LES ERREURS DE L'EGLISE ROMAINE REFUTEES. EN UN SERMON Préché le 5 de Juillet, 1674.

A la Chapelle Royale de L'Eglise de Christ a Dublin, devant le tres-Honorable ARTHEUR Comte d'Essex, Viceroy d'I [...]lande.

Par ANDRE SALL,

Cy devant Jesuite & Professeur de Theologie és Colleges de Pampelune, Polencia, & Tudella en Espagne, Recteur & Professeur des Controverses dans le College Irlandois, de l'Université de Salamanque. Professeur des Cas de Conscience au College royal de la Societe de Jesus, en la mesme Université, & a present par la grace de Dieu, Predicateur de l'Evangile dans l'Eglise Reformée d'Irlande, Docteur en Theologie, & Chapelain de son Excellence le Viceroy.

Traduit en Francois par un Ame de l'Autheur.

Imprimé a Londres par T. Newcomb, pour Samuel Lowns, vis a vis de l'Hostel d'Exceter, 1675.

PREFACE A mes tres-cheres Compa­triotes, Amis, & Parents de la Communion Romaine en Ir­lande.

Messieurs,

LE grand scandale que vous temoignez a­voir receu de ma sortie de la Com­munion de Rome, & cette profession que je fais à pre­sent de la Religion Reformée, selon la Lyturgie de l'Eglise Anglicane, m'a induit a me foumettre plus promptement a l'ordre que j'avois de don­ner au public un détail de mon procedé, & les motifs de ma Conversion Contenus en ce Sermon que j'ay presché à Dublin en la Chapelle Royalle appellée Communement [Page iv]l'Eglise de Christ; a dessein que ceux qui n'ont peu ou voulu m'ouir le delivrer de vive voix le puissent lire à leur loisir & sans emportements.

Si les mesures & circonspections que j'ay tenu en ce changement de Re­ligion estoyent en effect un scandale, j'au­rois sujet de craindre que quelque male­diction ne meneçat la teste de celuy qui le donne, mais le pervers naturel des hom­mes n'est que trop enclin à blasonner du nom de sca [...]dale cequi de soy mesme n'est qu'un exemple; & j'ay quelque fonde­ment d'esperer que maintenant vous le te­nez pour tel á mon esgard. Sans doute on le peut appeller un exemple, & mesme un bon (si vous escoutez la voix de Dieu) bon dis-je a ne point endurcir vos Coeurs, ny a ne boucher vos oreilles à l'encontre; bien qu'il vous soit licite d'examiner prudem­ment la vocation, & de vous asseurer si elle est de Dieu, apres quoy ce qui vous reste a faire est d'obeir à vostre Seigneur & Crea­ture, sans craindre les bruits du monde, sans s'arrester aux naturelles alarmes de peur & d'un diffame public de la part des hom­mes.

Tel fut le procedé de la bien heureuse Vierge Marie qui oyant cette grande & ho­norable vocation de Dieu, par la bouche [Page v]l'Ange Gabriel, ny n'endurcit son coeur, ny n'y fit la Sourde oreille, neanmoins el­le ne s'y rend it point d'abord trop credu­le, elle y fit cette instance tres pertinen­te & de poids en la balance du raisonne­ment humain le plus solide, comment cela peut-il arriver veu que je ne cognois point d'homme? mais en apres convaincue par une incontestable assuerance que l'Ange luy donna, elle se soumit sans d'autre replique au bon plaisir de Dieu, sans le laisser in­timider ny par la crainte ny par la honte, j'ay suivi son exemple, j'ay ouy l'appel de Dieu qui me sommoit de quitter des erreurs que j'avois succé avec le laict, je n'y en­durcis point mon coeur par aucune Resolue opiniatreté, je ne donnay non plus un incon­sideré consentement à un change volage, mais bien par prieres & un examen de plu­sieurs années, taschay de me rendre certain de la verité de cette vocation par tous les moyens qui m'y pouvoyent servir; & en fin en estant pleinement asseuré l'embrassay sans le moindre scrupule, en sis publique profession n'apprehendant ny les faux bru­its ny les menaces de ceux qui m'en vou­droyent du mal.

Messieurs, si vous ne jugez apropos de suyure mon exemple en ce mien procedé, j'espere que vous ne dédaignerez pas d'imi­ter [Page vi]comme j'ay fait celuy de la bien heureuse Vierge Marie, si vous oyez la voix de Dieu, de quelque part ou part quelque moyen qu'elle resonne a vos coeurs, n'en devenez point endurcis, Examinez & voyez au nom de Dieu, si c'est effectivement sa voix, sa volonté, & l'ayant treuvé ainsi ne cra­ignez d'embrasser ouvertement, le par­ty de Christ, de peur qu'il ne vous mes­cognoisse & rejette un jour devant son pere Celeste.

J'addresse ce mien escrit a des ames de cette trempe, de cette disposition, & non a d'autres; estimant que ce seroit en vain & peine perdue de l'addresser a ceux qui sont opiniatrement resolus de clouer la Re­ligion telle quelle soit à la naissance. C'est un object de compassion de voir qu'il y ayt tant d'hommes si peu Soigneux de l'affaire uniquement necessaire & de toutes celles qui les concernent, asseurément la plus importante; c'est aussi un sujet eston­nant voire effroyable qu'on treuve des di­recteurs des peres spirituels qui recommen­dent une telle nonchalence, qui l'enjoig­nent sous peine mesme de pecher mortel­lement s'ils vont à l'encontre, en admet­tant quelque doute ou scrupule de la verité des articles introduits par les Papes & ad­joutés à ou contre l'Escriture; ainsi ils sont [Page vii]forcés a ne lire ny ouir aucunes remonstran­ces opposées a tels articles, que s'ils le font il faut que ce soit avec une resolution ferme de ne s'y jamais rendre quelque Convain­cantes & Evidentes qu'elles soyent, ce qu­est en effect interdire à l'homme sa raison, le metamorphoser en beste & rendre la re­ligion dependanté du hazard, non du juge­ment, ny d'un pur & libre chois, & par­tant indigne d'aucune louange & Recom­pense.

Ils permettent a ceux qu'ils veulent atti­rer a leur party l'usage de leur raison, pour considerer & examiner les arguments qu'ils leurs estalent, autrement ils n'en pouroy­ent point faire des Proselytes, pourquoy donc denient-ils a ceux de leur Communion, ce privilege qu'ils accordent au reste des hommes?

Ils s'estonnent que je n'ay descouvert, qu'a present de quel Costé estoit la verité de la religion Catholique, veu que durant plusieurs années j'ay enseigné tant la Phi­losophie que la Theologie en plusieurs ce­lebres Colleges d'Espagne. Cela est pro­prement s'estonner de ce que j'ay peû mi­eux juger d'une chose Contestee apres avo­ir ouy & Confronté les deux partys, que je n'ay peu juger lors que je prestois l'oreil­le a un party seulement, c'est, dis-je s'eston­ner [Page viii]qu'en dix ans ou plus d'estudes, j'aye peû acquerir plus de cognoissance; eston­nement qui paroistra encore plus es­strange par la consideration de ceque rap­porte St. Luc de Jesus Christ le fils de Dieu bien que doué d'une infinie sagesse, a sça­voir que croissant en âge il croissoit aussy en sagesse, aurons nous donc honte de de­venir semblablement plus sages avec le temps, & avec un surcroit de grace de la part de Dieu?

Ils m'objectent que je suis le premier de ma famille qui a embrassé la Religion pro­testante, aussy fut St. Paul le premier de la Sienne qui se rendit chrestien; si je suis maintenant dans le droit chemin comme je suis pleinement persuadé de l'estre, à la mi­enne volonté que mes parents selon la chair voulussent suyure mon exemple, en exa­minant la verité & l'embrassant; ils me disent que je suis dénateuré d'abandonner ainsy mes amis & mon parentage; de dé­courager de causer scandale a plusieurs no­bles familles, & de mon pais & d'ailleurs, dequi j'ay receu des signalées marques d'a­mitié & d'honneur, personne n'est de cela plus sensible que moy car je le suis jusqu'a ce point, qu'il ne me sembleroit pas plus rude de mourir effectivement pour la def­fense de la verité, que de me voir comme [Page ix]je suis en la malgrace de mes parents & amis de voir leur amitié tournée en haine, mais pourtant j'ay estimé toutes ces dis­graces bien que fascheuses plus tolerables que l'ire de Dieu que j'aurois attiré sur moy, sien ce point j'aurois agis contre ma Conscience & mon devoir.

