ne rien hazarder ains s'achemina vne grande lieue dans la plaine: & enuoya ledit sieur Baron de Biron auec vingt cinq cheuanx denant sa trouppe de cheuaux legers. Manda aussi audit sieur de la Noue qu'il luy enuoyast dix gendarmes de chacune compagnie & qu'il feist loger & repaistre le reste de l'armee ce qu'il feist, & lors sadite Maiesté dressa cinq petits escadrons de Caualeire de cinquante ou soixante cheuaux chacun: les Carabins de l'ennemy commencerent à venir vers ledit Sieur Baron de Biron, [Page 3] lequel sadite Maiesté alla trouuer, acompagné du Seigneur Alfonze lorse, & au mesme temps ledit sieur Baron feist vne charge ausdicts carabins, dont y en demeura huict ou dix sur la place. Le Royse mesla auec luy, & ledit Seigneur Alfonce monstra à sa Maiesté. Le Duc de Parme qui auoit vn chappeau plat, vne grande fraise, vne petite Iuppe double de fourrure, monté sur vn Cheual bay, lequel meist le main à l'espee pour faire retirer ses gens & feist faire six ou huict passades à son cheual, ce que sa maiesté feist aussi de son costé proches tous deux d'enuiron cent pas. Sadite Maiesté se douta que ceste retraite n'estoit que pour estre suiuy du gros de leur armee. Aussi ledit Sieur de la Noue arriua, qui luy dist qu'il luy sembloit auoit veu toute la caualerie de l'ennemy en bataille, & l'infanterie aussi: Incontinent sadite Maiesté commanda que l'on se retirast, & n'ayant pas opinion que la retraicte fust si longue, elle fut contrainte de demeurer quatre heures en bataille, deuant les ennemis, lesquelz vindrent armez à elle, laquelle laissa ledit sieur Baron de Biron derriere auec sa trouppe de cheuaux legers, menee par le sieur de Sandal, lequel auoit laisse le Cappitaine Broust, & deux de ses compagnons cheuaux legers à vingt pas de luy, à fin de tenir les carabins en haleine. Il y eut vn soldat indiscret qui estoit de sadite maiesté, quis' ēgagea par my les carabins, & commenca de crier à l'aide Ces trois vont pour le sēcourir où ledit Cappitaine Broust y receut vne harquebuzade dans l'oeil [Page 4] gauche, dont il tomba mort. Alors ledit Baron de Biron retourna droit vers l'ennemy feist charger le mort sur vn cheual, & l'emmener au village de Lon geual, & feist ferme sur la crouppe de la montaigne de laquelle il failloit descendre par vn chemin fort estroit dans ledit village, renfermé de basse muraille. Sadite Maiesté pēsant que ledit sieur Baron fust engagé voulut commander au sieur de Sandal d'aller faire vne charge auec ses cheuaux legers: Mais elle cogneut qu'il l'auoit preuenu & que s'estant mis auec ledit sieur Baron de Biron, ils auoient ensemblement poursuiuy l'ennemy plus de mille pas dans la plaine. Sadite Maiesté cognoissant outre l'estroit du chemin oú il falloit passer, que ses ennemis le pressoient, Iugea qu'il valloit mieux ietter le hazard sur quelques harquebuziers à cheual, qui estoient la, que de laisser perdre sa Noblesse, c'estoient les deux compagnies de Sainct Denis & Sainct Felix, ausquelz elle feist mettre pied à terre, & commencerent l'escarmouche fort aspre, & amuserent tousiours l'ennemy, cependant que toute la caualerie de sa Maiesté se retira, les carabins mirent aussi pied à terre, & descendirent furieusement du haut de la montaigne dans ledit village, de longeual oú sadite Maiesté s'estoit retiree: Lesdits harquebuziers s'y retirent aussi: mais ledit Cappitaine sainct Felix y fut tué, vn de ses harquebuziers & vn des cheuauz legers de sa Maiesté, & quatre ou cinq cheuaux de morts: lesdits harquebuziers eurent toutefoys le loysir de tirer leurdit [Page 5] Cappitaine & compagnon par les Iambes dans ledit village, duquel ilz fermerent les portes au nez des ennemis, lesquelz donnoient des coups d'espee par dessous, vne des portes dudit village, & des coups de lance par les fentes d'icelle: nos harquebuziers entrerent cependant grand nombre par les canonnieres. Ce que voyant lesditz ennemis allerent par vn autre