VOYAGE DE L'AMOUR En ANGLETERRE. DEDIE A Madame la Duchesse DE PORTSMOƲTH.

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A PARIS Et se vend a Londres, chez Richard Bentley, a la Poste de Russel-street au Commun-Jardin. MDCLXXX.

A MADAME LA DUCHESSE DE PORTSMOƲTH.

MADAME,

JE Serois le plus temeraire de tous les hommes si en vous offrant cet ouvrage je pensois vous avoir presenté quelque chose digne Vôtre Grandeur, je sçay [Page]le peu de proportion qu'il y a de cette foible production de mon esprit avec ces grandes Lu­mieres dont le vôtre est eclairé, & je m'abuserois sans doute si je croyois avoir atteint par mon travail cette perfection qui vous peut plaire puisque les plumes les plus delicates auroint de la Penne a y reussir. Ce n'est donc pas Madame avec un sentiment si presomptueux de ma suffisance que je sers d'interprete a l'A­mour & que j'ose lui servir de guide dans ce Voyage. Je scay trop bien que mon organe a trop peu de raport avec le son de sa voix, & je suis persuadé que la foiblesse de mes expres­sions ne peut donner q'une le­gere idée de ses pensées. Je n'ay [Page]donc point Consideré dans cette entreprise la debilité de mes for­ces ny ce juste discernement de vôtre esprit qui vous faict apper­cevoir des moindres deffauts dans cequi semble de plus achevé: Cette seule reflection auroit esté capable de me retenir dans le silence & l'Amour mesme au­roit û de la Penne a me faire parler, si je n'eusse sceu que les choses les plus basses changent leur nature en une plus noble dés le moment quelles vous ap­partienent & que pour peu qu'il plaise a Vôtre Grandeur de jet­ter quelques regars favorables sur les choses les plus defecteuses elle peut en corriger les man­quements. Je scavois que vous n'estiés pas moins distingueé du [Page]reste du Monde par ce genie merveilleux que par la grandeur de vôtre Naissance, & je n'igno rois pas que vous en possediés les avantages dans un degré aussi élevé que celui de la Beau­té: C'est icy un endroit MA­DAME auquel je n'ose toucher avec la plûme il est reservé a la delicatesse du pinceau & a l'a­dresse des peintres qui se fe­ront une gloire bien particuliere d'en Conserver une vive Me­moire a la Posterité. Toutes ces Prerogatives qui vous elevent si fort au dessus de celles de vôtre sexe estant le sujet de l'admira­tion de tout le monde ne pou­voint m'inspirer que la Crainte, & je vous avoüe que j'aurois re­tenus au dedans de moy mesme [Page]ces Marques exterieures de mes respects, si tous ces avantages dont la nature vous a si heu­reusement partagée n'estoint ac­compagnés de cette bonté sans êgale, par laquelle on peut avoir accez aupres de vôtre Personne; par laquelle dis-je on peut con­templer sans difficulté, mais non pas sans êtonement les Heroïques Qualités de Vôtre Ame, c'est MADAME de cette Ame Noble & genereuse que je parle, qui veut bien se defaire & se depoüiller si souvent de la gran­deur qui l'environne, pour s'abaisser a ceux qui sont si éloignéz de son rang en leur faisant ressentir ses bienfaicts; & c'est de cette humeur bienfai­sante avec laquelle vous estes née, [Page]& non pas du merite de cet ou­vrage que j'ose attendre la pro­tection que je vous demande pour lui. Je seray le plus Heureux de tous les Hommes si en don­nant quelques Moments a sa Le­cture vous en receués quelque satisfaction, & j'auray sujet d'e­stre content si Vôtre Grandeur jette les yeux sur le profond Re­spect, avec lequel je suis,

MADAME,
Vôtre trés-humble & trés-obeissant Serviteur, Alex. De la Roberdiere.

PREFACE.

BIen qu'il ny ait point d'O­pinion plus Ridicule que celle qui condamne l'Amour, nous voions neantmoins avec regret qu'il n'y en a point de plus Com­mune; Ce Dieu qui anime les cho­ses les plus insensibles ne peut plaire a un nombre prêque infíni de delicats, & pendant que les Sages se font un plaisir de suivre ces douces Maximes, les scrupu­leux se font une vertu d'en Com­batre les plus innocentes Actions. Quelque Condamnable neantmoins que paroissent aux yeux de ces Cri­tiques [Page]froids les douces Saillïes de cette passion vous connêtrés par cet ouvrage quelle n'est pas in­digne d'une Belle Ame, & vous remarquerés facilement que tout son employ est plustost la Conqueste des Vertus, que la recherche des Crimes. Ce petit Conquerant que j'introduis dans cette belle partie de l'Europe vous persuadera bien­tost de ces verités, & vous n'au­rés pas plustost jetté la veue sur sa personne que vous avoürés avec moy que la beauté de l'original n'a rien de Commun avec cet informe Crayon que nous en font ses enne­mis. Je seray entierement satis­faict si le sejour qu'il fera dans ce Païs en retire quelques uns de l'erreur & les détache de ces fausses maximes dont leur esprit [Page]est infatué. Que le beau sexe ne s'alarme donc pas de l'arivée de ce Vainqueur qui entre par tout les Armes a la main, on peut se fier a un ennemy qui ne nous blesse que pour tirer le sang que nous Cause la fiéure & nous serions aveugles si nous reffusions de nous rendre a un si doux liberateur. Ne Croyés pas que les Victoires de ce Dieu soint injurieuses a ceux qu'ils sou­met a ses Loix, Non? Ce sont les vaincus qui sont Couronnés, & il n'y a que ses esclaves qui tirent toute la gloire & l'avantage de ses triomphes. Receués donc l'Histoire de ce Voyage avec le mesme accuëil que vous devés a celui qu'il vous represente, & n'en Jugés pas a la maniere de ces esprits foibles que le seul nom de [Page]l'Amour effraye & qui veulent trouver du Crime dans des Ba­gatelles ingenieuses dont ce petit Dieu nous fournit la matiere, & qu'on lit prêque tousjours avec plaisir. Je vous demande Grace pour les fautes de l'impression & espere que vous aurés assés de discernement pour ne les pas atri­buer al' Autheur. Jedonneray bien­tost au public une piece nouvelle & fort galante elle n'atend plus que la resolution d'une personne de la premiere qualité pour paroitre au jour.

VOYAGE DE L'AMOUR EN ANGLETERRE.

L'AMOUR qui n'aime que les Combats qui se donnent dans les ruëlles & qui n'a pas moins d'a­version pour la discorde qu'il a de penchant a l'union, ne vit pas plutost toute l'Europe en Guerre qu'il medita sa retraitte & forma le dessein d'abandonner la terre pour se retirer au ciel. Le feu le sang & le carnage qui faisoint pour lors le plus triste spectacle de cette partie du Monde avoint peu de raport avec sa dou­ceur, [Page 2]& Mars s'estoit tellement rendu le Maitre des Coeurs, que toute l'adresse de l'Amour estoit inutilement employeé a re­duire leurs libertés: Les Graces les Ris & les Jeux firent leur possible pour le retenir; mais ils travaillerent en vain la resolution estoit prise & toutes leurs Prieres ne firent qu'irriter ce petit Dieu:

Sans differer il faut partir
S'escria t'il dans sa colere,
Ce n'est plus aux Mortels que jay dessein de plaire
Nous pourons bien nous divertir
Sans prendre nos êbats avec ces Infidelles
L'Homme n'est q'un trompeur dont je veux m'affranchir
Il veut se nourrir de querelles
Partons? Je l'ay juré, on ne peut me flechir.

L'Amour quitta donc le sejour de la ter­re pour se retirer avec les Graces aupres de sa mere, il n'y fut pas plutost arrivé qu'il se défit de toutes ses fleches & ne pensa plus qu'a profiter plenement du loisir que lui donnoit sa retraite. Il pas­soit le temps dans une douce oisiveté & couché dans le giron des Graces il badinoit & folâtroit avec elles en se riant du cha­grin des Mortels, il sembloit a le voir qu'il eut rompu pour jamais tout Commerce a­vec [Page 3]les hommes, & que piqué du mepris qu'on avoit faict de sa personne il vouloit punir leur aveuglement par un oubli éter­nel. Il y avoit desia quelque temps que ce jeune Enfant joüissoit paisiblement de son repos & que charmé des douceurs & des divertissements que les Ris & les Jeux luy donnoint a l'envy, il n'avoit plus de sentiment que pour le plaisir, lorsque Ve­nus instruitte du facheux êtat ou l'absence de son fils avoit reduit les hommes lui parla en ces termes: Ah! qu'il faict beau (mon Fils) vous voir entre les bras du sommeil, pendant que votre presence est si necessaire sur la terre! que ces badinages & ces amusements ont peu de raport avec le Caractere d'une Divinité! reveillés vous? & monstrés que vous estes amateur de la gloire en retournant promptement dans le Monde: tout y est dans le dereglement & dans la confusion, on ny parle depuis votre départ que de haines, que de differents, que de trahisons, plus de douceurs, plus de ten­dresse, rien que Cruauté: Allés? croyés moy quittés tous ses divertissements pueriles re­pondés aux souhaits des Mortels qui vous demandent avec empressement & pensés qu'il y va de votre honneur d'aller détro­ner la discorde qui s'est emparée de tous vos droits.

L'Amour qui apparenment devoit être touché, d'un discours si pathetique ne fit que rire a ces paroles & dit d'un air bouffon a sa mere, Ah! que je suis ravi de ce des­ordre, & que ce renversement me plaist? Les hommes ne pouvoint connêtre les avan­tages qu'ils reçoivent de ma presence que par les malheurs, ou mon absence les à plon­gés? Non non je ne sçaurois trop punir ces Ingrats, il faut encore les laisser souf­frir & leur donner le temps de pleurer les maux qu'ils se sont attirés, en preferant l'empire d'un Dieu qui ne vit que de sang & de Carnages, aux douceurs & aux char­mes qui sont inseparables de mon Gouverne­ment.

Quoy quiter mon repos pour revoir ces Volages
M'engager de nouveau .... non je n'en ferayrien
Laissons les déplorer leurs pertes leurs Pillages
C'est un mal qu'ils meritent bien.

Venus fut fort fachée de ce peu de de­ference que l'Amour avoit pour ses volon­tés, elle luy representa toutes les raisons qui pouvoint l'obliger a changer de resolu­tion, elle accompagna ses paroles de toutes les plus tendres marques d'affection dont elle estoit capable, elle le baisa elle l'em­brassa, & le conjura par tout ce quelle avoit de plus cher d'êtouffer son ressentiment, & "e se preparer a partir. Accordés? lui dit [Page 5]elle cette grace aux Caresses d'une mere qui la desire & ne refusés pas une Com­plaifance qui ne peut tourner qu'a votre avantage? Si vous differés le Monde va perir & retourner dans ce Chaos dont il a esté tiré, plus d'offrande plus de sacrifice en un mot tout le plus beau de notre re­venu sera envelopé dans sa ruine, ne vous obstinés donc pas dans un repos si honteux & prevenés les maux qu'il traineroit in­failliblement aprés soy. Ces fortes instan­ces gangnerent quelque chose sur l'esprit de ce Dieu & tirerent enfin avec bien de la violence son consentement si avantageux aux hommes. Il le fit connetre a sa mere & luy fit voir par ces paroles que c'estoit avec bien de la repugnance qu'il se ren­doit, il luy dit.

Pensés vous a quels maux vôtre rigueur m'ex­pose?
Qu'en vous quittant je ne puis rien gangner
Pourquoy donc de ces Maux se rendre exprés la cause
Quand on me les peut êpargner
Vous le voulés & pour vous plaire
Il faut se degager de tout
Se priver d'un repos si doux si necessaire
Mais quoy? vous me pousses a bout.