Ils disent que j'ay perdu mon bon sens, en effect ils auroyent raison de le dire, si j'avois faict ce change pour des Considera­tions mondaines, mais l'ayant faict pour de plus hauts esgards, asçavoir pour plai­re a Dieu, pour asseurer mon Eternel bon­heur sur des solides & valables fondements, ils deuroyent a mon avis tenir ce change pour la plus grande marque de fagesse que je leur pouvois fournir ce qui apparoistra par l'examen des raisons que je donne de ce mien change, qui feront juger aux per­sonnes non preoccupés qui de nous parle avec un sens plus rassis, & je souhaiterois de tout mon Cooeur un tel examen pour­veu qu'il se fit depart & d'autre avec dou­ceur, respect, avec les seules armes des rai­sons convaincantes fondées sur la parolle de Dieu, comme il est seant a des chresti­ens, a des hommes sçavants, & ce qui tres propre á descouvrir ou git la verité, montrants en quoy mes raisons alleguées en ce discours suyvant manquent de force [Page x]contre leur Doctrines, & de quels autres plus forts arguments ils les peuvent souste­nir, & reffuter mes repliques, j'agrérois volontiers telles Conferences, y agirois a bon escient, & avec une inviolable reso­lution de recognoistre la verité, de luy ren­dre hommage de quelque Costé que je l'ap­perceurois, s'ils pensent que je sois en er­reur, & pretendent de m'en retirer, voy­la comment ils s'y doivent Comporter, & non pas par promesses, menaces, & ca­lomnies qu'ils ont deja essayé, j'ay respondu aux promesses avec indignation, aux menaces avec les parolles de Susanne Dan. 3.22. il vaut mieux pour moy de tomber entre vos mains & de ne le point faire, que de pecher de­vant la face de l'eternel. Les Calomnies sont si Enormes, & evidemment fausses, que je ne pourrois souhaitter un plus grand mal à leurs inventures, qu'en desirant qu' elles soyent veues & cogneues d'un cha­cun.

La premiere est qu'apres que j'eusse re­solu d'entrer en la Communion de l'Eglise Anglicane, je visitay mes amis de la pro­vince de Tipperary, en receus une grande somme d'argent pour passer la mer, & pu­is au lieu de ce faire me retiray ici la bourse pleine; j'ay rendu toute palpable la fausseté [Page xi]de cette charge, comme l'a sort bien re­cognu le tres Reverend Seigneur l'Arche­veque de Cashel avec plusieurs autres per­sonnes de qualité & probité.

Et de vray de mon naturel j'ay en si grand horreur telles obliques procedures, que je passay pres de mes principaux amis & parents sans entrer ches eux pour en pren­dre Congé, depeur qu'ils ne m'offrissent de l'argent pour le voyage que j'avois alors dessein de faire en Angleterre, lequel j'a­avois Communiqué à quelques uns d'eux, & entray seulement en bien peu de mai­sons ou j'avois quelques affaires particulie­res, & ou par bonheur aucun argent ne me fut donné ny mesme offert.

Tel est encore ce rapport semé icy à Dublin qu'en faisant ma Declaration a l'Eg­lise de Sainct Jean à Cashel devant le tres Reverend Seigneur l'Archeveque de cette ville, & le tres Reverend Signeur l'Eves­que de Waterford je devins muet en pleine assemblée sans pouvoir dire un seul mot [...], & qu'en apres allant par la rue je tombay soudainement mort, ce seroit un discours tout a fait ennuyeux & ridicule, de men­tionner toutes les fables qu'ils forgent jour­nellement, inventant des choses a vray di­re aussy esloignées de mes pensées, & au­tant contraires a mon inclination que de [Page xii]mettre ma main au feu, je ne pouvois qu'at­tendre d'eux telles procedures, sçachant combien leur Docteurs les plus en credit les y encouragent soustenants qu'il est per­mis a un prestre ou Religieus de tuer qui­conque veut decoaurir ses enormes deffauts, ou ceux de sa Religion, & ce qui semble encore plus estrange, que ce n'est pas un grand peché de procurer faux temoignage, contre celuy qui veut flestrir l'honneur d'un autre, pour parce moyen le décrediter & empescher qu'on ne luy a diouste foy, s'ils concedent cette sorte de deffence pour Sau­ver l'honneur de chaque particulier, que ne feront ils point pour diffamer une per­sonne qu'ils s'oupçonnent pouvoir toucher à l'authorite de tout le corps de leur Reli­gion. Je m'abstiens pour le present de nommer les Autheurs de telles maximes, ne les voulant point provoquer, a moins qu'ils ne m'obligent eux mesme de mon­strer combien ces maximes sont contraires a la loy de Dieu, & à la Doctrine de Christ.

Je diray seulement qu'elles deshonorent fort leur cause, la verité n'a besoin de telles armes pour sa deffence, David dit Ps. 36.2. que Dieu n'a que faire de nos biens, Deus meus es bonorum meorum non eges. Et s'il se peut passer de nos biens, [Page xiii]beaucoup plus sans doute de nos maux. Qui se sert de tels moyens montre evidem­ment qu'il ne combat point pour Dieu, car il rejette telles armes, voulez vous par­ler faussement pour Dieu dit le St. hom­me Job 13.7. Et alleguer de fourbes en sa deffense; certainement nul de ses vrays fidelles n'en agira ainsy, ce n'est pas la maniere que Christ, & ses Disciples nous ont recommendé pour avancer le Christia­nisme dans le monde.

Plusieurs personnes qui témoignoyent souhaitter mon bien, eurent la Commis­sion de me donner un item de ne Parler en mal ny au prejudice du party que je quit­tois, & ils me le donnerent en des termes qui ressentoyent une espece de menace si j'y contrevenois; je les asseuray que si par cet advis ils ne desiroyent de moy si non seulement que je ne descriasse; ny ne fles­trisse en monstrant comme au doigt, les sautes des personnes ou societés particulie­res, j'estois de moy mesme tres porté a ne le point faite, mais s'ils vouloyent que je ne justifiasse point ma sortye de l'Eglise Romaine en declarant les erreurs que j'y ay descouvert, & qui m'ont oblige à ce change. c'est une injuste demande qui m'oste la liberté de deffendre la verité, & ma reputation selon la loy de Dieu, & [Page xiv]De-nature, & de laisser sans replique tout ce qu'il leur plaira dire contre l'une & l'autre, ce que je ne sçaurois leur accor­der.

Et d'autant que je sçay qu'on a malicieuse­ment glosé ma Declaration, en y falsifiant des mots & y substituant d'autres. Pour faire voir ces Impostures, & manifester la ve­rité, j'ay annexé a cette preface laditte De­claration telle que je l'ay faicte en l'Egli­se de St. Jean a Cashel. Et afin que la ma­lice ne se fie point tant à ses fourbes sur l'es­perence qu'elles ne viendront point en lu­mire, & ne seront refutées. Je la veur confondre icy en faisant voir aussy clair que le soleil combien est evidente le fausseté d'une objection qu'ils me font, & tirent de la suditte declaration la voicy.