costé pensantz entrer dans ledit village, où ilz trouuerēt aussy la porte fermee: mais ilz eurent moyen de la faire ouurir par vn paysant. Alors ils entrerent six & rencontrerent le Cappitaine Bonomouer. Le Cappitaine Saint Dennis, & vn harquebuzier: Ledit Cappitaine Bonomouer, marcha droit à eux & en renuersa vn d'vn coup de picque, & feist tirer ledit soldat qui en tua vn autre, les autres sortirent du village, & alors ledit sainct Denis ferma la porte. Les harquebuziers prindrent leurs cheuaux & suiuirēt le Roy qui quita ledit village, où les ennemis entrerent incontinent. Entre ledit village & la ville de Pontarsy. Il y a vn bois a la teste duqùel sadite Maiesté feist mettre sa cauallerie en bataille pour faire ferme, & la feist passer ledit bois & gaigner ladite ville de Pontarsy, alors les trouppes se meirēt à passer l'eau. Les ennemis sortirent droit du village & s'arresterent quelque temps, craignant qu'il n'y eust des harquebuziers logez en ce bois: Mais ilz passerent en fin, & rencontrerent ledit sieur Baron de Biron qui leur feist vne charge, où il en tua vingt cing ou trente. sa Maiesté feist mettre pied à terre à [Page 6] la compaignie du Capitaine Langemy, qui n'auoit point encores combatu, qui feist vne salue d'harqebuzades aux ennemis, desquelz ils tuerent grand nombre, & se retirerent à la faueur de la ville & repasserent la riuiere. Alors le Duc de Parme commenca à se retirer & campa ceste nuict la, ayant lal'arme & l'effroy, craignant que Monsieur de Neuers vint par derriere. Le matin ensuyuant, il y auoit vingt cinq ou trente carrabins escartez, qui vindrent à ladite ville demander le quartier du Prince de Parme, on les y laissa entrer, où ilz ne feurēt si tost que les paysantz les ietterēt dans l'eau de dessus le pont. Sadite Maiesté ioignit mondit sieur de Neuers le 27. dudit mois Decembre les sieurs Guiury & Parabel, qui luy amenerent de belles troupes, auec lesquelles estant partie ledit iour de Nisy le Chasteau pour suyure les ennemis qui tiroient vers l'arbre de Suyse.
Nouuelles de Dauphiné.
LE Sieur Desdiguieres ayant receu commandement du Roy, par deux depesches de sa Maiesté de faire la guerre au Duc de Sauoye, estima ne deuoir plus differer l'execution de ses volontez. Mais apres la reception de ses depesches (qui fur sur la fin de may:) n'ayant aussi retardé iusques àlors, que pour les empeschementz qu'il auoit dans la Prouence, assaillie en diuers endroitz par les ligueurs de Sauoye, Lyonnois & Dauphiné.
Ceste deliberation fut encores sursyse, par le secours qu'il fut contraint de donner en personne au Seigneur de la Valette durant les mois de Iuin & Iuillet, qui furent presque employez aux affaires de prouence. Où les choses succederent de sorte que l'ennemy, (apres auoir refuze le combat, & perdu la campaigne) quicta pour marque de sa lacheté, les villes & chasteaux de Paruys, Pumichet, Vallausole, Montaignac, Solluerus, Pignaux & Lorgis, reduits les vns par force, & les autres par composition, sous l'obeissance de sa Maiesté.
Durant ceste absence, le Cappitaine la Cazette, subiect de sa Maiesté, mais Sauoysien d'affection, [Page 8] tramoit auec le duc la prinse des villes & chasteaux de Briançon, & d'Essiuers, tenues par la ligue, & la Saisie de Montfeure de Ballus & Sezaune, ayantà ces fins receu commission de leuer des gens de guerre, en attendant l'arriuee de vingtquatre enfeignes d'Efpaignolz, pour à la faueur d'icelles & conformité de mesme party, faciliter son eutreprise.
Le Sieur desdiguieres informé de longue main de ses menees, & preuoyant l'importance de ceste perte, qui fermoit le chemin au passage des armees & artillerye Françoyse, & ne luy lassoit aucune ouuerture pour penetrer en Piedmont: pratiqua si à propos les plus gens de bien de la vallee, qu' à la faueur d'iceux, la maisō de la Cazette fut petardee, & luy tué le 15. Iuillet, demeurant par ce moyen le Duc hors d'esperance de ses pretentions.