L'Amour n'eut pas plutost faict connetre par ces paroles qu'il accordoit quoy qu'avec [Page 6]penne aux prieres de sa mere ce quelle de­siroit, quelle proffita de ce moment & lui fit voir les avantages qu'il en receuroit: elle lui dit qu'on souhaitoit êgalement son re­tour dans toutes les parties de la terre, que c'estoit a lui a choisir le lieu qu'il vouloit honorer de sa presence, & l'endroit par ou il vouloit faire son entrée dans le Monde. Eh bien reprit il aussitost puisque cela de­pend de mon Choix je me deffend desia de la France, son sejour ma esté trop fatal je n'y ay veu que des ingrats, & dans le mo­ment que je me flatois de quelque douce re­compense de les avoir si bien instruits, ils ont donné leur Coeur a Mars & m'ont pri­vé de la sorte du plus juste salaire que j'eusse jamais pû exiger.

J'y renonce & ce lieu n'a plus pour moy d'appas
Ouy? j'en veux perdre la memoire
Que d'un Cruel plaisir il nourrisse sa gloire
J'y consens, mais aussi je n'y retourne pas.

Venus qui a tousiours û de l'inclination pour ce Climat l'interompit & luy dit que ces peuples avoint chassé de leur terre le Dieu Mars par une Paix glorieuse dans le moment mesme que leur succés sembloint les obliger a le retenir plus long temps au­pres d'eux. Fort bien reprit l'Amour, je scay le panchant que vous avés pour ce [Page 7]Royaume, si vous Croyés y faire quelque chose sans moy il vous est libre d'y aller pour moy j'y renonce & ne Croyés pas que cette Paix apparente m'engage a vous y sui­vre, je prevois trop bien ce qu'il m'arive­roit, & que dans le moment que je Croi­rois estre paisible dans cet estat ils me don­neroint un Competiteur.

J'aime fort le repos la Paix & la douceur
Je ne suis pas né pour la Guerre
Pourquoy? donc me parler de revoir cette terre,
Si vous Connoissés mon humeur.

Mais encore ou voulés vous donc aller? determinés vous, pour moy je suis egale­ment portée pour tout le Monde & je n'ay point de penchant particulier pour un en­droit plutost que pour un autre. Je scay bien le contraire reprit l'Amour mais quoy qu'il en soit jay dessein d'aller en Angle­terre c'est un Royaume qui a bien des Char­mes pour moy, & cette Paix suivie de l'a­bondance que la sagesse de son Roy y en­tretient me le rend preferable a tout autre. Je veux mettre toute mon application a in­struire ces peuples dans l'art d'aimer, & je les rendray si scavants qu'ils le dispute­ront avec les Nations qui se croient les plus eclairées. Ce grand air qui leur est naturel & si particulier, est desia un avantage que [Page 8]je leur veux Conserver, & je feray en sorte qu'ils possederont les rares qualités de l'es­prit dans un degré aussi elevé que celui de leur Beauté: en un mot il n'y aura aucun trait sur leur visage qui ne soit une marque veritable de quelque vertu que je graveray dans leur Coeur; & la galanterie dont ils scauront l'usage les fera admirer mesme de leurs jaloux. Que les Graces les Ris & les Jeux prepare mon équipage & vous ma mere marqués moy les visites particulieres auxquelles je suis obligé, & me faicte con­nêtre devant que je parte qui sont les Coeurs qui sont soumis a mon Empire; aus­sitost que j'auray par mes soins rangé les belles soubs mes Loix, je viendray vous en rendre compte & vous apprendre toutes les particularités de mon Voyage; cepandant instruisés moy de ceque je dois faire quand je seray arrivé dans la ville capitale de ce Royaume.

Apprenés moy le nom de l'amant qui soupire
Celuy de la Cruelle qui ne faict que s'en rire.
Que je sache leur fort, leur foible, leur panchant,
Tout ceque doit scavoir un sage Conquerant.

Eh bien reprit Venus puisque vôtre re­solution est prise pour l'Angleterre pensés qu'il faut en general il aller reconnêtre vos premieres Conquestes, qu'il faut en faire [Page 9]de nouvelles, mais sur tout qu'il s'agit de couvrir les yeux des jaloux avec vôtre ban­deau. Il faut faire voir qu'il n'y a que la plus noire medisance qui parle de vous en mauvais termes, que bien loin d'etre con­traire a la raison vous estes d'intelligence avec elle, & que vous n'estes pas de la na­ture de ces petis Amours évapores qui n'ont que la legereté en partage; ne manqués pas de faire remarquer aux sages les grands biens que reçoit la societé civile de votre presence, & les désavantages qui suivent tousjours vôtre eloignement. Afin de ve­nir plus aisement a bout de vos entreprises deguisés vous a vôtre arrivée & rendés de la sorte visite aux personnes dont je vais vous faire le portrait. Apres ces paroles elle baisa tendrement l'Amour & luy demanda un quart d'heure d'attention puis elle con­tinua ainsi son Discours.

La premiere de vos Visites doit se faire chez Philamire, c'est une personne (mon fils) que tu Connoistras par la peinture que je t'en vais faire; Philamire a la taille belle & degagée, le tour du visage admirable, le tein d'une blancheur qui s'anime souvent d'un vermeil naturel, sa demarche est aisée, & toutes ses manieres sont engageantes, ses yeux sont remplis de tendresse, & les traits de sa beauté acompagnés des avantages de son esprit ont eus assés de charmes pour en­gager [Page 10]le plus noble de tous les Coeurs. Il n'y a rien en elle qui ne merite ton admi­ration & son visage porte les marques de la Phisionomie la plus heureuse & la plus spirituelle qu'on puisse trouver. Inspire a cette Deesse les plus tendres sentiments dont tu peux animer un Coeur, joins a son air engageant ce je ne scay quoy auquel on ne peut resister, & apprend luy a mettre en usage tous les artifices dont tu te sers pour te menager tes Conquestes. Verse dans son ame & dans celle de son amant cette douce simpathie qui transforme les Coeurs & les unit inviolablement. Tu Connetras l'ori­gine de cet amant fortuné ou plutost de ce Demy-Dieu par ce leger Crayon que je vais t'en donner. Il a la taille haute & maje­stueuse, l'air fier, mais c'est de cette fierté bienseante & necessaire a ceux de son rang & qui est adoucie par une langueur amou­reuse qui paroit dans ses yeux, & par une bonté sans egale qu'epreuvent tous ceux qui ont assés de bonheur pour trouver accés au­prés de sa personne. Il a l'ame grande & genereuse, l'esprit profond & penétrant, & sa sagesse est admirable, & pour t'achever son portrait en peu de paroles, tu scauras qu'il fait les delices des Mortels & qu'il ne reconnoit rien au dessus de lui que les Dieux.

Ce n'est pas tout je suis bien aise de pre­venir par mes instructions tout ce qui pou­roit te surprendre & t'embarasser, apprend donc qu'il y a dans cette Ville une Cruelle de profession qui te donnera bien de la penne, elle te traittera de badin & d'enfant & se rira de toutes tes poursuites, elle se pique de vertu & .... tant de vertu qu'il vous plaira, (reprit l'Amour) elle a un Coeur, ce Coeur peut estre sensible & n'est pas faict d'une autre matiere que celui de *** qui faisoit gloire de suivre les maxi­mes du monde les plus severes & les plus oposées au plaisir, Eh bien vous scavés quelle s'est rendue & quelle n'a pas esté in­vulnerable. Comment se nomme t'elle? Son nom est Asterie dit Venus, elle n'est pas d'une beauté parfaicte, mais elle re­pare ces defauts par des agréments qui ont bien plus de charme que toutes ces appa­rences exterieures, elle est enjoüeé & spi­rituelle, elle ne dit rien qui ne soit juste & toutes ses manieres sont sans contrainte & sans affectation; tu verras imprimé dans ses yeux tous les plus vifs Caracteres d'une passion tendre & amoureuse, & avec cela elle sera insensible a tes traits, elle te don­nera elle seule plus de penne que tout le reste & tu auras le deplaisir de te retirer d'auprés d'elle sans aucun avantage. Non! non! ne Croyés pas cela dit l'Amour le [Page 12]mal n'est pas sans remede & quand elle aura receu un amant de ma main elle n'aura plus de penne a s'humaniser; Elle est peut estre de l'humeur de *** qui disoit hautement quelle ne pouvoit aimer ces amants badins qui s'arestent a la bagatelle, qui ne scavent autre chose que le debit des fleurettes, & qui se croiroint témeraires s'ils faisoint une demarche un peu avanceé, il en faut don­ner un a Asterie qui soit capable de gran­de entreprise & qui sache pousser ses af­faires dans la derniere tendresse. Apres celle cy que dois je voir? Car je prevois quelle m'arestera moins que les autres.

Tu ne peux pas te dispenser d'aller chez Rosalie c'est une Heroine dont l'air est ma­jestueux la demarche noble & la taille fort aiseé elle a les yeux bruns & languissants, mais c'est de cette langueur animeé qui gangnent les Coeurs; Ils sont dangereux & ennemis jurés de la liberté, tousjours ils causent de l'Amour, & rarement ils don­nent de l'esperance: Cette belle personne en scait si bien menager le feu quelle pa­roit froide quand il lui plaist & inspire de la Crainte a ceux qui ont l'honneur de l'a­procher elle a le nez aquilin & la bouche fort bien tailleé: Tout lui sied merueil­leusement, & sa beauté s'accomode si bien avec toutes sortes d'ajustements qu'il sem­ble tousjours que l'habit quelle porte lui [Page 13]est le plus avantageux de tous ceux quelle peut mettre: tous ces avantages particuliers te la doivent faire connêtre.

Ne manque pas pareillement de rendre visite a Menalippe c'est une personne dont la beauté ne cede rien a la naissance, sa taille est d'une hauteur ordinaire avec beaucoup d'embonpoint, son visage faict un ovale irregulier, son teint est d'un coloris & d'une delicatesse tels qu'ils les faut pour plaire, elle a le nez tres bien faict, les yeux noirs remplis de tendresse & ou il semble que les Graces fassent leur sejour: On y voit briller un cer­tain feu qui ne diminüe rien de la douceur de leur traits. C'est une personne qui s'est elevee de sa propre force au dessus des ver­tus de la pluspart de celles de son sexe, son esprit est delicat & un des plus pene­trants qu'on puisse trouver, enfin son grand air & sa beauté la font tellement distinguer quelle doit moins a la grandeur de sa nais­sance qu'aux avantages de sa personne les regars qui s'attachent continuellement sur elle.

Dorinice doit encore avoir part a tes soins, c'est une jeune personne fort aimable elle a le tein fort beau, le tour de son vi­sage faict un cercle parfaict ou peu s'en faut, sa taille est mediocre mais fort aiseé & dont la demarche est fort libre, ses yeux sont gros & a fleur de peau, elle a de l'esprit [Page 14]& donne un tour si agreable, a tout ce­quelle dit qu'on ne sort jamais d'avec elle sans estre charmé de sa Conversation; elle aime la Musique & se plaist a Chanter, & tu trouveras dans toutes ses actions que son geste est inseparable de la grace. Quelques uns trouve son air un peu trop serieux, mais ce sont ceux qui ne la connoisse pas ou qui l'ont seulement vëue dans ses Civilités avecdespersonnes êtrangeres ou indiferentes.

Apres Dorinice ne manque pas d'aller chéz Menodore tu ne verras rien dans sa personne qui ne te plaise c'est une blonde qui a beaucoup d'embonpoint son air est noble & est de ceux qui frapent d'abord, elle est fort engageante, & tout ce quelle dit marque un esprit si bien tourné qu'il est difficile de la connoitre sans l'estimer, il y a dans toutes ses manieres je ne scay quel charme de douceur qui touche le coeur dés qu'on la voit. Toutes ces belles qua­lités lui ont acquis l'estime d'un sage & ce­la seul doit estre une preuve incontestable de son merite; Car ce n'est pas peu d'a­voir sceu charmer un homme que les gran­des affaires occupent jour & nuict, & de l'avoir tellement engagé qu'il ne se derobe jamais aux soucis qui sont inseparables des grands employs que pour prendre son re­pos & son delassement dans les plaisirs qu'ils reçoit dans sa Conversation.