Au mois de Juin dernier je receûs une Lettre qui me reprochoit qu'en ma Decla­ration, J'advouois que deja depuis plu­sieurs années, mon dessein estoit formé d'abandonner l'Eglise Romaine, & d'em­brasser l'Anglicane, & que neanmoins on avoit en ce temps là de mes escrits qui ap­prouvoyent & deffendoyent les doctrines de l'Eglise Romaine. Je supplie le lecteur non passionné de lire Soigneusement ma decla­ration, & de voir s'ily peut remarquer au­cun indice d'une Resolution formée plu­sieurs [Page xv]années en ça d'abandonner l'Eglise Romaine, il y treuvera seulement qu'il y a quelques années que je commençay à re­voquer en doute la verité de quelques arti­cles de ladite Eglise, mais pas un mot d'une Resolution formée de m'en separer; com­me veritablement je n'en ay jamais faict au­cune devant le premier jour du dernier may, & nul homme vivant ne peut a vancer avec verité qu'il ayt veû avant ce jour au­cun escrit de ma main, ny mot de ma bou­che tendant a une telle resolution, ainsy le fondement de cette objection estant evi­demment renversé, voicy tout le resultat qu'on en peut tirer, a sçavoir qu'il y a à present de mes escrits dans lesquels j'ay au­trefois deffendu l'Eglise Romaine. Oh le grand mystere découvert! Comme si mon nom & mes escrits ne soyent point plusieurs années en ça entre les mains de plusieurs, & parmy les Livres publics de l'Université de Salamanque dont jestois un membre & professeur des Controverses en l'un de ses Colleges; & surtout mes auditeurs ayants esté espagnols, François, Irlandois, mes escrits peuvent estre dispersés tant en ce pais qu'ailleurs, veû principalement que depuis mon arrivée icy j'ay esté l'un des plus assiduels & ardents disputeurs du party Ro­main; cequi est generalement sceû & ce [Page vxi]que je confesse moy mesme avec regret & repentence de mes erreurs passées. Quels avantages pretendent ils tirer de cette sub­tile descouverte? je les en puis probable­ment asseurer d'un, qui est qu'on les esti­mera indignes d'aucun credit en matiere mo­ins claire, veû qu'ils presument d'aveug­ler tout un pais, nous voulant faire croire qu'en ma declaration qui est entre les mains de tant de personnes, j'aye recognu que deja il y a plusieurs années, j'avois formé la resolution de quitter l'Eglise Romaine & de me ranger à l'Anglicane; au lieu que j'y dis seulement qu'il y a deja quelques an­nées que je commençay à douter de la ve­rité des articles de laditte Eglise; mais dif­feray à les tenir pour erronés, ou tout hom­me de bon jugement peut voir que douter de la verité de quelques articles, est bien loing de Conclure qu'ils sont faux, & une persuasion de leur fausseté, n'en ferme pas encore necessairement la resolution dese se­parer de l'Eglise qui les enseigne.

En cecy nous voyons la passion aveuglée pour n'avoir point de honte d'avancer une chose si visiblement fausse nous y desco­vrons aussy une extreme foiblesse preten­dant me decrediter en soustenant que quel­ques années en ça j'approuvois & deffen­dois l'Eglise Romaine. Un pareil reproche [Page xv]pouvoit estre faict à St. Paul qui devant sa Conversion estoit fort zelé partisan de la Synaguogue, & Ennemy juré de l'Evan­gile, ils deuroyent considerer que je vis maintenant en une Eglise qui a la permis­sion de lire les Escritures, & n'ignore point cette gratieuse parolle de Dieu del ivrée par Ezechiel, 12.22. si le meschant veut delaisser tous les pechés qu'il commis, & garder mes ordonnances, & faire cequi est licite & droit, il vivra pour certain, il ne mourra point toutes ses transgressi­ons commises ne luy seront point imputées. Si le peuple fidelle avec qui je converse a present faict aucune mention de mes fau­tes passées, c'est pour se conjouir avec moy de ma Conversion, comme les Anges se réjouissent en la presence de Dieu, pour la Conversion d'un pecheur.

Apres cecy ils avancent a me faire une remonstrance, & fouillents jusques au fond de mon intention, llce qu'ils font Commu­nément sans estimer larcin de se faire ainsy esgaux a Dieu en penetrants les coeeurs) ils m'objectent que si mon intention eut esté d'estre asseuré de la verité comme je le pro­teste à present, j'aurois deû communiquer mes doutes à quelques uns de mes freres. A quoi je respons primo que je ne jugeois aucun de ceux avec qui je conversois plus [Page xvi]capables de me resoudre ces doutes que Suarez, Bellarmin, Becanus, Stapleton & tels autres des plus experimentez Cham­pions de l'Eglise Romaine. Et de tous ceux que je pratiquois journellement, je ne pense pas qu'il y ayt aucun si presomptueux que de croire m'avoir peû donner plus de satisfaction, que me pouvoyent donner les escrits de tous ces eminents docteurs. Je dis 2. que pour recevoir d'eux quelque lu­miere & escla ircissement j'ay raconté plu­sieurs fois aux plus habilles d'entre eux mes Conferences avec des doctes protestants, leurs objections & mes responses, & pas un d'eux ne m'a jamais dit que je respondois mal. Mes doctes Antagonistes avoyent coutume de dire qu'un homme exercé com­me moy depuis un si long temps aux dispu­tes de l'escole pouvoit a peine manquer de replique a un Argument, qu'ainsy ils soub­sonnoyent de mon silence que je n'estois pas satisfaict en moy mesme de la verité de mes opinions; en quoy en effect ils ne se trompoyent point. Car sans doute j'au­rois peû m'escrimer d'avantage, & propo­ser instances à instances; mais je ne pouvois resister aux solides arguments dont la lumiere celeste me faisoit de jour en jour de scouvrir la force, & recognoistre la validité, je ne pou vois dis-je resister aux instincts peremptoires [Page xvii]de la verité qui me solicitoit fortemment de luy ceder & partant m'y rendis sans d'a­vantage de repliques.

Je dis en 3. lieu que plusieurs jours de­vant ma Declaration d'estre protestant je fis sçavoir par lettres & de bouche à quelques uns du clergé Romain, & de la Noblesse, (a qui je croyois a propos de la faire) je leur fis sçavoir disie qu'encore que j'eusse esté obligé de me mettre sous la protecti­on du tres Reverend Seigneur l'Archeveque de Cashel, pour eviter la fureur populaire esmeue contre moy, je ne me separerois pourtant pas de la Communion Romaine, tandis que je verrois quelque jour d'estre Esclaircy en certaines doutes que j'avois de quelques points de doctrine, & veû qu'ils avoyent par devers eux depuis un long temps mes escrits countenants ces doutes, je suppliois celuy qui m'y voudroit don­ner quelque lumiere, de me faire cette grace, luy promettant de ma part une do­cile & non preoccupée attention. Mais personne n'a entrepris de le faire, ny ne m'en a faict sçavoir la moindre envie. Aussy n'avois-je nul fondement d'esperer qu'au­cun d'eux m'y eut peû ayder, ayant moy mesme si long temps & si soigneusement espluché les raisons des plus subtils deffen­seurs de ces doctrines sans y avoir treuve [Page xviii]aucune satisfaction, au contraire quand ils receurent mon papier contenant les instan­ces sans y faire mention d'aucun dessein de separation; au lieu de m'accorder une charitable Conference ils esmeurent le peu­ple contre moy, disants que j'estois deja Ministre, & devois presher le prochain di­manche en l'Eglise de Cashal. Cequi estant une de leur inventions, je la sis passer pour telle chez un Seigneur, ou j'ouy ce rapport, sans qu'il y eut encore de mon Costé aucu­ne promesse faicte de me rendre protestant. Rapport partant qui n'estoit qu'nn tres faus­se imposture forgée contre moy, sans crain­te aucune de Dieu, ny de l'infamie d'estre treuvé menteur, en semant & publiant un tel fau x bruit sans que j'y eusse donné la moindre occasion.

Ce rapport neanmoins enflamma telle­ment le peuple que des personnes de cre­ance qui me vouloyent du bien me firent ad­vertir qu'on menaçoit ou de me tuer ou de me transporter en lieu ou je n'oserois ou­vrir la bouche contre le party Romain.

En verité j'eu de la peine à croire que des Chrestiens, des compatriotes, & parents que j'ay souvent servy, jamais offense, qui m'avoyent donné plusieurs marques d'a­mour & d'honneur, voulussent attenter à ma vie, pour ce que je suyois le dictamen [Page xviv]de ma Conscience. Leur passion disois­je ne les peut tant aveugler, qu'estants sous un gouvernement d'un sentiment different du leur, ils ne soyent suffissamment con­tents de la gratieuse tolerance dont ils jou­issent sans insulter ainsy & comploter con­tre la vie de ceux qui esclairez en leur es­prit embrassent la Religion receûe par la loy & le gouvernement auquel nous som­mes tous sousmis.