Ceste nouuelle rapportee au sieur desdig. Ie feist rebrousser en Dauphiné, & s'acheminer à grandes iournees en la ville d'Embrum, où il fut rencontré par les deputez de ladite vallee, qui apres auoir vierifiéles trahisons de la Cazette, par les papiers qui furent prins en sa maison, presterent serment de fidelité au Roy, & furent renuoyez pour disposer de plus en plus les peuples qui les auoient deleguez àl'obeissance de sa Maiesté.
Cependant ledit fieur Defdig. aduerty de l'esbranlemēt que rappotroit ceste mort, & la reddition volōtaire de ses peuples, & de la ville de Brianson, qui ne pouuoit subsister sans eux, sachants auffi que le party du Roy formé dans la ville, commençoit a prendre courage, feist atteler & conduire quattre canons deuant la place, lesquelz estants places, & les approches faites, l'ennemy parlementa, & finalement furent la ville & le chasteau rendus la seiziesme, d'Aoust par Claueyfon qui en auoit le gouernement de Monsieur de Mayenne.
De là, ledit sieur Desdig passa la montaigne, esperant de reduire Essilles par vn traité qu'il auoit de longuemain auec le gouuerneur Mais voyant que ceste negociatiō s'en alloit en parolles, & qu'il n'estoit assez preparé pour forcer le lieu, & que ledit Seigneur de la Vallette le sollicitoit pour le secours de sainct Maximin, assiegé par martineigo. Il se contenta pour lors de prendre le serment de tous les peuples, qui se monstrerent affettionnez au seruice de sa Maiesté. Puis reprint le chemin de Prouence, & se trouua le 15. Aoust logé à Barcelonne. Sallines vieil Cappitaine Espaignol qui à longuement commandé aux cheuaux legers en Piedmont, du temps des guerres Royalles, partit de Barcelonne où il commandoit pour le Duc, & donna sur vn quartier, où la compagnie d'infanterie [Page 10] de Boyset & vne douzaine d'hommes d'armes du sieur de Bricquemaut estoient logez. Qui les receurēt de sorte; à l'ayde de deux enseignes de gens de pied, qui acoururent au bruict, que les Sallines ylaissa six vingts hommes morts, & trente Espaignols prisonniers, & se sauua luy sixiesme. La voluent Cappitaine des gardes du Duc, fut aussi prins, & blecé, dont ilmourut, preueānt par son decez, le supplice qu'il auoit merité, pour auoir vendu au feu Duc de Sauoye (apres la mort du Mareschal de Bellegarde) la ville & Chasteau de Carmaignolles, où luy & son pere commandoient, pour le seruice de sa Maiesté.
Le l'endemain, 16. Aoust, ledit sieur print par composition le Chasteau de Risolier, qui est au Duc, où il y auoit deux enseignes de gens de pied, qui sortirent auec leurs armes, laissants leurs drapeaux
Apres cet exploit, continuant so chemin, il entra en Prouence si à propos pour ceux de sainct Maximin, que Martiningo, sentant ceste venue, & son armee fort harassee, leua le siege, & ledit sieur Desdiguieres se trouuant porté dans le pays, pour y laisser quelque marque de sa venue, feist trainertrois Canons deuant le Chasteau de Barles, qu'il inuestit, & apres vn siege de huict iours, le print à discretion, le dernier Aoust.
Pendant ce voyage le Duc de Sauoye accompaigné d'enuiron trois mil hommes de pied, & quatre cens cheuaux, vint assieger & battre de trois Canons, vne Eglise nommee sainct Paul, que ledit sieur Desdig. auoit legerement fortifiee sur les terres dudit Duc, à quatre ou cinq lieues d'Embrum, & emporta ladite place par composition, dont la garnison sortit auec les armes, enseignes, & tambours battantz en gens de guerre, le mesme iour que Barles fut prins.
Ce mesme iour aussi ledit sieur Desdiguieres ayant aduis du siege de Sainct Paul, partit en diligence pour le se courir, en intention de combattre le Duc, vsant à ses fins de telle celerité, que le troisiesme Septembre, il se trouua logé en Varret, à trois lieues de l'armmee de son altesse, qui print la peyne de retirer sa personne, sur le soir, de la Montaigne de l'Arche, & s'en alla toute la nuict auec flambeaux, estant suyuy le lendemain de son armee, dont quelques vns furent prins sur la queue, & entres autre Petro de Vierges Espaignol, archer des gardes de l'infante.