Sans sortir de chéz Menodore tu pouras y voir Melite c'est une jeune fille qui Com­mence a estre sensible, elle a la taille la mi­eux faicte qu'on puisse trouver, c'est une brunette qui a les yeux tendres & amou­reux, la bouche petite dont le ris est si a­greable qu'il suffiroit pour engager un coeur. Ou toutes les regles de la Phisionomie sont fausses ou elle à bien de l'esprit, le feu de ses yeux ne marque rien que de brillant & elle en tromperoit beaucoup si elle n'estoit pas fort spirituelle.

Il y en a une infinité d'autres qui doivent t'arester dans ces lieux comme Berenice, Thelagene, Gelasie, Clarinte, celle cy est une jeune personne bienfaicte jolie spiritu­elle, & nouvellement marieé elle a un é­poux dont la delicatesse est un peu trop scrupuleuse sur le point d'honneur, c'est pourquoy tâche de te menager quelques moments pour la voir en particulier.

Gelasie est petite mais fort degageé les traits de son visage ont une delicatesse, & une regularité sans égale, sont esprit est grand, & la beauté & le brillant de ses yeux ne se peut exprimer; elle est si aimable que quand elle parle quelque indifferente chose quelle puisse dire on s'imagine tous­jours quelle demande le coeur, elle aime la Musique & a une adresse merveilleuse pour en toucher les instruments, particulierement [Page 16]la guittare: Toutes ces belles qualités l'ont rendüe digne de l'attachement de Gerante son êpoux qui à eu assés de bonheur pour estre preferé a beaucoup d'autres dans ses poursuittes.

Thelagene est une personne dont l'air est plein de douceur, la contenance fort sage, & il semble que si la vertu vouloit paroitre a découvert elle ne pouroit pas trouver un exterieur plus digne d'elle. Pour Berenice c'est une jeune beauté fort aimable mais in­sensible au dernier point, elle garde encore l'entiere liberté de son Coeur, & l'unique moyen de la rendre amoureuse c'est de lui persuader que l'Amour & la raison n'ont rien qui se combatte. Les evenements & les suites de tes visites doivent servir de re­gle a tes autres actions, voila les graces qui apportent tes fleches & ton Carquois, pour moy je vais te mettre ton bandeau & tu peux te disposer a partir.

Tout l'équipage de ce Dieu fut bientost preparé les Graces & les ris luy mirent son Carquois & il receut son bandeau de sa mere. Il ne se vit pas plutost en estat de par­tir qu'il prit Congé de Venus il la baisa & l'embrassa milles fois, & tous ces baisers fu­rent acompagnés de tous les soupirs les plus tendres qui eussent jamais sorti du Coeur de l'amour; Ils furent suivis de ces pa­roles amoureuses qu'il lui adressa & qu'il [Page 17]profera avec tant de douceur quelles tou­cherent sensiblement cette Déesse:

Ah! que jay de regret de vous abandonner
Doux charme de ma solitude,
Vous ne Comprenés pas? Combience coup m'est rude
M'arracher des plaisirs que vous pouvés don­ner!
Est il? de douleur plus amere
Encor si Jupiter eut voulu l'ordonner
Je me tairois, .... mais c'est ma mere.

Ces plaintes amoureuses furent ses der­nieres paroles les Graces pressoint vi­vement son départ il ne pût resister a leur empressements, & il s'enuola dans l'air par une route qui luy estoit connüe: C'estoit une chose surprenante que de voir l'excés de la Joye que les habitants de cet element re­ceurent par la presence de ce Dieu: Ils ta­cherent a l'envy par leur chant & leur dou­ce melodie de l'arester en ces lieux, mais ce fut inutilement, il les quitta bientost & mit pied a terre a Londres. Il n'y fut pas plûtost arrivé que se souvenant des Instru­ctions de sa mere il se deguisa en Cavalier sans neantmoins rien cacher de ces attraicts, il rendit ses fleches invisibles & se trans­porta a la Cour. Ce fut pour lors que nô­tre Dieu travesti trouva milles objets digne [Page 18]de son admiration jamais il ne fut plus sur­pris que de voir tant de beauté parmi le sexe, il se repentit d'avoir aveuglement preferé le sejour des autres Royaumes aux avantages dont Celuy la les surpassoit, & il Jura de ne plus âjouter de foy aux raports de la Renommeé qui luy en avoit faict un portraict fort désavantageux. Le juste Dis­cernement avec lequel la Cour juge du me­rite des Etrangers rendit bientost l'Amour recomendable, vous pouvés croire que son air n'avoit rien que de noble & toutes ses manieres estoint engageantes & on trouvoit tant d'agréments dans sa personne que les plus fieres avoint de la penne de resister a ses regars, Il se fit connêtre soubs le nom d'Amador, il faisoit l'entretien de toutes les Compagnies & on avoit bien du deplai­sir de ce qu'il ne se produisoit pas assés tost. Ne Croyés pas qu'il fut oysif pendant que les Dames formoint ces souhaits, jamais Dieu! ne fut plus occupé il preparoit les traicts pour leur blesser le Coeur, Il cou­vroit les yeux des jaloux avec son ban­deau & tachoit de les remettre un peu de l'allarme qu'ils avoint pris a son arivée. Apres de si justes mesures pour ses Conquestes il ne pensa plus qu'a cher­cher les moiens qui pouvoint lui en faire naitre les occasions, il lia une êtroite ami­tié [Page 19]avec Alcimedon & ce ne fut pas sans succés parceque les rares qualités de ce Seigneur le rendant recommendable parmi le sexe, il ne se faisoit point de partie de di­vertissements ou il ne fut des premiers con­viés: L'Amour sçeut tellement l'engager qu'il ne pouvoit plus se passer de lui, sa pre­sence estoit devenüe necessaire & les plai­sirs les plus doux ne pouvoint satisfaire Al­cimedon si Amador n'estoit de la partie pour les partager avec lui. Ce Seigneur avoit cet avantage que quelque assiduité qu'il rendit auprés d'une belle la medisance ny pouvoit trouver de sujet de Critique, & sa conduite sans reproche mettoit tou­tes ses actions au dessus de la censure la moins êpargnante: Nôtre Cavalier s'estoit tellement insinué dans son esprit qu'il êtoit de sa confidence la plus secrete, il parta­goit toutes ses habitudes, & comme toutes ses Connoissances n'estoint êtablies que sur l'estime & n'avoint pour fondement que l'Honesteté, la jalousie ny avoit point de part. Il fut donc averti par Alcimedon de se preparer a rendre visite avez lui a une personne qui faisoit l'admiration de toute la cour, il lui dit qu'il s'agissoit de repondre parfaictement a l'opinion qu'on avoit conceve de son merite & que c'estoit dans l'entretien que les beautés de son esprit devoint êclater.

Amador repondit, qu'il êtoit tousjours prest & que pour peu que son coeur fut animé par la presence de quelque object agreable il esperoit se tirer avec succés de la Conversation; Il fut donc conduit chéz Philamire (c'estoit la personne dont il s'a­gissoit) & fut presentê par son introdu­cteur a cette Deesse. Il fit son compliment avec tant de grace qu'il charma cette belle, & Thelagene que la naissance & l'esprit ran­dent recomandable & qui lui tenoit Com­pagnie, en fut également toucheé. Phila­mire le receut avec cette Civilité qui lui est si naturelle, on prit des sieges & Thelagene commenca l'entretien.

Ah! que vôtre visite est rendüe a propos (dit cette belle en s'adressant a Alcimedon) il semble que vous ayés preveu que vôtre presence êtoit necessaire icy pour terminer un different qui est entre Philamire & moy, nous scavons que Monsieur (continua t'elle en se tournant vers nôtre Cavalier) a le bruit d'étre fort eclairé sur les matieres qui font nos doutes, & je me flatte desia qu'il sera de mon sentiment. Ne Corrompés point vos Juges par vos flatteries dit Phila­mire, & vous preparés seulement a soute­nir une opinion qui a besoin de tout votre esprit pour estre bien prouveé. Ce sera Amador qui sera vôtre juge poursuivit Al­cimedon pourveu que vous prometiés de [Page 21]vous rendre l'une & l'autre a son jugement & que la dispute se fera sans alteration. Nous souscrivons a tout cela dit Philamire, & pour nostre different ne Croiés pas qu'il soit de ceux qui font naitre la haine dans les Coeurs, mais seulement de ceux qui font le divertissement de l'esprit, Thelagene c'est a vous a proposer nostre question, pour moy je repondray a tous vos raisonements.

Eh! bien dit Thelagene en s'adressant a Amador, vous scaurés que c'est l'Amour qui faict le sujet de nôtre difficulté, Je sou­tiens que les plaisirs que nous en recevons sont bien plus purs & plus tranquilles lors que nos amants ne sont pas de ce haut Ca­ractere, & qu'ils ne sont pas doüés de ces belles qualités & perfections qui ont tant d'êclat. Philamire est pour le contraire & pretend que non feulement la grandeur & le merite d'un amant sont un sujet de gloire a celle qui a esté assés heureuse pour en faire la Conqueste, mais encore que les plaisirs quelle en reçoit sont tousrours les plus parfaicts. Pour moy je ne puis me persuader que les contentements qui par­tent d'un Amour que la Crainte & la ja­lousie suivent de si prés, soint si doux & si paisibles que ceux q'un Amour mediocre nous faict goûter: Car en effect n'est il pas vray qu'en me rendant maitresse du coeur d'un amant dont le merite ne sera pas si [Page 22]extraordinaire je le possederay sans trou­ble, ma Conqueste ne m'attirera point d'en­vieux, & le peu de penne que j'apporteray pour me la menager ne sera pas un petit a­vantage: Au contraire les chagrins, les soucis, la jalousie, & l'inquietude, sont tousiours inseparables des grandes fortunes: je les considere comme un tresor dont la garde nous est difficile, nostre esprit est tousiours inquiet, & la Crainte que nous avons que quelque accident ne nous en prive, diminüe de beaucoup les plaisirs que nous trouvons dans sa possesion. Je les regarde encore comme ces grandes Villes dont un Prince se rend le maitre, il est vray qu'il en re­çoit bien plus d'honneur & qu'il en tire une gloire plus êclatante qu'il ne seroit de la prise d'une bourgade; mais aussi vous deves avoüer avec moy qu'il est moins em­barassé a se conserver cette place qu'il a remporteé avec peu de gloire, que celle qui demande tous ses soins & toute son appli­cation pour en estre parsible posseseur. Voila Philamire une partie des raisons que j'avois a vous apporter pour vous faire Con­nêtre les avantages qui accompagnent cette heureuse mediocrité de l'Amour, & cette douce tranquillité qui en assaisonne tous les plaisirs.

Ah! Dieu que vous seavés bien de­guiser vos sentiments? Dit Philamire, [Page 23]croiés que je suis persuadeé que tout ce que vous avés dit doit plutost passer pour un jeu de vôtre esprit que pour une preuve de vôtre Creance, qu'en pensés vous Mon­sieur? Continua t'elle en s'adressant a Ama­dor pour moy repondit il, je croy que Ma­dame nous a voulu proposer un paradoxe & je me persuade quelle n'a point eu d'au­tre dessein dans son discours que de faire paroitre combien elle estoit spirituelle & quelle pouvoit donner au mensonge l'apa­rence mesme de la verité. Monsieur reprit Thelagene vous donnés un tour fort plaisant a l'arrest que vous prononcés contre moy, de grace ne me condamnés pas avec tant de precipitation? Que Philamire rêfute mes raisons & je seray satisfaicte. Trés Volontiers dit Philamire & si tous les pro­cés ne soufroint pas plus de difficulté que ma cause, les personnes comme moy n'em­ployroint jamais d'avocats pour les plaider.