Comme je souhaitte Cordialement leur bien, je desire parcillement qu'ils puissent quitter ces sortes de procedures, ces pam­phlets, pasquils, Calomnies, & qu'ils oc­cupent leur esprit à examiner sobrement mais serieusement (pour la gloire de Dieu, la manifestation de sa verite, & l'edifica­tion de son peuple) à examiner dis-je les points que je traitte en ce discours, mon­trants en quoy mes arguments sont defectifs contre leur doctrine, quels sont leur meil­leurs pour la soutenir, tirez des irrefra­gab les & Canoniques escritures; des rai­sons claires, fondées sur la parolle de Dieu, ou l'uniforme pratique de l'Eglise primitive, & non point des expressions hyperboliques de quelques anciens autheurs. Non des fleurs de Rhetorique, d'applications figu­rées de l'escriture qui la tirent comme par force de son propre sens en un tout dif­ferent [Page xx]& opposé de la quelle maniere & l'Al­coran de Mahomet, & le Talmud des Juifs peuvent estre aussy plausiblement deffend us que le Concile de Trente.

Le Dieu de paix & son fils Jesus, qui l'a laissé comme en heritage a ses Disciples nous fasse la grace d'estre de ce nombre, vi­vants en paix & Charité mutuelle en cette vie, asin que par ce doux lien nous le pu­issions tous un jour louer conjointement en la vie Eternelle. Amen.

Declaration du Sier André Sall faite en l'Eglise de St. Jean en la ville de Cashel, May 17. en presence des Reve­rens Peres en Dieu l'Arche­vesque de Cashel & l'Eves­que de Waterford.

COmme ainsi soit que je An­dré Sall aye eu ma nais­sance & mon education en la Communion de l'Eg­lise Catholique Romaine, mené une vie religieuse, & fait mes Cours en Philosophie & Theologie es Colleges de l'ordre de Jesus en Espagne, & puis j'aye estay employé plusieurs an­nées a enseigner lesdites facultez, je confesse que depuis par le moyen de cette fonction je me suis appliqué a une re­cherce & a un examen plus exact des [Page xxii]matieres, & que par une frequente lecture des Sainctes Escritures, des Pe­res, des Conciles, & des histories Ec­clesiastiques, ma connoissance s'est ac­crue, & mon jugement s'est meuri; Je commencé a douter de la verité de plusieurs Articles introduits par l'usage & l'authorité de l'eglise Romaine, con­traires a la raison humaine, & non ga­rantis par les divins escrits, comme la Transubstantiation, les Indulgences, le Purgatoire, l'adoration des Images, &c. Neanmoins j'estousay mes doutes tandis que je fus en Espagne, d'un co­sté craignant la severité de ce pais la contre ceux que s'opposent a leurs opi­nions, & de l'autre amusé par cette supposition; Que l'Eglise & le Pape de Rome sont infallibles en leurs De­crets touchant la foy. Et que par con­sequent je me pouvois tenir ferme a leurs Declarations. Mais estant ari­vé en ce pais icy, & ayant souvent disputé de la Religion avec plusieurs personnes eminentes en scavoir & inte­grité, mais principallement avec le [Page xxiii]tres reverend pere en Dieu (& vraye­ment le mien en Christ) l'Archevesque de Cashel, icy present, lequel se sou­venant du devoir d'un bon pasteur, trouva moyen d'amener en sa bergerie cette brebis errante avec une constance inexprimable & une charité indefa­tigable, soufrant six ans durant qu'il continua ses attaques, ma resistance ob­stinée, tant qu'en fin par le moyen de sa solide doctrine, & par l'exemple de sa vie pieuse & entiere (qu'il me soit permis de dire cecy a la gloire de Dieu) il pleut au Seigneur me donner une plus claire veuë de mes erreurs: Neanmoins je dilayay a donner mon plein Consen­tement: en partie craignant que la foi. blesse que je sentois ne provint de mon incapacité plustost que de la cause que je maintenois, & en partie espouvanté par les Confusions & dangers que je concevois pouroyent suivre ma defecti­on de la communion de l'eglise de Rome. Par ainsi je m'appliquay a une plus dil­ligente estude du fait n'obmettant rien qui peust appaiser le trouble de ma Con­science, [Page xxiv]lisant d'un oeil indifferent les meilleurs autheurs des deux partis. Et bien que je souhaitasse de tout mon coeur de pouvoir justifier la cause que j'avois maintenuë jusqu'icy pour ne pas tomber dans ces terribles inconvenients que des considerations humaines me faisoient craindre dans le Change. Ne­anmoins assisté par la grace Divine, & prenant pour regle de mes actions le service de Dieu & sa volonté, & l'interest de l'Eternité, je me resolu d'adherer constanment au parti qui sur meilleur fondement me pouroit as­seurer de ce grand Emolument. Tandis que je m'attache a ces considerations survient la Declaration de nostre Souve­rain Sire, le Roy, banissant le Clerge Ro­main: Par la je me vi entre deux ex­tresmes, ou de continuer dans le pais avec mes doutes, & en la desobeis­sance des Commandements de mon Sou­verain, ou d'aller en Espagne, & estre la constraint de prescher & pratiquer des Doctrines que ma Conscience n'ap­prouvoit pas. Et pour une prompte re­solution [Page xxv]apres mes prieres ardentes a Dieu pour l'assistance de sa divine lu­miere, en une affaire de si grand poids, je couchay pas escrit pour estre mieux considerées) les raisons que j'avois oui­ës, leuës, & concevës contre les Opi­nions Romaines qui sont en controver­ses. Je leu aussi soigneusement & con­sideray serieusement le 39 Articles, les Canons, & la Liturgie de l'Eglise d'An­gleterre: & tout bien consideré je con­clu que la voye de l'Eglise Anglicane es­toit plus seure pour mon salut, que cel­le de l'Eglise Romaine. Partant je re­solu de declarer, comme je fais main­tenant serieusement & de coeur, sans aucune equivocation, ou reservation mentalle, en la presence de Dieu & de cette congregation que je donne mon li­bre & plein consentement aux 39 Ar­ticles de l'Eglise Anglicane, comme Saints, sages, & foudez sur la parolle infallible de Dieu, reconnoissant les Doctrines Romaines qui y sont contrai­res fausses & superstitieuses, special­lement celle de la Transubstantiation, [Page xxvi]qui impose aux Chrestiens la croyance de miracles monstreueux, contraire a la raison humaine, & non fondée sur tesmoignage divin ny necessaire pour verifier les parolles de Christ l'institu­tion du Saint Sacrement, ny pour en verifier les effects. Non pour en ve­rifier les parolles, veu que Christ dit en mesmes termes qu'il est le vray Sep, sans aucune alteration realle en sa per­sonne, ou au Sep. Ny pour les effects du St. Sacrement, veu que Christ est capable d'anexer a la reception du pain & du vin, telle grace qu'il luy plaist, sans le changement des Ele­ments, ainsi qu'il donne la grace spiri­tuelle deregeneration dans l'eau du Bap­tesme, sans changement en la substance de l'eau.

Et afin que l'imagination qu'on pou­roit avoir de quelque intention tempo­relle ou sinistre en cette mienne Decla­ration sur la conjoncture presente n'en­pesche point le bien spirituel que les ames en pouroyent recueillir j'ay de bons tesmoignages a monstrer, & les ay [Page xxvii]desja monstrez a Monseigneur l'Arche­vesque, qui asseurent que je jouissois en Espagne, (& pourois encores main­tenant jouir avec plus d'advantage si j'y allois, avec le dessein que j'avois d'aller) tel degré d'honneur & d'ad­vantage, que je ne pourois pas attendre ailleurs. Tellement que si je regarde sur ce voyage le demeurant dans ma profession precedente, rien ne se pre­sentoit a mon esprit que plaisir, ap­plaudissement, & honneur, au con­traire si je tourne mes yeux sur ma presente resolution des montagnes de difficultez & de dangers m'espouvan­tent. Mais en cette perplexité j'ay mieux aimé de souffrir icy des traver­ses avec satisfaction de Conscience, que de jouir dans l'autre chemin d'hon­neurs accompagnez de remors & tor­tures de Conscience, & de l'indignité d'une vie dissimulée.

