TOMBEAV DE MONSIEVR LE DVCDE VEYMAR, MORT DE LA PESTE.
SONNET.
PAssant arrête vn peu pour voir vne auanture
La plus triste qu' ait veu le Soleil icy bas;
Cy gist ce Conquerant dont les fameux combats
Se sont faits admirer à toute la Nature;
Celuy qui tenoit seul l' Austriche à la torture,
Et qui força le Rhin de ceder à son bras,
Fust luy mesme contraint de ceder au trépas,
Qui mit tant de grandeurs dans cette sepulture.
Il n'est plus ce grand Duc, plein de gloire & de coeur!
Ce redoutable Mars qui fut toûjours vainqueur,
Et l'honneur des Guerriers dans le temps où nous sommes.
Mais ne t'étonne pas de le voir en ce lieu,
Apprens que s'il est mort, c'est de la main de Dieu,
Car il ne pouuoit pas mourir des mains des hommes.
Sur le mesme sujet.
EPIGRAMME
CY gist dessous vn peu de terre,
Apres tant de combats diuers,
Ce grand Duc que tout l'Vniuers
Prenoít pour le Dieu de la Guerre.
La Mort voyant que les humains
N'auoient iamais pù de leurs mains
Combattre ouuertement ce Guerrier inuincible;
Par vn stratageme nouueau,
Fit choix d'vn Ennemy qui n'étoit pas visible,
Et qui frapant son coeur, le mit dans le tombeau.
AVTRE EPIGRAMME.
SJ ce Duc a marché toûjours victorieux,
S'il ne fust iamais pris, mais toûjours a sçeu prendre:
Si sa valeur a fait des coups si glorieux;
S'il vêquit en Cesar, & meurt en Alexandre:
Ne t'en estonne point, passant qui que tu sois,
Bien qu'il fut Allemand, il eut le coeur François.
F. SERVIÉS.
⟨October 1648⟩