Tous vos raisonnements sont fondés sur ce que l'Amour qu'on a pour une personne sans merite est aussi sans jalousie, je l'ac­corde, mais aussi je conclus qu'il est en mes­me temps sans plaisir, scavés vous q'un peu de jalousie pourven quelle ne soit pas excessive ne faict qu'allumer les feux de cette passion, & que c'est une verité qui ne doit pas estre contredicte que prêque tous les Contentement quelle nous offre seroint [Page 24]froids & insipides si la nature n'en relevoit le goust par cet assaisonement. Pour ce­qui est de ces Craintes, de ces inquiétudes & de ces fausses alarmes que vous suppo­sés estre inseparables d'un grand engage­ment, sachés quelles sont de la nature de ces pleurs que la joie nous faict quelque fois repandre, ou si vous voulés vous pou­vés les comparer a ces doux soupirs qui partent du coeur d'un amant quand l'A­mour lui faict part de ses plus sensibles Ca­resses.

N'avoürés vous pas avec moy q'un Cor­saire n'a jamais un plus grand contentement que lors que le hazard lui faict tomber quelque Prince entre les mains dont le me­rite & la fortune sont considerable; il pre­fere cet esclave a toute autre Capture, il n'y a point de soin qu'il n'apporte pour sa Conservation, les moindres maladies qui lui arrivent le touchent preque aussi vive­ment que son Captif, il le plaint, il le Console, & il n'y a point d'industrie dont il ne se serve pour luy Conserver la santé. Ne Croiés pas neantmoins que toutes les pennes qu'il prend lui soint facheuses, bien loin de cela il y trouve du plaisir & comme c'est l'avarice qui lui fait faire toutes ces demarches il ne s'eloigne jamais de son in­clination.

Vous pouvés faire une juste application de ces paroles a l'Amour il ny a point du tout de difference, & cette passion dans une ame amoúreuse faict naitre les mêmes mou­vements, que l'avarice produit dans celle de ce barbare interessé. Avoûés donc que non seulement il y a plus de gloire a en­gager un grand Coeur, mais encore que les contentements que nous en recevons ont je ne scay quoy de charmant qui ne se rencon­tre point dans les autres. Rendés vous a des raisons que l'usage prouve de lui mes­me, & que l'experience authorise, & ne de­meurés pas plus longtemps dans vostre opi­nion: vous ne le pouvés sans erreur car c'est soutenir qu'il vaut mieux estre pauvre que Riche, parceque les richessesses exigent nos soins pour les Conserver, & qu'il est plus expedient de lever le siege devant une forte place que de s'en rendre le maitre par­ceque on ne peut la garder sans une grande penne. Jugés Thelagene de l'extravagance de ces propositions & vous condamnés vous mesme sans attendre un jugement qui vous seroit prejudiciable.

Je vous donne donc dit Thelagene l'avan­tage de la Victoire parceque Monsieur est pour vous, & je le prie cepandant de nous dire en general si il croit que les plaisirs dans un estat mediocre soint plus ou moins parfaicts que ceux que les grandes fortunes [Page 26]nous peuvent faire gouter. Tres Volon­tiers reprit l'Amour, un peu d'audience & je vous satisferay. Sachés donc que la qua­lité du plaisir n'est point attacheé a la for­tune d'aucuns amans si la nature ne les a destinés l'un pour l'autre, & apprenés que ce n'est pas a nous a en faire le choix, mais que c'est a elle a qui il en faut laisser l'ele­ction, ah! Dieu quelle opinion! dis Thela­gene, qu'en pensés vous Philamire? Pour moy je croy que ce sont mes yeux qui doi­vent me chercher un amant, & que la nature est assés occupeé au bien du general pour quelle puisse s'abaisser jusques aux affaires des particuliers. Amador c'est a vous a vous def­fendre dit Alcimedon, toute la Compagnie est contre vous, j'espere dit l'Amour quel­le sera de mon sentiment aprés quelle m'au­ra donné un peu d'attention: C'est un er­reur continua t'il de croire que la nature nous ait laissé la liberté de choisir l'object de rôtre Amour, non elle estoit trop dis­crete pour nous abandonner ainsi a nous mesmes, & les desordres qui arrivent tous les jours par des engagements precipités font assés voir les malhours ou nous nous jet­terions si elle ne s'estoit reserveé l'empire de nôtre Coeur Apprenés Thelagene que nous naissons tous les uns pour les autres, & qu'au moment que je vous paile il y a un homme au monde qui n'est faict que pour vous, c'est [Page 27]l'Amour qui vous la choisi & c'est une ele­ction ou vous n'aves rien contribué. Quand une fille est assés malhenreuse pour en pren­dre un autre que celuy qui lui est destimé elle êpreuve bientost les disgraces & les chagrins qui suivent tousjours de bien prés ces alliances indiscretes.

Mais quoy! vous me surprenés dit Thela­gene, & vous me faictes desia peur car com­ment pouray-je connêtre par exemple si Amador est plûtost pour moy qu'Alcime­don? Madame, continua l'Amour, ce se­ra sans penne & la nature en vous mettant au monde vous a donné des lumieres suffi­santes pour en faire le discernement, elle a versé dans vôtre ame & dans celle de vô­tre amant les mesmes sentiments de ten­dresse, elle vous a donné a l'un & a l'autre cette douce simpathie qui lie si etroitement les Coeurs, elle a formé vos humeurs d'une mesme matiere, enfin elle n'a rien oublié pour vous en rendre la connoissance fort facile. Cette verité est si incontestable que je veux bien vous servir de caution pour vous la garentir, & je vous asseure que si vous laisses agir le destin sans vous preci­piter par quelque demarche trop avanceé, vous aurés sans doute en partage celuy qui vous est destiné & qui peut seul faire vôtre felicité. Ne voions nous pas que malgré les accidents que la discorde a faict naitre [Page 28]pour separer les Coeurs que la nature & l'Amour avoint unis, Amarillis a esté pour Mirtil lors mesme que toutes les apparen­ces y estoint contraires, Clelie pour Oron­ce, & Angelique pour Medor: Il faut done se laisser conduire a l'Amour qui agit tous­jours de Concert avec la nature, & puisque l'union de nos Coeurs est un effect de sa pu­issance, nous ne devons prendre aucune pré­caution contre les amans qu'il nous don­ne, mais bien plútost nous devons Croire que nous ne pouvons pas y apporter la moindre resistance sans nous eloigner de nôtre bonheur.

Mais s'il y en a en mesme temps plusieurs qui me plaisent dix Thelagene comment pouray-je scavoir celuy qui me sera le plus propre? Ah! reprit l'Amour il vous sera fort facile de le distinguer d'avec les au­tres, vous n'aurés qu'a reflechir sur le pre­mier moment de vôtre entreveûe & vous le connêtrés sans difficulté. Cet heureux amant qui vous sera destiné aura bien plu­tost gangné vôtre Coeur que les autres, vos veux ne se seront pas plutost rencontrés avec les siens que vos esprits se seront unis, & malgré cette resistance que la pudeur aveugle y aura pû apporter, tous vos sou­haits & tous vos desirs vous auront dans le Coeur faict consentir a vôtre engagement. Ces Mariages que faict la nature sont bien [Page 29]plus parfaicts que ceux ou la politique a tant de part, & la simpathie quelle verse dans l'ame des amans quelle unit, a bien plus de charmes, que tous les avantages qui peu­vent naitre de l'interest.