Le iour suyuant qui sut le 6. Iedit sieur desdig. se resolut de forcer sainct Paul, & encores qu'il n'eust [Page 12] son canon ne laissa de l'inuestir, à coup de Mains, et à l'ay de de quelques Grenades petarda la porte en plein iour, et feist tailler en pieces deux cents hommes de Guerre qui estoient de dans, ne demeurant prisonner que le Cappitaine de Strata gouuerneur du lieu, & son alfier nommé Hercules cauero Millannois. Ceste place ne demeura que quatre iours es mains de l'ennemy, et fut reprinse par vn conbat de main, qui dura trois heures, sans quil y ait esté perdu du party du Roy, qu'vn Cappitaine nommé Belleure, & quelques soldars blecez, encores que le lieu fust flanqué & fossoyé.
En mesme temps que le duc battoit sainct Paul, il auoit faict entrer sō armee, auec partye des forces de Sauoye & la milicie Piedmontoise, dans la vallee d'Essilles, estimant auec ses troupes, qui pouuoient estre de quatre mil hommes de Pied, & trois ceus cheuaux, fourrager le Briançonnois, puis Ioignant le tout à soy battre Guillestre, & courir le Lābriuoys à quoy desirant ledit sieur Desdig. remedier, soudain apres la reprise de S. Paul, qu'il feist raser, prent le chemin de Briauen, & sachant que l'ennemy, qui estoit logé à chaumont, s'aprestoit pour forcer le pas d'Essille gardé & baricadé par les habitans des vallees, il y depescha par auant le sieur de Morges son Nepueu auec sa Compaignie de ainquante salades, & deux enseignes de gens de pied, lequel y arriuant sur le point du combat, Meist pied à terre auec les [Page 13] siens & raliant a soy l'Infanterie redoubla de telle sorte le courage de tous, que l'ennemy qui auoit attaqué la barriquade par trois endroitz auec quinze cents hōmes de pied, & quatre vingt ou cent hōmes d'armes, fut repoussé, et laissa six vingts hommes morts sur la place, ce qui aduint le 9. Septembre.
Le 13. le Sieur lesdig. arriua au lieu Douly a trois lieues d'Essilles, ou il receut nouuelles, que le duc (ayant enuoyé partie de ses forces au sieur de Sonnas) s'estoit acheminé à Nice. Ce qui luy feist iuger que ledit Sonnas, se voyant renforcé de nouueau secours, hardiroit le combat. A quoy ledit sieur desirant l'attirer, se resolut de battre Essilles, & a ses fins tira quatre canons d'Embrum, qu'il feist, passer les Monts & mettre en veue de la place, ne laissant pour cela de paroistre de iour a autre deuant Chamois, ou ledit Sonnas estoit, lequel fasché de ses importunitez, quicta ledit Chamois, & se retira a Suzes, ou ledit sieur lesdig. sacheminant le 26. Sept. (pour recognoistre la place & la contenance de l'ennemy) rencontra fortuitement aupres de Iallase a demye lieue de Suze, ledit sieur de Sonnas, accōpaigné de quinze cents harquebuziers, et cinq Cornettes de Caualerie, lequel il attira si a propos a l'entrée de la plaine; qu' estantz chargez par cent soixante salades: Il fut deffaict, et mis en routte, laissant quatre cent cheuanx morts sur la place. Entre lesquels fut Clapot l'aisné, sergent de batraille, & [Page 14] les sieurs de montaigues, & de valuernes. Il y eut dixsept Capitaines en chef mortz ou prisonniers, et entre les prisonniers, Clapot le puisné Mareschal de Camp. qui mourut deux Iours apres, l'Abres lieutenant de la Compaignie de gens d'armes du Marquis de Treffort Gouuerneur de Bresse, le Capitaine Troisselueés Sauoysien, le Cappitaine la Riuiere, & le Cappitaine S. Orens. Et sans la retraicte prochaine, il n'en fust reschappé vn seul. Quant à Sonnas, il se perdit de telle sorte, que les siens le tindrent pour mort, iusques enuiron la minuict qu'il se trouua à la porte de Suze.
Le iour precedent, qui fut le 25. sur vn aduis que l'ennemy deuoit faire vne course en Preralla, le sieur de Bricquemault y fut enuoyé, & arriua sur le lieu auec sa compaignie de gens de cheual, trouuer l'ennemy sur la retraicte, dont il en attrapa vne douzaine.