Cest pourquoy je supplie bien hum­blement vostre Grace que je sois admis en la Communion de cette Eglise, & que je sois absout d'avoir si long temps [Page xxviii]continué dans l'erreur resistant a la pu­issante vocation de Dieu. Ce que m'es­tant ottroyé, j'espere que le grace de Dieu tout puissant m'assistant que je ne me soustrayray jamais. Pour plus grande confirmation de tout cecy, j'ay icy souscrit mon nom

Andre Sall.
St. MAT. Chap. XXIV. Ver. 15, 16, 17, 18.

Quand donc vous verrez l'abominati­on de la desolation, qui est dite par Daniel le Prophete, estre establie au lieu Saint (qui lit l'entende.) Adone, ceux qui seront en Judée senfuient aux montagnes. Et que celuy qui sera sur la maison, &c.

EN toutes occasions j'esti­me que c'est le devoir d'un Predicateur, de chercher diligenment le vray & propre sens de la parolle de Dieu, qu'il entreprend d'ex­pliquer, asin que fon­dant la dessus son discours, plustost que sur son imagination particuliere, il puisse avo­ir plus de poids pour le bien des ames: ma­is lors que le texte mesme nous advertit de ce devoir, & nous exorte a le bien enten­dre, comme le nostre fait a present, en ces [Page 2]mots, qui lit l'entende, alors certaine­ment nous sommes obligez d'une façon plus particuliere a en chercher soigneuse­ment le sens. Ce que j'ay tasché de faire. Et ay trouvé trois diverses opinions entre les anciens & modernes touchant l'abomi­nation de la desolation establie au lieu saint, mentionée en nostre texte. La premiere opinion suivie par St. Jerome est, que par cette abomination de desolation, on peut entendre l'image de Caesar, laquelle Pila­te erigea au Temple de Jerusalem, ou la statue de l'Empereur Adrian, laquelle il affirme demeura debout au lieu le plus sa­cré du Temple, au lieu tres saint, jusqu'a son temps. Ce qui estoit au peuple de Dieu une chose tres-abominable, & qui rendoit le Temple desolé, & vuide des louanges divines: les fidelles abandonnants la Cité & le Temple, afin qu'ils ne fussent participants de l'idolatrie profane qui s'y pratiquoit, comme nostre Seigneur conse­ille és parolles de nostre texte. La secon­de opinion suivie par des interpretes fort scavants, & attribué a St. Chrysostome est, que par cette Abomination est entendue l'ar mée Romaine sous Titus, lors quelle vint assieger Jerusalem, & quelle estoit preste de remplir la ville de ses estendars qui portoyent l'image de Caesar, & de son [Page 3]Aigle, ce qui aux Juifs estoit abominable & prophane.

La troisieme opinion suivie par la Glose interlinaire est, que les parolles susdites de nostre texte, ont esgard au temps de l'Anti­christ, 2 Thes. 2.3. Dan. 11.16. 2 Thes. 2.4. quand l'homme de peché sera reve­lé qui s'exaltera & magnifiera par dessus tout Dieu, & qui s'oppose & exalte par des­sus tout ce qui est nommé Dieu, comme le dit St. Paul, lequel lors qu'il apparoistra, nostre Seigneur exorte les fidelles de fuir le lieu ou ils le verront prevaloir. Toutes ces trois opinions bien que differentes en parolles, tendent pourtant a un mesme but; pour nostre instruction spirituelle, & con­tribueront a bien fonder le point que j'ay dessein a cette fin de tirer de nostre texte. Les parolles suivantes de nostre texte expri­ment, la haste & la diligence avec la quel­le nostre Sauveur veut que les fidelles evi­tent la place infectée de ce mal. Gerson Tract. in Magnif. p. 97. Les mai­sons de la Judée avoyent communement le toict plat pour marcher dessus, ainsi que dit Gerson, or celuy a qui il arriveroit de'­stre sur le toict, nostre Seigneur luy con­seille de n'attendre pas pour descendre par le chemin ordinaire, ny pour mettre per ordre les affaires de sa maison, & a celuy qui seroit aux champs de ne retourner point pour emporter ses habillements, mais [Page 4]de haster sa fuite avec toute la dilligence possible puis qu'il vaut mieux perdre tout, que de perdre son ame.

Nostre texte estant ainsi expliqué, le premier point du discours que j'y fonderay, ser a pour justifier le Conseil de nostre Sau­veur. Que si nous voiyons aucune de ces trois abominations declarée per ces trois Opinions susmentionées, Idolatrie, Pro­phane violence, ou impieté Antichristi­enne prevaloir en quelque Eglise ou Con­gregation, nous ayons a l'eviter en toute dil­ligence, sans nous arrester a des ceremonies ou complaisances humaines, ny a la perte de nostre honneur ou interest mondain. Le second sera, pour declarer que j'ay apperceu (& les moyens par lesquels je suis venu à appercevoir) toutes ces trois sortes d'abominations pratiquées en l'esglise Ro­maine. Le troisieme, contiendra, la Con­clusion de ces premisses, ascavoir, que la re­solution que j'ay prise de me retirer promp­tement de la communion de cette eglise la, apres avoir este convaincu, que telles cor­ruptions y regnoyent, estoit Juste, & Ne­cessaire; & partant ne merite pas un si grand scandale, ny une telle offence come la pluspart de ceux qui estoyent mes freres en ont pris.

Premier Point.

Comme il est evident que le ciel vaut mieux qu'un morceau de terre, la gloire eternelle que la courte joye de cette mi­serable vie mortelle, la grace & la faveur de Dieu que celle des hommes, autant est evident le premier point de nostre Discours, & n'a point besoin de longue preuve. ça­voir, que si nous voyons une Eglise infecrée de corruptions incompatibles, avec le vray service de Dieu, nous la devons quitter en toute dilligence, sans avoir esgard au des­plaisir des hommes, ny a aucun interest ter­restre. Mais pourquoy est ce que nostre Seígneur presse ainsi ses disciples de quit­ter les plaisirs de Jerusalem, & les champs fertilles de la Judée, pour s'enfuir aux ste­rilles montagnes? Ne pouvoit on pas at­tendre de leur foy constante & piété arden­te, cultivées en l'escholle de Christ, enri­cheés de la rosée celeste, de la saine do­ctrine decoulante sur eux tous les jours de ses levres divines, qu'au milieu de l'ido­latrie, & prophaneté des Romains ils pou­royent se conserver purs & sans tache, comme le poisson en la mer qui ne se sent point de sa saleure? Mais qui plus est, ne pouvoit on pas attendre que per leur do­ctrine & l'exemple de leur Sainte vie, les [Page 6]playes de Jerusalem eussent peu se guerir, & ses habitants estre amenez a une meil­leure vie? Non, il ny avoit point d'espe­rance de leur amendement, parce que leurs coeurs estoyent endurcis comme celui de Pharao, & leur maladie estoit incurable, qui s'accroissoit par les remedes mesmes: leurs estomacs estoyent si corrumpus, qu'ils change oyent la plus saine nouriture en poi­son, leurs esprits estoyent si pervers qu'ils abhorroyent leur guerison, & mettoyent a mort leurs medecins: ainsi le declare d'eux nostre Sauveur au chapitre qui pr [...]cede ce­luy de nostre texte, le 23. de St. Matthieu leur represente, que leurs peres devant eux avoyent ainsi fait, qu'eux mesmes faisoy­ent ainsi presentement, & le feroyent en­cores a l'advenir les piteuses parolles de no­stre Sauveur sur ce subject sont remarqua­bles. Malheur sur vous Scribes & Pharisiens hipocrites. Vous estes tesmoins contre vous mesmes que vous estes enfans des meurtriers des prophetes. Mat. 22.29.31.32.39. Vous donques aussi achevez de remplir la mesure de vos peres. Voicy je vous envoye des prophetes & des Sages, & des Scribes & vous en tuerez & en crucifierez, & en foveterez en vos Synagogues, & les poursuivrez de ville en ville. Afin que vienne sur vous tout le sang juste qui a esté repandu en la [Page 7]terre, &c. Le peuple de Jerusalem estant ainsi abandonné a une opiniatreté reprou­vée, quelle esperance pouvoyent a voir les disciples du Seigneur des les guerir?