Je suis charmée de vôtre discours dit The­lagene je n'ay plus qu'une difficulté qui s'o­pose encore a ma persuasion, comment se peut il faire que nous concevions de l'A­mour pour plusieurs si la nature n'a faict naitre q'un homme au monde qui doive en estre l'object? Cela ne vient Madame, con­tinua l'Amour que de ce que ceux pour qui vous concevés de la tendresse sont formés sur un modele qui approche de celui de vô­tre veritable amant & c'est de cette ressam­blance que provient ce rapport d'inclina­tion. Cet entretien fut interrompu par quelques visites qui donnerent occasion a l'Amour & a son guide de prendre Congé de Philamire, elle temoigna en particulier a Amador la satisfaction quelle avoit receu dans sa conversation, & lui dit fort obli­geanment qu'il lui feroit beaucoup de plaisir s'il continuoit a l'honorer de ses visites. Alcimedon avoit dessein a la sortie de chez Philamire d'aller chés Rosalie mais ayant appris quelle estoit chez Menallippe ils al­lerent rendre visite a cette derniere. Comme c'est assés d'avoir de l'esprit, de la naissance, & de la beauté, pour avoir accés auprés de [Page 30]cette personne vous pouvés desia juger avec quel accüeil nôtre dieu deguisé fut receu, les Compliments furent Courts de part & d'autre, parceque une partie de jeu qui s'a­chevoit ne permettoit pas de passer le temps dans des Civilités superflues, la partie fut continueé & la presence de l'Amour ap­porta tant de bonheur aux Dames quelles gangnerent prêque toutes. Cela n'estoit pas surprenant car on scait que le sexe ne perd jamais au jeu quand ce petit dieu se fait de la partie. Ce divertissèment êtant fini a l'avantage des belles la compagnie se retira & Rosalie ayant appris d'Alcimedon qu'il estoit allé chez elle avec dessein de lui ren­dre visite, elle resta seule avec Menallipe. Vrayment Monsieur dit Menallipe en s'ad­dressant a Amador, les Dames vous sont fort obligeés de ce que le jeu leur a esté si avan­tageux, je croy dit l'Amour quelles doi­vent plûtost a leur addresse qu'a ma pre­sence le bonheur qui les a tousiours accom­pagneés, quoy dit Rosalie vôtre inclination n'estoit elle pas pour nous? Asseurement Madame continua t'il jay tousjours souhaité la perte des autres afin de vous voir gang­ner, & si mes desirs avoint pû regler l'eve­nement des choses je vous avoûe que vous m'auries quelque sorte d'obligation. A ce que je voy dit Menallipe, vous n'estes pas ennemy du sexe puisque vous estes ainsi de [Page 31]son party. C'est Madame un effect du merite qui l'accompagne & d'un peu de panchant naturel qui me faict tousjours prendre le party des celles qui gangnent mon Coeur. Vous n'estes donc pas egalement porté pour toutes? Dit Alcimedon, non reprit l'A­mour je suis fort partagé la dessus & pen­dant que je forme des voeux pour les unes je donne ma malediction aux autres, j'avoûe que c'est mon foible mais je n'ay pû en­core le surmonter & quelque effort que je face sur moy mesme je ne puis jamais don­ner mon suffrage a ces fieres (quelques Belles quelles puissent estre) qui affectent tousjours un certain air de pruderie qui est insuppor­table. Ah Dieu dit Menallipe vous n'estes pas le seul qui les Condamnés, tous ceux qui scavent vivre en ont du mepris, & il faudroit estre de l'autre monde pour pouvoir ap­prouver leurs ridicules maximes. Pour moy je les regarde comme des monstres, & l'a­version naturelle que jay pour tout ce qui sent la contrainte & l'affectation, me les rend tout a faict odieuses. Je suis bien de vôtre sentiment dit Rosalie & c'est avec bien de la penne que je puis seulement souffrir la presence de ces sortes de personnes dont toutes les manieres sont embarasseés, & qui avec tous ces defauts ne pardonne a rien pour authoriser leurs Maximes. Il faut vi­vre avec elles d'une façon si gesnante & [Page 32]affecter tousjours un air si ridicule que je suivrois plûtost tout ce qu'ily a de plus se­vere & de plus austere pour la conduite des moeurs, que de m'attacher a leur procedé. Ce sont des personnes dit l'Amour qui par­my les libertés quelles se donnent ne pre­chent jamais que la reforme, rien n'est assés accompli pour leur plaire, & aussitost quel­les se sont pareés d'une fausse indifference pour toutes choses, il n'y a point de con­duite quelque juste quelle puisse estre qui ne souffre leur censure. Si elles passent dans vôtre esprit pour des monstres, pour moy je les regarde comme des Viperes & des Serpents & je considere que comme la na­ture ne seroit pas parfaicte sans ces sortes d'animaux, de mesme il faut que les defauts de celles cy servent a faire paroître avec plus d'êclat les avantages des autres. Qu'en penses vous Alcimedon? J'ay trop de pen­chant pour la douceur pour approuver cel­les qui font gloire de n'en avoir point, re­pondit Alcimedon, & je n'evite pas avec moins de soin le rencontre de ces humeurs 09 sauvages, que je recherche avec ardeur l'a­bord & l'entretien de celles qui leur sont opposeés, ah! que la douceur a de charme pour moy & que c'est avec bien de la joye que mon Coeur se rend sans resistance a celles qui en sont pourvëues, je prefere ma servitude a toute sorte de libertée. Pour [Page 33]moy dit Menalipe, je croy que la conduite des unes est prêque autant a blâmer que celles des autres quand elle est va dans l'exces. Vous avés raison dit Rosalie & cette dou­ceur excessive a ses deffauts aussi bien que cette rigueur ridicule. Les faveurs deviennent insipides aussitost que nous les rendons trop communes, & on s'hazarde souvent de n'o­bliger personne quand on veut plaire a tout le Monde. Quel est vôtre sentiment sur ce sujet? dit elle en se tournant vers Amador, pour moy reprit il je suis le plus emba­rassé du Monde a vous repondre, car vous pouvés penser que si je suis mon inclina­tion j'auray bien de la penne a me plaindre des belles, quelles ont trop de douceur pour leurs amants. Non non dit Rosalie que vô­tre jugement vous serve de guide, vous avés assés de lumieres pour satisfaire a nôtre difficulté: Mesdames si vous souhaités que preferablement a mon interest je vous de­clare ce que je pense sur ces deux qualités si contraires, je vous diray que je croy que cette fierté excessive, & cette douceur ex­treme, sont deux ecueils desquels il faut ega­lement s'éloigner, & qu'il n'y a que le mi­lieu qui soit une voye seure & exempte des traicts de la Critique & de la censure. Il faut que le sexe face une alliance de ces deux vies pour être au dessus de la me­disance, & pour que sa conduite soit en [Page 34]effet irreprochable aux yeux de tout le Monde; Car si la fierté & cet air prude est blamable parcequ'il se defait entierement de la douceur, il n'y a pas moins a redire a celle cy quand elle s'éloigue par trop de la prudence, le party de l'une est a la ve­rité bien plus agreable que celui de l'autre mais aussi vous avourés avec moy qu'il est bien plus dangereux. Le malheur des temps oblige les Dames a ne se pas contenter dans leurs actions du temoignage de leur Conscience, la medisance attaque les choses les plus sainctes, & tant que les apparences sont contre elles l'innocence de leurs intri­gue ne peut les justifier qu'a elles mesmes. Elles doivent donc pour eviter le caprice de ceux qui sans penetrer les choses ne con­sultent que leur malignité dans le juge­ment qu'ils en font, unir en elles mes­mes la prudence, la fierté, & la douceur dans un juste temperanment; il faut quelles les assaisonne tellement, quelles soint fieres sans faire gloire de mauvaise humeur, & que sans avoir dessein de plaire a personne elles soint agreables a tout le Monde; une fa­veur un peu disputeé a infiniment plus de charme que celles qu'on accorde sans diffi­culté & nous goûtons bien plus de plaisir dans la possession d'une chose dont la con­queste nous à esté difficile que dans la joü­issance d'un bien que nous avons acquis sans [Page 35]poursuittes. Il est donc necessaire que la dou­ceur soit un peu soutenûe de la fierté mais d'une fierté noble qui n'ait rien de trop rude, enfin telle qu'on la voit Mesdames dans vos Comportements. Rosalie & Menal­lipe avouërent qu'on ne pouvoit pas parler avec plus de raison fur cette matiere, & fi­rent connêtre a Alcimedon le plaisir qu'ils avoint receu de sa visite & de celle du Ca­valier, le temps ne leur permit pas de re­ster davantage ils prirent conge de ces deux belles, & sortirent dans le dessein de voir le lendemain Asterie.

Alcimedon qui connoissoit cette Cruelle plus qu'aucun autre informa Amador de toutes ses manieres les plus secretes, & lui dit en riant que s'il estoit assés persuasif pour engager a l'Amour le coeur de cette rebelle il auroit plus d'adresse q'un nombre prêque infini qui avoint perdu leur temps & leurs soupirs auprés d'elle. Helas re­prit il, il n'y a rien de plus facile que de faire naitre la tendresse dans un coeur, c'est une passion qui vient au Monde avec nous & les forces que nous apportons pour opposer aux assauts quelle nous livre, sont trop foibles pour faire une longue resistance. Alcime­don dit qu'il souhaitoit que cette esperance fut suivie d'une heureuse reussite il ne pen­serent plus qu'a cette visite qu'il rendirent le matin sans retardement, ils trouverent [Page 36]cette belle dans son désabillé qui tenoit un livre a la main, Alcimedon que son hon­nesteté rendoit fort libre avec elle, vou­lut scavoir ce qu'il contenoit, elle fit quel­que resistance, mais enfin il en fut le mai­tre, & l'ayant ouvert il trouva qu'il avoit pour titre L' Amour Vaincu, il n'en faillut pas davantage pour faire naitre la Conver­sation sur la galanterie quoy! dit Amador en s'adressant avec un souris a Asterie, l'A­mour n'est donc pas le maitre chez vous? Non sans doute reprit cette Cruelle, & la lecture que je viens de faire de sa defaitte me confirme dans les sentiments que j'avois conceus de sa foiblesse. Ah dit Alcimedon vous deuriés craindre la colere de ce petit Dieu, il scaura peut estre trouver vôtre foi­ble, & vous devés scavoir qu'il n'est point de belle qui n'ait son heure dangereuse quand ce jeune conquerant s'attache a l'ob­server. Que me dites vous la? Continua t'elle, la liberté de mon coeur que j'ay con­serveé jusques a present n'est elle pas une preuve incontestable de son peu de pouvoir, mais Madame dit Amador cette insensibili­té que vous professés si ouvertement est elle appuyeé de quelques raisons qui doivent vous rendre l'Amour si méprisable? Asseure­ment dit Asterie & je ne veux le considerer que dans la peinture qu'on nous en donne pour connoitre en mesme temps l'avantage [Page 37]qu'il y a de s'en éloigner; Lors que je le vois son bandeau sur les yeux je me repre­sente son peu de lumiere qui doit estre sui­vie de milles égarements, & je conclus aussi­tost que nous avons besoin d'un guide qui soit plus eclairé, & que la conduite d'un aveugle ne peut estre que tres perilleuse. Si je jette la vëue sur le reste de son êqui­page, je ne remarque rien qui ne soit fu­neste a nôtre liberté, & ce Flambeau & ces fleches dont il nous menace, me font assés connoitre que la violence est plus mise en usage chés lui, que la douceur. Enfin dè quelque costé que je le regarde, je trouve tousjours quelque nouveau sujet de mépris, & ces plaintes & ces soupirs qui font l'oc­cupation la plus ordinaire de ceux qu'ils soûmét, ne peuvent s'accomoder avec l'en­joüement de mon humeur. Ca de bonne foy continua t'elle, n'avourés vous pas avec moy que tout son Empire n'est établi que sur la Tirannie & que tous ses-sujets sont autant de Captifs qu'il tient dans les chai­nes, & auquels il ne laisse pas un moment de repos, car quelle rigueur n'exerce t'il point sur nos coeurs lors que ses faux char­mes nous ont seduits, & qu'ils ont tiré de nous le consentement que nous déplorons en vain le reste de nos jours. Quoy! mais dans le Mariage? Dit Alcimedon, non non reprit elle aussitost, a quelle sausse que vous [Page 38]le mettiés je ne le puis goûter, Dans le Mariage mon dieu? Je ne connois point les plaisirs legitimes, & je ne dois pas con­noitre les defendus, mais jay tousjours oüi dire que jamais l'Amour n'estoit plus de­concerté qu'aprés la Ceremonie, & qu'il sembloit qu'il n'eut point d'ennemy plus ireconciliable que l'Himeneé. Non non ne m'en parlés plus? Souvent en pensant trouver un trefor on tombe dans un piege, & les fautes sont mortelles ou le repentir est inutille. A penne Asterie achevoit son discours qu'on vint avertir que Berenice venoit lui rendre visite, elle entra aussitost & sa bonne amie lui dit en la saluant, ah que je suis ravie de vous voir, jamais vous ne vint plus a propos, la partie sera a pre­sent égale, car je ne doute point que vous ne soiés de mon costé. Et de quoy s'agìt il dit Berenice, il s'agit reprit Asterie de Combattre contre ces deux Messieurs pour la liberté de nos Coeurs, & faire en sorte que malgré les forces pretenduës de l'A­mour qu'ils nous opposent, nous restions Maitresses de nous mesmes. C'est bien mon dessein dit Berenice, l'Amour est un Dieu qui perd son temps auprés de moy, de quel­que addresse qu'il se serue je scauray tous­jours parer ses Coups, & je veux passer pour la plus volage, si jamais aucun atta­chement me livre au Caprice de cette pas­sion. [Page 39]Mais Madame dit Amador, est ce que l'Amour est un mal si dangereux? sans doute reprit elle aussitost, & je ne sache point d'employ plus malheureux que celui d'aimer. Mais si on vous le faisoit voir continua t'il dans son naturel avec son air doux & engageant, & suivi de tous les plus tendres plaisirs que goutent ceux qui ne sont pas insensibles a ses traits, que diriés vous? Ne vous rendriés vous pas l'une & l'autre? Asseurement dit Asterie & si vous pouvés nous persuader que les chagrins, la jalou­sie, & l'inquietude ne sont pas les appana­ges de cette passion, nous vous cederons la victoire, & nous nous rangerons de vôtre parti. Eh bien dit Amador j'entreprens tout seul de vous convaincre & si votre es­prit est sans préoccupation, je me flatte que vous serés aussitost du costé de l'Amour quand vous en aurés cônnus les avantages.

Scavés vous Mesdames qu'il n'y a point de passion plus douce & plus tranquille que celle de l'Amour quand elle est maitresse d'un coeur, que nous ne pouvons la Com­battre sans vouloir detruire nôtre nature, & qu'autant de resistance que nous appor­tons pour reprimer ses Mouvements, ce sont autant de demarches que nous faisons pour nous eloigner de nôtre bonheur. Ne croiés pas que ce dieu soit aveugle, il n'ést rien de plus éclairé que lui, & le bandeau dont [Page 40]les peintres luy couvre les yeux est plutost une marque de leur ignorance, q'une pre­ve de son aveuglement. Ils n'ont pû trou­ver de Couleurs assés vives pour nous re­presenter l'eclat & le brillant avec lequel ils sont formés, & dans cette impuissance ils ont eus l'adresse de les cacher afin de ne pas exposer leur ouvrage a la juste censure de tout le Monde. Pour son Flambeau & ses fleches dont vous vous effrayeés, ce sont des armes qu'il ne met point en usage que pour nous rendre heureux, & les chaines dont vous dites qu'il accablent ses sujets, sont milles fois plus douces que nôtre li­berté. Si l'experience peut estre receuë juge en ce rancontre vous entendrés d'un commun accord de la bouche de tous les amants, qu'il ny a rien de si doux que l'A­mour, & que les fatigues qu'il semble nous donner ne servent qu'a nous faire trouver ses Contentements plus agreables.