Le vingt septiesme, le sieur Desdiguieres se voyant renforcé par ceux de pontz & de Briançonnois, qui luy enuoyerent enuiron deux cents soldats, tant de leurs troupes, que de celles du sieur Gouuerneur, & de S. Sauueur. Et deux ou trois cēts harquebuziers, tourna ses desseings entierement contre Essilles, qui commenca dessors à parlementer.
Le surplus de ce mois se passa au siege d'Essilles dont le Gouuerneur nommé Pousānas qui y estoit par le Duc de Mayne, voyant le mauuais estat des affaires du Duc de Sauoye, le canon prest à placer, le sieur Desdig. acreu de nouuelles forces, tous les peuples bandez cōtre luy, & nulle apparence de secours rendit finalement la place, & en sortirent armes & bagues sauues le dernier de Septembre, demeurant par ce moyen le passage de deza les montz au pouuoir de sa Maiesté, & le Dauphiné borné de son ancienne limite, fortifiée par les Roys, du temps des Guerres d'Italie.
Le lendemain de ceste rendition le sieur Desdig. ayant sceu que le sieur de Morges son nepueu auoit pris le iour precedent assignatiō auec le sieur de Sonnas pour cōbattre ce iour là, cinquāte contre cinquante à cheual, mena sondit nepueu sur le champ de bataille où il demeura depuis son arriuée à neufheures de matin, iusques à trois heures apres midy, sans que l'ennemy comparust que par vn trompette, qui finalement apporta vne lettre de Sonnas contenante que sur la resolution quil auoit prinse d'estre de la partie, il en auoit demandé permission à l'Infante, & n'en auoit encores responce.
Le mesme iour, qui fut le 1. Octobre le sieur Desdig. qui durāt l'attente de Sonnas auoit remarqué [Page 16] vn passage pres de Iallon où l'ennemy s'estoit retranché & logè auec huict cōpaignies d'Infanterye, commādeés par le Gener. Venust, voyant par la responce dudit Sonnas qu'il ny auoit plus esperance de duel, resolut d'employer le surplus du iour à forcer ledit lieu, releué sur le pendant de la Montaigne, entre Suze & la Noualaise, & ayant trouué façon de loger cent mousquetayres qui battoient en courtine, ses retrenchementz furent forcez, où il fut tué quatre vingts hommes, & le surplus se sauua par les precipices: ledit Venust & le Cappitaine Cassard & Charbond, demeurent sur la place, le Capitaine Villars & quelques autres prisonniers, & quatre Compaignies de Genton Maistre de camp, se desbenderent sans estre raliees du depuis.
De là, ledit fieur l'Esdiguieres reuint à Essilles, & renuoya lesdites pieces d'artillerye dans Embrum, faisant en mesme temps trainer deux canons de Gap à Barcelonne ville du Duc, dependante de la conté de Nice. La quelle estant inuestye par les troupes qu'il auoit depescheés par aduant, & luy finallement arriué auec le canon, la ville fut battue le samedy, & le mesme iour la bresche faicte, l'ennemy parlementa, & se rendit vie sauue, laissantz les armes, & les Enseignes, cheuaux & bagages, fors les Capitaines, qui sortirent auec l'espeé sur vn bidet: aux habitants fut accordé la iouissance [Page 17] de leurs biens en viuant souz l'obeissance du Roy, comme les autres subiects de sa Maiesté & à la charge de payer la somme de six mil escus pour larmeé & voiture de l'artillerye. Le Gouuerneur nommé Coroloere, sortit le 14. auec enuiron trois autres soldats estrāgers, & auec autant de ceux de la ville & circonuoysins, qui se retirerent en leurs maisons soubs la sauuegarde de la Maiesté.
Le 14. ledit sieur feist tourner le canon contre le chasteau de Merlans, qui fut battu le 15. sur le tard, seulemēt de quelques volees de canon, pour recognoistre la contenance de l'ennemy, lequel apprehendant la batterye du lendemain, se sauua la nuict sauf trente deux, qui demeurerent prisonniers de ceux qui estoient en guarde. Et voyla le sommaire de ce quis'est passé en ce cōmencement de Guerre, où ledit sieur Desdig. n'a iamais eu plus de trois cents cheuaux, & douze cents harquebuziers, n'ayant trouné plus rude ennemy que la hauteur inaccessible des montaignes, où il a fallu trainer le canon, & sur tout, au voyage de Barcelonne: mais le soing & diligence a surmonté les difficultez, dont la gloire soit à Dieu.