Ils ne pouvoyent pas non plus esperer avec prudence d'estre saufs eux mesmes en une corruption si grande & si generalle. Esaye croyoit, que c'estoit la mesme chose de viure en compagnie corrumpuë, Es. 6. v. 5. & d'estre corrompu soy mesme. Malheur fur moy (dit il) car je suis perdu, parce que je suis homme de levres souillées, & je demeure au milieu d'un peuple de levres souillées. Surquoy St. Jerosme dit, que sa premiere partie du texte estoit une declaration de la derniere, & que de dire qu'il vivoit avec un peuple de levres pollues, estoit autant que de dire, qu'il estoit lui mesmes pollu de levres. St. Hier­on. Ep. 1. ad Da­masc. Hoc in peccati & miseriae parte ducit propheta, habitans in medio populi, polluta labia habentis. Tant est puissante l'influence des mauvaises compagnies, que les meilleurs hommes sont en danger d'en estre tachez, & mesmes corrum us. Il semble mesmes, que les Anges ne sont pas en sureté de la contagion d'un tel voisinage. Au premier Chap. de la Genese il est dit, Gen. 1. Rupert l. 1. in Gen. c. 13. que Dieu separa la lumiere des tenebres: par lesquelles parolles Rupert entend, que Dieu separa les bons Anges d'avec les mauvais, [Page 8]& cherchant plus outre, quelle pouvoit estre la cause de cette separation, il res­pond, que c'estoit de peur que les bons anges ne fussent pervertis par la compag­nie des manvais, Coment? Les anges sont ils subjects a un tel changement? Ne leur est il pas naturel d'avoir la liberté en leur premier chois, St. Tho. 1. Par. q. 64. art. 2. mas cela estant fait, de demeurer immuables au parti qu'ils ont une fois embrassé? ainsi enseignent com­munement les Theologiens aux Escholles, mais telle est la force des mauvaises com­pagnies qu elle fait que les Anges mesmes oublient leur naturel, & se pervertissent avec les pervers. Nous avons une autre belle apparence de cette verité au 10. ch. de St. Luk. v. 18. ou nostre Sauveur pour tesmoignage de sa divine puissance, dit qu'il regardoit Satan descendant du ciel comme un esclair. Et qui a-il de singu­lier en cela? les anges, & tout le monde ne voyoient ils pas la mesme chose? ouy dit Rupert, mais avec crainte & danger. Mais Christ le fils de Dieu voyoit seul ce spectacle avec seureté & assurance. Rupert l. de victo­ria verbi. Solus iste videbat securus sui: angeli autem vi­derunt in magno terrore positi. Tant fort & actif est le venin des mauvais exemples & compagnies scandaleuses, que mesmes ces purs esprits angeliques ne pouvoyent pas [Page 9]estre en seureté de leur contagion, selon l'opinion de se scavant Pere. Christ seul pouvoit voir sans danger la cheute malheu­reuse de Satan. Solus iste videbat securus sui. Ne vous fiez point en vostre vertu, & ne mettez point de consiance en vostre bon naturel. Mauvaise compagnie corromp la vertu, & pervertit le naturel. Cette fatalle contagieuse influence des compag­nies, justifie la pratique des Nations, qui censurent les meurs des hommes, par la compagnie que leur agrée. Le proverbe Espagnol, rendu en François, dit. Dit moy avec qui tu converse, & je te diray quel tu es. Vous nobles qui avec soin de vostre reputation, & vous Chrestiens qui avez es­gard a vostre bien & salut, prenez garde a quelle compagnie vous adherez. Cette doctrine estant si importante a toutes per­sonnes, je la confermeray encores per le fa­meux-exemple de l'enfant prodigue couchée au 15 ch. de St. Luc. lequel ayant dissipé, son bien en vivant dissolument en pais es­trange, il se mist avec un citoyen que l'en­ploya a paistre ses pourceaux, & il sou­haitoit, de remplír son ventre des goustes que les pourceaux mangeoyent. Coment cela? Ce jeune homme si delicat que s'esto­it degousté de la bonne chere de la maison de son pere, a envie a cette heure des goust­es [Page 10]que les pourceaux mangeoyent. Est ce la une nouriture propre a l'homme, & a un tel homme que luy? Non, mais la compagnie des pourceaux luy fist despouiller son naturel, & se vestir du leur. Et estant revenu a soy mesme, ainsi suit le texte, quoy? s'etoit il laissé soy mesme? ouy dit Pierre Chrysologus. Chry. Ser. 2. A se migrat & transit in be­stiam, vivant avec les bestes il se laissa soy mesme & devint beste. Voila l'effect ordi­naire des mauvaises compagnies, de chan­ger en leur propre condition le naturel, de ceux qui leur adherent. Presumer le con­traire, est pretendre un miracle, & temp­ter Dieu. Ce seroit certes un miracle, & bien singulier, qu'un homme vescust en mauvaise compagnie, sans sy conformer. Nostre Seigneur pour confermer sa doctrine par un miracle indubitable contre l'opinia­treté des Juifs, qui condemnoyent comme sorcelleries ses autres oeuvres miraculeuses, prist des enfans innocents pour publier sa gloire au temple de Jerusalem, suivant ce que dit le prophete David au Ps. 8. Tu as accompli ta lovange par la bouche des pe­tits enfants, & de ceux qui tettent. Ce miracle opera bien avant sur l'esprit des Juifs, & les conferma en la croyance des precedents, comme le recite St. Mathieu, quand les principaux Sacrificateurs & les [Page 11]Scribes eurent veu les merveilles qu'il faisoit, & les enfants criants au Temple, Hosanna au fils de David, ils en furent indignez. Qu'est ce qui leur faisoit plus prendre gar­de aux eloges innocents des enfants, qu'aux autres merveilles qu'il avoit faites? Euthi­mius glossant sur ce passage respond, qu'es autres occasions ils soubçonnoyent, que Christ n'eust esbloui leurs yeux par des ap­parences de choses feintes. Mais que leurs en fans essevez par eux mesmes, & vivants permi eux, publiassent hautement les Eloges d'un qu'ils voyoient tousjours con­demné, & chargé de reproches par eux, estoit un miracle qu'ils ne pouvoyent con­tredire que ces oreilles la qui estoyent con­tinuellement batuës de calomnies & opro­bes contre Christ peussent entretenir quel­que favorable opinion de luy, estoit une merveille que la malice, & l'envie mesmes ne pouvoyent soubçonner, tant il est es­trange de n'agir pas selon l'humeur de la compagnie avec qui on vit. Une merveil­le passant toute merveille, telle est l'influ­ence qu'a la mauvaise compagnie sur les es­prits de ceux qui luy adherent! Et icy je conclus le premier point de mon discours, Combien justement nostre Sanveur es pa­rolles de nostre texte exortoit serieusement ses disciples d'eviter les Abominations de [Page 12]Jerusalem, abandonnée a la corruption, & une opiniatreté reprouvée, afin qu ils n'en fussent point pervertis, & que s'il nous arive de voir aucune de de ces trois Abo­minations declarée per les trois opinions des interpretes recitees dans l'explication de nostre texte, c'est asçavoir Idolatrie, Cru, auté, ou Impieté, ou toutes les trois prati­quees en une Esglise ou Congregation, nous la devons eviter en toute promptitude & diligence. Je viens maintenant au second point de mon discours, ou je me suis pro­posé de declarer, Comment c'est que j'ay veu, & par quels moyens il a pleu a Dieu me fair voir, que ces trois Abominations sont generallement pratiquées en l'Esglise Romaine, en l'estat ou elle est a present; scavoir Idolatrie, en la maniere du Culte divin, Cruauté en la conduite des ames, & Impieté Antichristienne, en l'exaltation qu'ils font des hommes par dessus Dieu. Afin que ma separation de sa communion se puisse justifier comme n'estant autre cho­se qu'une vray obeissance au Conseil de Christ desclaré en nostre texte. Mais de­vant que d'entrer en ce point je prie mes judicieux auditeurs, de ne croire pas que je viens icy pour criailler & mesdire de ceux qui cy devant estoyent mes freres en la communion Romaine. Je ne les puis pas [Page 13]hair sans me hair moy mesme. Ma chair & mon sang, & mes plus chers amis estants parmi eux, je lamente leur erreur, en gran­de compassion. Je ne pourois pas en pie­té abandoner la mere, des mammelles de laquelle jay sucé la croyance de Chrestien, si par ma sueur ou mes larmes je pouvois esperer de laver les taches que la corrupti­on du temps a respandues sur sa face autre­fois belle & glorieuse: mais voyant que sa malade paroissoit incurable & contagieuse, j'ay esté contraint de faire divorce. Des fautes mediocres n'en pouvoyent pas estre une juste cause, il faut qu'elles soyent grie­fues. Ce que je ne puis declarer sans les ap­peller per leur nom. C'est ce que nostre texte, & l'explication qui en a esté faite me met en la bouche pour juste cause d'une pareille separation, Idolatrie, Cruauté, & Impieté. Comment je suis venu a apper­cevoir que la pratique presente de l'Esglise Romaine est coupable de ces fautes; je tas­cheray de declarer avec la briefueté, & la sincerité que le devoir requiert, ayant a parler en un si illustre Auditoire.