Pendant tout ce discours Asterie & Bere­nice estoint dans un attention merueilleuse on remarquoit a leur contenance le plaisir quelle prenoint a l'entendre, & l'air enga­geant avec lequel il prononcoit toutes ses paroles les charmoit insensiblement. L'in­tention de ce petit Dieu deguisé estoit plu­tost de leur toucher le coeur par ses traits invisibles, que de flater leur oreille par son eloquence, c'est pourquoy pandant tout cet [Page 41]entretien il versoit dans leurs ames ce je ne scay quoy qui attire les Coeurs, & toute son application estoit a transformer leurs Volontés. Elle ne furent pas plutost bles­seés que se regardant l'une & l'autre avec cette pudeur qui rend les belles encore plus aimables, Berenice dit a Asterie eh bien que dites vous? Je tiens ferme, repondit elle, & toutes ces raisons quoy quelles me plaisent, elles ne me persuadent pas. J'en doute fort, dit Alcimedon, & le trouble qui paroit sur votre visage est une marque tres evidente de vôtre defaicte. Ah Dieu! Croiés vous dit Asterie que nous soions si foibles que de nous rendre si facilement? Que Monsieur continüe son discours & nous Confesserons apres ingenuement quel effet il aura produit dans nos Coeurs: J'en suis d'accord dit Amador, sachés donc continua t'il qu'il n'y a rien de plus raisonable que l'Amour & que le portrait qu'en font or­dinairement les ennemis de sa gloire le dé­figure plus qu'il ne le represente, la nature est trop sage pour attacher la necessi [...]é a une chose mauvaise, & cette belle simpathie par laquelle elle unit inviolablement les es­prits, est trop parfaicte pour qu'on y trou­ve quelque chose de defectueux. Ah que les plaisirs que goutent deux personnes qui se cherissent ont de charmes? Que les ten­dresses quelles ressentent au dedans d'c [...]es [Page 42]mesmes ont de douceur & que les Declara­tions amoureuses quelles se font de tout ce qui se passe dans leur Coeur leur causent une sensible volupté. Que les soupirs que nous poussons & les pleurs que ce Dieu nous faict quelque fois repandre ne vous allarment point, il n'ont rien qui vous doivent rebu­ter, & ces douces reveries dont nôtre esprit s'entretient si souvent de l'objet de son A­mour, flattent infiniment la nature de cette passion. Representés vous la satisfaction d'une Belle qui voit soupirer a ces pieds celuy qui faict tout son attachement, que les tendres paroles, qu'ils se disent lors qu'ils se declarent ce qu'il ont de plus secret dans l'ame ont de charmes? Et que ces termes passionnés dont ils se servent ont de force sur le Coeur le plus insensible, Ah que ces amants font heureux quand l'occasion d'un teste a teste leur permet de se décourir l'un a l'autre l'excés de leur passion! il ne se lassent point de se dire qu'ils s'aiment, & les innocentes libertés qu'ils s'accor­dent dans la chaleur de leur entretien, leurs font gouter des plaisirs qui ne se peu­vent pas exprimer. Ah Berenice, dit Aste­rie en interompant Amador, c'est a pre­sent que je Connois que l'Amour est un Tiran & milles mouvements inconnus que je ressents dans l'ame, commence desia a me donner bien de l'inquietude, Ah vous ren­dés [Page 43]donc les armes? Dit Alcimedon, ce se­roit un vain dit Asterie que je voudrois re­sister davantage, je ne puis plus cacher ma defaicte & milles soupirs mal etouffés ont desia decouvert ce que je prenois penne a dissimuler. Et toy Berenice tu me parois toute interdite? Ah, Cruel Amour, dit celle cy, que je meprisois tant! vous me fai­tes bien ressentir vôtre vengeance: Ouy Asterie je suis vaincüe & je crains que d'in­times amies que nous sommes nous ne de­venions bientost de facheuses Rivales. Non non dit Amador, l'Amour ne produira point d'effet si funeste a vôtre amitié, vos amants seront differents, & vous éprouve­rés dans peu qu'il n'y a que de la gloire a ceder a ce vainqueur. Nos deux Belles nouvellement amoureuses êtoint si décon­certeés par cette êtrange Metamorphose de leur Coeur, qu'Alcimedon & Amador jugerent quelles demandoint un peu de so­litude pour s'entretenir ensemble, c'est pourquoy apres quelques paroles tendres & obligeantes qui en acheverent la Conqueste, ils prirent Congé de l'une & de l'autre qui ne leurs repondirent prêque que par des rêgars languissants & des soupirs qui fai­soint Connoitre combien elles êtoint inter­dites: Laissons les dans leurs reveries & suivons chez Menodore nos deux Cavaliers glorieux de la reussitte de leur entreprise.

Alcimedon & Amador ne furent pas plû­tost entrés chez Menodore qu'ils apprirent que Clarinte & Gelasie estoint avec elle, ils furent conduis dans sa Chambre & aprés avoir temoigné dans leurs Compliments la crainte qu'ils avoint d'apporter du trouble dans la conversation qu'ils interrompoint, on les obligea de rester, & Menodore leur dit fort galanment que des personnes de leur sorte estoint incapables de rien gaster dans un entretien. Nous parlions, continua t'elle, en s'adressant a Alcimedon, du Mari­age de Floriane avec Lycidas, qu'en dites vous? Je suis bien aise répondit il qué leurs voeux soint accomplis, mais pour vous dire le vray je les aimerois encore mieux amans que mariés. Pourquoy cela? dit Gelasie, est ce que vous estes jaloux de leur bonheur? Non reprit il aussitost, mais c'est parceque je crains que leur Amour ne s'affoiblisse & que tout ce grand attache­ment qu'ils montroint l'un pour l'autre pandant leurs amourettes, ne se change bien tost en indifference. Vous ne sçavés donc pas dit Menodore que les belles qualités de Lycidas l'ont tellement rendu digne de posseder tout le Coeur de Floriane, quelle ne met point de bornes a sa tendresse, elle ne peut vivre un moment sans le voir, & l' [...]nion qui est entre eux est si forte, qu'il ny a pas lieu de Croire qu'aucune chose la [Page 45]puisse detruire. Si toutes les Femmes ay­moint avec autant de passion dit Amador, il ny auroit pas tant de maris coquets. Di­tes plutost réprit Clarinte, que s'ils etoint tous de cette humeur aiseé, le sexe trouvant chez soy cet Amour complaisant ne se ver­roit pas obligé a l'aller quelque fois cher­cher ailleurs. Pour moy je crois dit Ge­lasie que quelque genre de vie que nous ayons embrassé il est tousjours bon de s'a­quitter avec exactitude des devoirs qu'il nous impose; C'est bien mon sentiment dit Clarinte, mais je ne puis approuver cette severe conduite de certains maris qui bien qu'ils connoissent la vertu de leurs Femmes, les obligent par un pur Caprice a vivre dans une regularité entierement eloigneé des innocentes libertés que les plus sages peuvent s'accorder: En effet dit Menodore le sexe est ennemy de la contrainte & telle qui n'auroit jamais la moindre tentation de galanterie n'en refuse pas quelque fois l'occasion pour punir un mari de sa deffi­ance: Cette exacte vigilance n'est pas moins incommode qu'injurieuse & quelque tendresse q'une Femme puisse avoir pour celui a qui la Ceremonie la attacheé elle n'aime pas a lui voir faire le personage de surveillant. J'avoüe dit Gelasie que ces humeurs donnent un peu a souffrir mais aprés tout, une Femme qui scait ce quelle se [Page 46]doit a elle mesme, doit regarder tous ces traits de jalousie comme des marques de l'excés de l'affection qu'on lui porte. Ah ne m'en parlés point dit Clarinte il y en a a qui je ne pourois pardonner, il sont si ri­dicules sur ce point, qu'ils prennent mesme leur ombre pour des corps êtrangers, ils doutent si toutes les Dames qui viennent dans leur maison ne sont point des hommes deguisés, & les plus innocentes Conversa­tions passent dans leur esprit pour de grands Crimes.

Je suis de vôtre avis dit Amador, & c'est m'a foy une terrible affaire que de s'obli­ger a aymer par Contract, un Coeur qui aime la liberté dans son choix & qui se plaist a choisir souvent, n'a pas de legeres contraintes a souffrir quand ce devoir lui rend l'Amour necessaire. Je le croy dit Alcimedon & la qualité d'amante & de maitresse, a bien plus de douceur pour les Dames, que celle de Femme & d'épouse, les choses les meilleures & les plus loüables produisent quelque fois de mauvais effets, & bien que l'intention du Mariage ne soit que l'alliance des Coeurs, nous voions ne­antmoins qu'il en separe & en divise bien plus qu'il n'en unit. Je ne comprend pas dit Gelasie pourquoy vous trouvés tant a re­dire au Mariage, pour moy je croy qu'il n'y a point de plus sage & de plus honeste [Page 47]amitié que celle qu'il fait naitre entre deux Coeurs, & j'ay tousjours oüi dire que dans les plaisirs qu'il nous offre, il se trouve une certaine paix d'esprit, & une satisfaction hardie qui ne se rencontre point dans les autres. Quelque douceur que vous y trou­viés dit Clarinte, c'est assés que nous soions attacheés par nôtre engagement pour ne les pas gouter, dans ce qui nous les rend plus sensibles, qui est la liberté. Vous Con­nessés peu les maux q'un Coeur souffre par la contrainte, vous avouriés avec moy qu'il n'y a rien de plus digne de pitié que d'être obligé d'étouffer dans soy mesme tous les desirs que l'on forme, de sentir ce martire sans qu'il soit permis de s'en plaindre, & tout cela de Crainte de donner quelque al­larme a un mary deffiant. Mais d'ou peut venir dit Menodore, en s'adressant a Ama­dor, que le Mariage est prêque tousjours le tombeau de l'amitié, c'est une chose que je ne puis comprendre, & je ne conçois pas comment les uns conservent jusques a la fin cette premiere ardeur amoureuse, pandant que les autres tombent dans une morne in­difference. Cela ne vient dit il, que de ce que vous ne consultés pas tousjours l'Amour devant que de vous engager, l'interest & quelque faux brillant qui vous frappent la veue, vous font faire des démarches dont la précipitation ne peut être suivie que de [Page 48]desordres lors que ce Dieu ne vous sert pas de guide, il est jaloux de son pouvoir & dés qu'il voit que vous avés disposé sans lui d'un bien qui lui appartenoit, il n'en differe point la vengeance, & pour l'ordinaire il vous abandonne la troisieme nuict de vos nopces; plus d'ardeur, plus de tendresse, plus d'empressement, il re­pand dans vôtre ame une certaine indolence qui vous oste le goust des plaisirs, ils vous dévienent fades & insipides, & n'y trouvant plus leur premier assaisonement, vous n'en formés pas mesme les desirs. Voila les mal­heurs que l'on s'attire quand on fache l'A­mour, l'Himen seul n'est capable de rien & dés le moment qu'il n'est pas d'intelli­gence avec lui, il ne vous peut faire passer la vie que dans un êtrange accablement. Mais Comment peut on eviter ce danger dit Clarinte, vous pouvés le prevenir reprit Amador, en traittant mieux les Amours que vous ne faictes d'ordinaire devant que de vous marier, il vous semble que vous n'estes pas sages si vous n'affectés de paroitre Cru­elles, & a la moindre douceur qu'on vous dit, si elle ressent quelque chose de la ten­dresse, vous vous recriés aussitost qu'on vous prend pour d'autres; n'est ce pas la renier hautement cette divinité? Et Croiés vous l'engager a vous suivre si vous la maltraités de la forte. Voila qui est bien devant l'en­gagement [Page 49]dit Clarinte, mais quand la Ce­remonie est une fois faicte, n'est il point de moien de l'appaiser? Est ce une faute irre­parable? Non reprit il, cet Amour que vous avés exilé peut estre rappellé de son banissement, vous pouvés le faire revenir, & quoy qu'il se broûille aisément avec l'Hi­men, neantmoins quand on apporte de la prudence dans sa reception, qui se doit faire sans bruit, & qu'au dehors on donne par politique le premier pas a son Compe­titeur, leur accommodement n'est pas dif­ficille. Souvent cet Amour détroné par le Mariage devient sensible aux pleurs de mil­les épouses malheureuses, il tache de tou­cher leur Coeur & se presente a elles pour y reprendre possession de sa place, mais he­las? Aveugles quelles sont, au lieu de pro­fiter de cet heureux moment, elles le rebute, elles luy ferme la porte au nez, & paye ainsi d'ingratitude le plus obligeant de tous les Dieux. Elles croient mesme que ce n'est pas asses de le rejetter, si elles ne le char­gent d'injures, & n'accompągne ce mauvais traittement, de toutes les paroles les plus piquantes que la colere leur peut mettre a la bouche. Ah! si elles scavoint les avan­tages de sa presence, & qu'il ne les recher­che que pour les rendre plenement heureu­ses, quelles le recevroint a bras ouverts? Pour moy dit Gelasie je croy que les Amours [Page 50]n'abandonne point tellement le Mariage, qu'il n'en reste tousjours quelques uns, & je pense qu'il n'y a que ces petits évaporés qui s'envolent & que ceux qui sont plus rai­sonables demeurent tousjours dans leur em­ploy. S'il en reste quelq'un par hazard dit Amador, Croyés qu'il se lassera bientost de vous divertir, & que si le noeud qui vous Lie n'est pas de son ouvrage il vous causera plus de désordre qu'il ne vous donnera de contentement. C'est mon sentiment dit Clarinte, tous les Amours du Mariage ne battent que d'une aisle, la moindre fatigue les rends malades, & je croy que le plus courageux d'entre eux ne vaut pas le plus lache des autres. A quoy bon dissimuler, continua t'elle, des verités si connuës, ceux que l'Himen a rendu les plus heureux n'ont emprunté leur bonheur que de la nouveauté, le temps a détruit la force de leur passion, & quelque simpathie qu'ils ayent eus l'un pour l'autre, elle a esté d'un foible secours quand l'Amour ne s'est plus faict entendre. On languit sans cette douce amorce, cette ardeur mutuelle ne dure que peu de temps, & par un êtrange Caprice du destin nous cessons d'étre heureuses parceque nous le sommes tousjours; l'absence n'est plus pour nous une penne, & les douces reveries qui faisoint nôtre entretien quand nous estions separés de l'objet de nôtre tendresse, n'oc­cupent [Page 51]plus nôtre esprit aussitost que les charmes de la nouveauté nous abandonnent. L'Amour n'a point d'appas que dans les Comencements, & vous devés avoüer a­vec moy que la liberté est ce qu'il y a de plus sensible & de plus piquant dans le plaisir. Clarinte que son interest faisoit parler de la sorte auroit poussé la conver­sation un peu trop loin, si Alcimedon & Amador qui s'apercevoint quelle ne plai­soit pas êgalement a tout le monde, ne l'eussent interrompüe a dessein en prenant congé de Menodore, elle les remercia avec bien de la civilité de leur visite, & ils lui temoignerent le deplaisir qu'ils avoint de n'avoir point veu Melite, elle leur apprit quelle estoit chez Dorinice & ils se separe­rat de la sorte.