La Providence de Dieu mayant mené en mes jeunes ans aux escholles les plus fameu­ses d'Espagne, & ayant ainsi disposé des choses, qu'apres y avoir fait mes Cours en Philosophie, & Theologie, je fusse employé [Page 14]plusieurs années a enseigner lesdites facul­tez l'exercise de ces sciences argumentatives, joint avec mon genie nullement propre pour l'eschole de Pythagoras (ou, Ipse dixit, estoit la regle, & ou la science estoit fon­dée sur le credit du Maistre) m'acquist l'ha­bitude de demander raison pour la croy­ance des doctrines qu'on proposoit. Cecy assisté per la frequente lecture des Sainctes Escritures, des Peres, des Conciles, & des histoires de l'Esglise me fist douter de la verité de plusieurs dogmes introduits per l'usage ou l'authorité de l'Esglise Romai­ne, contraires ce me sembloit a la raison commune, & non garantis per le tesmo­ignage Divin, pour captiver mon enten­dement a leur croyance. De la verité des Sainctes Escritures, du symbole des Apo­stres, de celuy de Nice, & d'Athanase je ne doutay jamais, je reconnu en iceux le don de foy receu au Saincte Sacrament du Baptesme, & levant mon coeur & mes yeux au ciel je rendois graces a Dieu, pour ce grand benefit es parolles du Ps. 4. v. 6. Signatum est super nos lumen vultus tui Domine. Seigneur tu as fait lever sur nous, & inprimé en nos coeurs la lumiere de ton visage, sans laquelle certainement un es­prit accoustumé a rechercher exactement la nature des choses, leurs constitutions [Page 15]essentielles, la proportion des causes avec leurs effects, & a mesurer per ces regles la credibilité des choses ne donneroit ja­mais un assent si libre & aisé aux misteres ineffables de la Trinité & Unité en la na­ture Divine, de l'incarnation, Resurrecti­on, & Ascention de Christ nostre Sauveur, de la descente du Saint Esprit en langues de feu sur les Apostres, & d'autres myste­res contenus en la Saincte Escriture, & des Croyances. D'autre costé la reluctance que je trouvois en moy a assentir aux dog­mes de l'Eglise Romaine contraires a d'au­tres congregations Chrestiennes me donno­it subject de soubçonner qu'ils n'estoyent pas fondez sur une institution divine. Mon esprit estoit tout renversé lors que je sai­sois reflexion sur la prodigieuse doctrine de la Transubstantiation seule capable d'espou­vanter les hommes de raison de la commu­nion Romaine, on nous y commande de croire que quand le prestre, prononce ces peu de mots Latins, Hoc est corpus meum, Cecy est mon corps, pensant a ce qu'il dit, la substance de tout le pain, qui est devant lui est destruite en un moment, & en sa place nostre Seigneur est mis personelle­ment, & corporellement sous la figure de ce pain la. Une merveille, bien que jour­naliere, mais surpassant celle la, qui ariva [Page 16]au monde, lors que Dieu escoutant la voix de Josué fist arester le soleil & la lune, Josué 10.12. jus­qu'a ce qu'il eust achevé sa victoire con­tre l'ennemi qui venoit attaquer Gabaon. Et pour supporter cette merveille un grand nombre d'autres fort estonnants y sont at­tachez. Come premie rement que ces ac­cidents de Blanc & Rond demeurants subsi­stent sans aucune substance que les sousti­ennent chose contraire a leur nature, & a tout entendement humain. Secondement que les mesmes accidents estants convertis, ou en vermine per corruption, ou en chair & sang per nutrition en celui qui les mange, produisent une substance, ce qui est don­ner ce qu'ils nont pas, chose qui surpasse toute sorte de puissance. Tiercement qu'un corps de taille bien proportionée, comme celui de nostre Sauveur, glorieux dans le ciel descende icy bas, & se conforme a cha­que oublie, & a chaque miette d'icelle, quel­que petite quelle soit. En quatriesme lieu qu'il faille que ce corps soit couché, assis, ou debout, ou quoy que ce soit, qu'il soit en cent mille places tout a la fois. Tous ces monstres de miracles il nous faut avaller & d'avantage pour supporter ce mistere, en despit de toute raison au contraire, sans au­cun pertinent texte de l'escriture pour ly fonder, (voire contre plusieurs textes, comme [Page 17]nous ferons voir cy apres,) & sans qu'au­cune necessité nous y presse, ou pour ve­rifier les paroles de nostre Sauveur en l'in­stitution de ce Saincte Sacrement, ou pour en produire les effects. Non pour verifier les parolles, St. Jean 15. veu que nostre Sauveur dit en pareille teneur. Je suis le vray Sep sans aucun changement ou en sa personne, ou au Sep. 2 Cor. 12 27. Et Saint Paul dit de ses Corin­thiens, vous estes le corps de Christ, sans entendre pourtant aucune conversion de substances. Non pour les effects du Sacre­ment, veu que Christ est capable de com­muniquer a celuy qui reçoit dignement le pain & le vin telles graces spirituelles qu'il luy plaist, sans aucun changement de sub­stance es elements, comme es eaux du Bap­tesme il donne la Souveraine grace de rege­neration, sans aucun changement en la sub­stance de l'eau.

Une pareille repugnance je trouvay a croire leurs prodigieuses doctrines, du Pur­gatoire, des Indulgences, du Culte des Saints & des Images, & d'autre points contro­versez parmi eux. Mais j'estoufay mes doutes tandis que je fu en Espagne en par­tie craignant la severité de ce pais la en leurs procedeures contre ceux qui s'oppo­sent a leur Doctrine; & en partie amusé par cette Supposition. Que l'Eglise & le [Page 18]Pape de Rome sont infalibles en leurs de­crets, en matiere de foy, & qu'ainsi je pouvois me tenir seurement a leurs Declara­tions: & finallement persuadé par mes Catechistes, que c'estoit un peché mortel d'admetre voluntairement un seul doute en matiere de foy, joug terrible qui atteint jusques aux pensées du coeur, mais qui sert beaucoup a leur dessein, de contenir leurs peuples a tord, ou a droit. Par ces gene­ralités icy j'appaisay en quelque sorte, mon esprit, tandis que je ne voyois personne qui voulust s'opposer serieusement a ces Dogmes, ny connoistre les arguments du contraire, autrement que per le raport des escrivains Romains, qui les façonnent en telle sorte qu'ils puissent mieux recevoir leurs coups. Car encore que par le moyen, de mon employ qui estoit d'enseigner les controverses en l'Université de Salamanque, durant quelques années j'avois une Licence de l'Inquisiteur general d'Espagne, de li­re les livres deffendus, n'aumoins la def­fense estoit si severe que je ne peu jamais avoir aucun des livres de leurs adversaires. Mais la Providence divine mayant amené en ce pais, je rencontray des personnes d'une excellente prudence, & de grande in­tegrité, lesquels en disputes serieuses & serées me donnerent une autre lumiere, & [Page 19]une autre aide a trover la verité, le prin­cipal de tous fut le tres reverend pere en Dieu l'Archevesque de Cashel, lequel au sa venuë au siege ayant eu connoissance de moy, & prenant pitié de mes erreurs, me chercha diligenment, & m'ayant trouvé, avec un admirable zele & grande dexterité, conduites par une charité chrestienne men­treprit par des arguments solides de l'escri­ture saincte des Conciles, Peres & Histoi­res, & me sist voir plusieurs doctes autheurs qui representoyent les erreurs de l'Eglise Romaine en tous les points de controversie. A quoy je prestay l'oreille d'autant plus vo­lontairement, que je voyois en tous ses dis­cours une veine de charité & un zele pour l'union des Chrestiens, reconnoissent l'Eg­lise Romaine pour une partie de l'Eglise Catholique, bien que non l'Eglise Catholi­que, (comme ils parlent excluants de ce ti­tre honorable les autres Congregations Chrestiennes,) il reveroit ce qu'il y avoit de bon en eux comme la croyance de l'Es­criture, & des symboles Chrestiens, la pratique de Devotion, & de pieté, & re­jettoit seulement la superstructure des pra­tiques erronées contraires a l'Institution de Christ, & au stile de l'Eglise primitive: & entretenoit une esperance charitable du sa­lut de plusieurs d'entre eux qui vivoyent en [Page 20]simplicité de coeur, & en une innocente ig­norance des erreurs ou ils avoyent esté nouris. Tout cela accordant avec mon ge­nie & mes sentiments en esgards a toutes Congregations Chrestiennes produisit en mon esprit un respect singulier, & atten­tion a ses raisons, aux quelles je respondi avec sincerité & liberté selon les principes esquels j'estois instruit, lors qu'il me man­quoit un texte clair, ou une raison pressan­te, j'avois recours a l'infallibilité de l'Eg­lise comme a un Sanctuaire, qu'en choses qui surpassoyent nostre capacité il nous fa­loit captiver nostre entendement a l'obeis­sance de la foy, qui nous estoit proposée par l'Eglise de Dieu.