Nos deux Cavaliers qui vouloint profiter de tous les moments favorables que la for­tune leur presentoit ne perdirent point de temps, & le desir qu'ils avoint de voir Melite & Dorinice ensemble, ne pût souffrir aucun retardement. Ils allerent donc chez cette derniere & y rencontrerent celle qu'il y souhaitoint. Le hazard qui se mesle prê­que de toute chose, leur fit naitre l'occasion de conter des douceurs a ces belles, il trou­verent que Dorinice repetoit une lecon de Mufique, je vous ay desia dit quelle y avoit beaucoup d'inclination, & comme c'est une [Page 52]chose qui ne trouble point une visite, vous ne deués pas estre surpris si elle passoit de la sorte le temps avec sa Compagnie. Voi­cy les paroles de l'air quelle chantoit.

Ʋn Berger charmant
D'un air si touchant
Vint l'autre jour soupirant
Me demander un seul moment,
Pour me déclarer son tourment.
Qu'il me parût discret
Que j'eu de regret
A m'en déffaire,
Mais helas? un amant sincere
Peut t'il bien pour un réfus
Se resoudre a ny revenir plus?

Alcimedon & Amador qui avoint enten­du d'en bas la voix de Dorinice, se voulu­rent faire un plaisir de la surprendre, ils monterent donc a petit bruit & a la repe­tion de ces paroles, Mais helas? Ils ouvri­rent la porte, & entrerent en mesme temps. Nostre musicienne parut un peu étonneé d'une visite si impreveuë, mais le Caractere d' Alcimedon le mettant au dessus de la Censure, elle se remit bientost de fa sur­prise, & lui dit en souriant, vrayment cela n'est pas dans les regles de surprendre ainsi les personnes lors quelles y pensent le moins, [Page 53]il ne faut point dit Alcimedon que vous m'en vouliés de mal, j'ay entendu par vô­tre chant que vous souhaitiés le retour d'un Berger, en voyci un que je vous ameine (il dit cela en presentant Amador) il n'a rien de rustique ny de Champestre & je croy qu'au déffaut de celui que vous desiriés il poura estre au gré de vôtre Coeur. Ce n'est pas a vous dit Dorinice a engager les per­sonnes etrangeres, vous ne pouvés disposer que de vous mesme encore peut estre n'en estes vous plus le maistre. Il ne peut pas Madame dit Amador, s'eloigner de mes sentiments en disposant de la sorte de ce que j'ay de plus cher, & je me Croirois bien heureux, si je pouvois remplir la place du Berger dont vous plaignés l'éloigne­ment. Melite qui avoit tousjours eû les yeux attachés sur nôtre Dieu deguisé, dit avec un air enjoüé voicy un Berger qui n'a pas la mine d'avoir tousjours esté nourri au Village, & je croy qu'il a assés de merite pour pouvoir faire l'attachement d'une personne de la Cour. N'en jugés pas a l'ex­terieur dit Amador, les apparences sont trompeuses & vous ne devés pas donner vôtre estime a si bon marché. Il continua de repondre tousjours avec bien de l'esprit a toutes les Civilités qu'on lui faisoit, on prit des sieges & Alcimedon dit a Dorinice Eh bien que pensés vous de ce nouveau [Page 54]Berger? je croy repondit elle, que s'ils estoint tous de ce Caractere, il y auroit bien des per­sonnes qui se feroint un sensible plaisir de quitter les Palais, pour habiter dans leurs Cabanes, Je n'en doute point dit Melite, & l'Heure du Berger ne seroit pas si difficille a trouver s'ils êtoint tous aussi accomplis que Monsieur. Toutes ces flatteries reprit Amador, me plairoint beaucoup plus si elles n'estoint point si generales, & j'aimerois mieux apprendre de vous que je ne vous fusse pas tout a faict desagreable, que d'en­tendre dire que j'ay de quoy plaire a tout le Monde. Vous pouvés vous en faire l'appli­cation dit Alcimedon, car je ne doute point que Melite ne vous confiats la garde de son troupeau. Vous vous avancés un peut trop reprit elle, & vous ne scavés pas si Mon­sieur voudroit s'en charger. Pour moy dit Dorinice je ny voudrois pas fier le mien & quelque estime que j'aye conceue de son merite, il est de certains moments ou on a bien de la penne a répondre de soy mesme, a plus forte raison de s'asseurer sur les au­tres. Quoy Madame dit Amador, Croiés vous qu'il ne se trouve plus de Bergers Fi­dels, & que Mirtil n'ait pas ses semblables. Je croy dit elle, qu'ils sont fort rares, & nous voions a present, que cette fidelité in­ébranlable passe dans l'esprit des amants pour une vertu hors de saison, ils ne trou­vent [Page 55]l'Amour commode que dans le chan­gement & ils croyroint aimer a la vieille mode, s'ilsaimoint avec attachement. Mais si je vous faisois des protestations, de n'a­voir des yeux que pour vous, & de man­quer plutost de vie que de Constance, ne seriés vous pas satisfaictes. Vrayment dit Melite cela serviroit peu, tous les faux ser­ments des amoureux ne passent pas chez eux pour la moindre faute, ils disent qu'en se parjurant ils n'offence que le Dieu des Poëtes, & ce ne seroit pas par la que je me laisserois gangner: Par ou donc, dit Alci­medon, & comment faudroit t'il si pren­dre pour vous engager a aymer. Ce se­roit reprit elle, par des soins & des assidui­tês infatigables q'un amant pouroit me per­suader la verité de ses sentiments, ce se­roint ces tendres déclarations qui ne par­tent que du Coeur, ces doux mouvements de l'ame qui se font connêtre sans l'usage de la parole, & ces soupirs passionés qui ne se ressentent point de la contrainte, qui pouroint gangner quelque chose auprés de moy. Il est bon interompit Dorinice, de s'asseurer de la Constance des amants d'a­present par de longues êpreuves, il n'est rien de plus dissimulé, & malgré toutes leurs douceurs, j'aurois bien de la penne a me rendre a leurs poursuittes. Il ne sont pas plutost Maitres de nos Coeurs qu'ils se [Page 56]refroidissent en moins de rien, plus de sou­mission, peu de tendresse, en un mot tou­tes leurs manieres prenent le droit chemin de l'indifference, ah que ces amants soumis sont differents de ces amants vainqueurs? Je vous avoûe dit Amador, que la prudence n'a pas trop de tous ses yeux pour nous servir de guide dans cetté occasion, & qu'il se trouvent de ces Coeurs fugitifs qu'il est difficile d'arrester, mais aussi vous devés Confesser avec moy qu'il se rencontre en­core de ces amants veritables dont la pas­sion ne peut estre affoiblie par la possesion de ce qu'ils ayment; Ouy Mesdames con­tinua t'il, j'en juge par moy mesme & si j'estois un jour assés heureux que de plaire a des personnes aussi aymables que vous, elles ne se plaindroint jamais de leur en­gagement. Alcimedon qui parloit peu afin de donner plus de liberté a Amador, l'in­terompit & dit, Eh bien Madame n'est ce pas la un Berger bien galant, de vous faire une declaration dés la premiere visite? sans doute reprit Melite, mais comme ce n'est point s'engager que de se déclarer egalement pour deux, ses affaires n'en se­ront pas plus avanceés; Quoy dit Dorinice en riant, le souhaiteriés vous pour vous seule? Ne me demandés pas la dessus mon sentiment dit elle, & jugés seulement de la disposition de mon Coeur par l'estat [Page 57]dans lequel le vôtre peut estre. Je vous entends dit Dorinice, & vous aviés raison de dire que l'Heure du Berger ne seroit pas si difficile a trouver s'ils avoint tous d'aussi belles qualités que Monsieur. Vous ne voyés rien dit Alcimedon toutes ces ap­parences exterieures ne font que le moin­dre de ces avantages, il n'y a point de con­noissance qui passe la vivacité de son esprit, il touche toutes sortes d'instruments avec une addresse merveilleuse, & chante avec l'air du Monde le plus charmant. Je ne scay pas dit Amador comment vous pourés garentir ce que vous avancés si la Compag­nie exige quelque chose de moy. Un petit air dit Dorinice, vous ne pouvés pas vous en deffendre comme vous m'avés entenduë vous le devés faire plus hardiment: donnés nous cette satisfaction dit Melite, mais si reprit il, je ne reponds pas a l'attente que vous avés d'oüir quelque chose d'extraor­dinaire, me le pardonnerés vous? Com­mencés dit Alcimedon, pourquoy cant de façons. L'Amour qui n'ignore rien & qui se sert de tout pour gangner les Coeurs avoit desia faict connêtre tous les avanta­ges qu'ils possedoit a son amy, c'est pour­quoy il ne pût Ies dissimuler & fut obligé de repondre aux souhaits de ces belles, il ehanta donc l'air suivant.

Doux habitans de ces bois,
Que vôtre amoureux ramage
S'accorde bien a ma voix!
Nous faisons rêpondre cent fois
Les rochers de ce voisinage.
Helas! petits oyseaux, helas!
Nous parlons un langage
Que ma bergere n'entend pas.

Nôtre amour Musicien trouva des cheutes si heureuses sur la repetition de ces Helas? Qu'on peut dire qu'il enleva le Coeur de celles qui l'entendoint, elles lui applaudi­rent meruëilleusement & avec des paroles les plus tendres, & les plus obligeantes du Monde, elles lui firent bien connêtre quelles n'estoint plus guere maitresses d'elles mes­mes. (Vous ne devés pas estre surpris de leur deffaite, si vous considerés que c'est l'Amour en personne qui les attaque.) Eh! bien dit Alcimedon n'avois je pas raison de vous dire que ce Berger êtoit accomply, sans doute dit Melite & je connois des per­sonnes qui se feroint un sensible plaisir de ne lui estre pas indifferentes, ne seriés vous point de ce nombre la dit Dorinice, helas reprit Melite, Monsieur estant entierement pour vous, vous pouvés vous imaginer de qui je parle. Ne vous y trompés pas dit Amador, je suis êgalement partagé & je [Page 59]serois dans un grand embarras si vous m'o­bligiés a disposer de mon coeur ou pour l'une ou pour l'autre. Si vous n'estes pas ingenu & sincere dans vos paroles dit Do­rinice tout au moins vous estes discret, & la crainte que vous avés d'en faire une ja­louse vous empesche de vous declarer pour l'autre. Non je vous jure interompit l'A­mour que s'il failloit absolument faire ele­ction d'une de vous deux je ne pourois en faire le choix sans laisser a l'autre, la moi­tié de mes inclinations. Il faut pourtant se declarer dit Alcimedon, & si vous avés penne a le faire de vive voix, il faut que vous escriviés sur les tabletes de ces belles rivales ce que vous sentés pour elles, & nous jugerons par la nature de la declaration quelle sera celle qui sera seule maitresse de vôtre coeur. J'y consens dit Amador pourveu quelles en soint satisfaictes, elles repondirent quelles se rapporteroint entierement au jugement qu'on en feroit, & Amador escrivit sur les tablettes de Do­rinice ce qui suit.

Pouroit t'on trouver un Berger
Qui pût voir Dorinice & ne point s'engager?
Non non? Cela n'est pas possible,
La prise de mon coeur me le faict bien juger
Auprés d'elle qui peut demeurer insensible?
En vain on voudroit l'exiger.

Aussitost que l'Amour eut escrit cette de­claration pour Dorinice il prit les tablettes de Melite, qui estoit dans une grande im­patience d'apprendre le succés de ce jeu, & il y traca les vers suivants.

Helas! q'un amant est a plaindre
Quand entre deux beautés il doit se partager
L'abondance le rend un malbeureux Berger
Et lui donne lieu de tout craindre.
Il faut pourtant dans cette peur extreme
Se déclarer malgré cette rigueur?
Melite vous avés mon coeur!
Il vous dira a quel point je vous aime.

Il estoit difficile de juger en faveur de qui l'Amour se declaroit, & Alcimedon qui fit la lecture de ces vers ne scavoit quelle êtoit celle pour qui Amador avoit plus de penchant, il voioit bien dans une des decla­rations quelque chose de fort tendre, mais aussi dans l'autre tout y estoit si expressif qu'il n'osa dire ouvertement ce qu'il en pensoit. Il rendit donc les tablettes a ces Belles & leur dit que l'affaire demeureroit indecise si elles n'en jugeoint elles mesmes avec desinteressement.

Pour moy dit Dorinice, apres en avoir faict la lecture, je suis satisfaitte de ce que j'ay veu, si c'est le Coeur qui en ait dicté [Page 61]les paroles & que la contrainte n'y ait point eu de part. Je n'ay pas lieu d'estre mé­contente dit Melite & j'appercois dans la composition des vers, je ne scay quoy de tendre qui exprime beaucoup. Eh bien dit Amador comme je n'ay point eu d'autre dessein que de vous satisfaire êgalement toutes deux, je suis ravi que mon entre­prise ait reussi & si vous estes sages vous ne demanderés pas plus d'eclaircissement sur cette matiere. Amador a raison, dit Alci­medon, & puisque vous estes êgalement sa­tisfaictes ne troublés point la Paix de vô­tre esprit par une Curiosité qui ne vous pouroit estre que prejudiciable. Il est des amants qui auroint tousjours esté heureux s'ils n'avoint point désiré d'apprendre des choses qu'on ne leur vouloit pas dire. J'en suis d'accord dit Dorinice, mais vous avoû­rés avec moy que ce n'est pas une legere inquiétude que d'aimer sans scavoir si effe­ctivement on est aimeé, & je croy que l'A­mour cesse d'estre Amour dés le moment qu'il se partage. Comment Madame reprit Amador estes vous encore si novice dans l'art d'aimer que de croire q'un coeur ne puisse pas di­viser ses inclinations entre deux belles: si vous scaviés les Reigles de l'Amour Com­mode, vous connêtriés qu'il n'y a rien de plus ordinaire, & vous ne trouveries point a redire a une chose que l'usage authorise. [Page 62]Ah Dieu! dit Melite si vous vouliés nous servir de maitre a present, & nous di­re quelle mode on doit donc suivre, pour moy j'ay tousiours aimé la Commo­dité en toutes choses, & l'Amour mes­me tout aimable qu'il est me deviendroit insupportable si je Croyois qu'il fut fa­cheux. C'est tres bien dit, reprit Amador & les Maximes que je vais vous apprendre vous confirmeront dans ces sentiments.

REIGLES De l' AMOUR COMMODE.

  • I. COmme il n'est rien de plus facheux que d'estre amant d'Office, l'A­mour d'apresent déffend tous ces attache­ments particuliers qui donuent tant de chagrin, tant de soin, & d'inquietude: ils sont contraires a sa liberté, & le plus [Page 63]petit des Coeurs peut sans scrupule se par­tager entre toutes les Beautés dont il pou­ra se rendre maitre.
  • II. L'Amour Commode bannit pareille­ment les langueurs, les soupirs, & toutes ces expressions qui sentent la Contrainte, il ne les met point en usage, & comme il n'aime que ce qui peut rendre le plaisir plus doux, dans la plus longue absence il ne verse pas une larme, parcequ'il les croit inutilles pour recouvrer ce qu'il a perdu par l'eloignement. C'est un enfant qui plait tant qu'il rit & qu'il folastre, mais dés qu'il vient a pleurer on le chasse & il devient insupportable.
  • III. C'est aussi faire l'Amour a l'ancienne mode que de s'arracher les Cheveux, se battre la poitrine, & faire mine a tout moment de vouloir mourir pour celle que l'on aime, cela passe a present pour une vertu de Theatre, & l'Amour Commode vent q'un amant dans le dessein qu'il a [Page 52]de plaire a sa Maitresse & de la rendre heureuse, il ne neglige rien de tout ce­qui peut faire son bonheur particulier.
  • IV. Comme il n'y a rien de si timide dans sa naissance que l'Amour, il est de la pru­dence des belles, de ne pas traitter cet Enfant avec rigueur, il faut prendre avec lui un air doux qui n'ait rien de severe, puisqu'il n'y a que les Caresses qui puisse l'aprivoiser, & ce seroit imiter ces He­roïnes de Roman que de le charger de chaines dés son Berceau, & de se facher a la moindre tentative qu'il fait sur nostre Coeur.
  • V. Il veut encore qu'on soit discret & que ses faveurs ne soint sceuës que de ceux a qui il les accorde, un Amour sans se­cret & sans mistere n'est pas de longue dureé, & toute la politique de ce Dieu seroit bientost renverseé si la discretion s'en eloignoit.
  • [Page 63]VI. Il demande enfin que la jalousie soit bannie de ses êtats comme une ennemie du repos public, & quelque connoissance q'un amant ait des libertés de sa Mai­tresse, il veut qu'il lui face le mesme vi­sage que si son Coeur n'estoit point par­tagé. Il doivent regarder tout ce qui se passe de secret, Comme des choses qui ne les touchent point, & une amante bien senseé ne doit point censurer les comporte­ments de son Berger.

Voila dit Amador un abregé des Maxi­mes que l'on suit a present, regardés si vous pouvés vous y accommoder, elles n'ont rien de trop austere & elles ont assés de rap­port avec nôtre naturel, pour n'estre pas rejettées comme mauvaises; qu'en pensés vous? J'aurois bien de la penne a les ap­prouver dit Dorinice, & lors que je donne mon Coeur comme je le donne tout entier, je suis bien aise de posseder celuy que je recois sans partage. C'est bien aussi mon sentiment dit Melite, & toutes ces Maximes ne s'accorderoint guere avec mon humeur, [Page 66]cet Amour Commode me causeroit plus d'in­quietude qu'il ne me donneroit de repos, & je croy que vous auriés vous mesme de la penne a vous en accommoder. Non re­prit Amador, & je croirois mon Coeur mieux asseuré si j'en confiois la garde a plusieurs que si je le remettois tout entier a la discre­tion d'une seule. Voila, dit Dorinice le ve­ritable tableau des amants d'a present, l'in­constance faict leur principal Caractere, & je ne plaindrois pas le plus malheureux d'entre eux, quand il auroit affaire a la plus Cruelle du Sexe. Ce fut la la fin de l'en­tretien, Alcimedon aprés quelques paroles de raillerie sur les declarations d'Amador prit Congé avec lui de la Compagnie. Do­rinice dit a Alcimedon quelle lui etoit fort obligeé de l'excellente aquisition quelle fai­foit par son moien, Melite fit voir par son Compliment quelle croioit avoir aussi bon­ne place dans le Coeur d'Amador que celle quelle regardoit comme sa rivale; il dirent l'une & l'autre des paroles fort tendres a celuy qui les avoit charmeé & ils se sepa­rerent de la sorte.

Voila la fin des premieres visites que l'A­mour a renduës dans ce Païs, ce seroit, peu de chose s'il en demeuroit la & s'il ne re­pondoit d'une autre maniere a la réputa­tion qu'il s'est acquise dans les autres lieux. Je le laisse encore avec son Illustre Guide, [Page 67]il ne manquera pas de faire naitre bien des avantures dont le recit ne vous déplaira pas, & je m'asseure que devant que de sortir du Païs il fera parler de luy. Vous ne devés donc regarder cecy que comme le projet de ce qu'il doit faire dans la suite, il imite ces sages Conquerants qui reconnoissent les pla­ces devant que de les attaquer ouvertement & qui sont trop jaloux de leur gloire pour s'engager dans un combat, devant que de ju­stes mesures les ayent asseurés de leur con­queste. Ce sera dans le recueil de ses Triom­phes que vous verrés des particularités & des circonstances qui ne vous deplairont pas, & je me flatte que quelque penchant que vous ayés pour la Paix, vous trouverés du plaisir a voir l'image de la guerre dans la descrip­tion que je vous donneray de ses Victoires. Vous y remarquerés la regularité avec la­quelle il forme ses sieges, la prudence avec laquelle il dispose ses Troupes, & ce qui vous Charmera davantage ce sera la veue de ces Belles guerrieres qui sont attachées a son party, & dont la force est si redoutable, quelles obligent les ennemis les plus décla­rés de ce Dieu a le reconoitre pour souverain.

FIN.

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