Pour mieux asseurer ce refuge, & pour l'avoir mieux a main, je dressay cette sorte de Demonstration, & la proposay a Mon­sieur l'Evesque. Que j'estois convaincu par naturelles evidences qu'il y avoit un Dieu d'une bonté infinie, sagesse, & pu­issance, que suivant ces divins attributs il estoit convenable qu'il fournist au genre hu­main des moyens necessaires pour parvenir au but de la beatitude eternelle, que sui­vant les oracles divins, revelez a tous Chre­stiens, je croyois qu'il avoit envoyé son fils Jesus Christ en nature humaine a cette fin, & pour monstrer par son exemple, & par [Page 21]sa doctrine une voye certaine a la beati­tude eternelle. Et ayant pourveu non seulement pour le ciecle auquel il vivoit, mais aussi pour les futurs, il laissa sur la terre une Eglise fournie de loix convenables pour une telle sin. Et comme ainsi soit qu'il eust predit lui mesme, qu'au temps advenir il ses leveroit des Heresies, & des controverses, (comme le porte la nature humaine) il convenoit asa sagesse & bonté d'appointer un juge visible revestu de l'assist­ance infalible du Saint Esprit pour deter­miner toutes controverses emergentes. Le­quel Juge ne pouvoit estre autre que le Pape de Rome, successeur de Saint Pier­re, aux determinations duquel par conse­quent nous devions nous arrester, & ainsi appaiser nos Esprits.

La premiere partie de cette demonstra­tion fut benignement recuë par ce Reve­verend Pere, comme estant rationnelle & fondée sur des maximes Chrestiennes n'ay­ant rien de contraire a la pieté: mais est­ant venu a la derniere proposition; Qu'il estoit de la sagesse & bonté de Christ d'esta­blir sur la terre un Juge Visible & Infalli­ble pour la decision des Controverses, il repliqua doucement. Que nous devions proceder avec beaucoup de caution, lors que nous entreprenions de censurer la sa­gesse [Page 22]& bonté de Dieu, si cecy ou cela qui nous semble expedient dans le gouverne­ment du monde ne se fait. Car qui pre­tendra de connoistre la profondeur de la sagesse & de la connoissance de Dieu, Rom. 11.33. de sonder ses judgements, & de trouver ses voyes.

Cet advertissement si raisonnable prist profonde racine en mon coeur, tousjours alteré de raison, & ouvert a la recevoir. Et la modestie de celuy qui me le donna, ne diminua nullement de son poids, mais plustost l'augmenta. Ce fut veritablement la le premier choc qui me toucha au vif, qui frapa sur la vraye racine de cet ouvrage d'Infallibilité sur lequel je m'apuiois. En­suite de cela, faisant reflection en nos so­litudes sur cette matiere la, j'aperceu la foiblesse du fondement sur lequel je batis­sois. Je vi qu'en la mesme façon on pou­voit dire qu'il apartient a la bonté, sagesse, & puissance de Dieu, de ne permettre pas que sa Sainte loy soit transgressée per de viles creatures, & sa Souveraine Majesté offensée par de contemptible vermisseaux. Ny que les Pastures des ames, (specialle­ment le Pape de Rome reputé un Vice Dieu sur la terre) tombent dans l'erreur, & scandalizent le peuple par leur mauvaise vie. Mais helas! il est trop notoire qu'il [Page 23]permet tout cecy, vacillerons nous done dans l'opinion de sa bonté, de sa puissance & de sa sagesse? Ainsi n'avienne. Pour­quoy donc penserons nous que ce soit un defaut en sa providence ou bonté, si ou­tre les Sainctes Escritures qu'abondent en toute lumiere & celeste doctrine, a ceux qui ne sont pas volontairement aveugles, il n'appointoit pas quelque Juge Visible & Universel pour nous diriger? St. 2 Tim. 3.16.17. Paul di­sant que les Sainctes escritures sont capa­bles de nous rendre sages a salut, afin que l'homme de Dieu soit parfait, & entiere­ment accompli a toute bonne oeuvre.

Ce fondement la qui pretend la necessi­té d'un Juge visible, universel, & infallible estant ainsi affoibli, j'a proceday a exami­ner quelle droit le Pape ou l'Eglise de Rome pouvoyent pretendre a une telle Infalibilité, le support de toute leur incroyable doctrine. Et premierement l'inconstance seule de leurs pretentions a ce privilege, & la gran­de discordance de leurs autheurs qui l'af­ferment me fut une forte raison a douter de la verite de tout, & un argument con­cluant, Vide Bel. l. 4. de Rom. Pon. c. 2. qu'ils ne scauroyent estre asseurez de l'avoir. Car quelques uns veulent que ce soit le Pape seul, comme Pape, ou en­seignant de la chaire, qui ait cette infalibi­lité de Doctrine. D'autres ne luy veulent [Page 24]pas ottroyer, si ne cest en conjonction avec le Concile ou general, ou particulier des Cardinaux, & Theologiens. D'auters luy attribuent seulement en un Concile gene­ral. D'autres ne luy attribuent ny separe­ment ny conjointement, & ne reconnois­sent que l'Eglise universelle pour Infalible. Et finallement d'autres des plus scavants af­ferment que mesme l'Eglise Universelle est capable de quelque erreur materiel par ig­norance probable, St. Thom. Turre Cremata. bien que non d'un for­mel & heretique. Alphon­sus a Ca­stro apud Can. l. 4. de locis c. 4. conclu. 2. Ce qui est en effect n'o­troyer a l'Eglise non plus d'Infalibilité que n'en a Origene, Tertulien, ou quelque au­tre particulier fidelle Chrestien, qui est sub­ject a errer; quelle opinion si elle s'estend jusques la que de faire l'Eglise Universelle falible en points essentiels a salut, est fausse. Et sur une si grande incertitude de leur In­fallibilité ils veulent que nous edifions une certaine infalible croyance de tout ce qui leur plaist nous enseigner. Ce qui est bastir une maison incapable de tomber sur un fon­dement de sable & ruineux.

Or quant au fondement de cette preten­due Infalibilté, quel est leur garand? l'Escriture Saincte disent ils, car qui est ce qui peut donner un tel privilege, que Dieu? Et quel garand ont ils pour croire que l'Es­criture qui dit ainsi, est Divine & infalible? [Page 25]Le tesmoignage infalible de l'Eglise disent ils encore, leur Eglise Romaine ils enten­dent. Ainsi ils croyent que l'Escriture est infalible, parce que l'Eglise Romaine le testifie, & que l'Eglise Romaine est infa­lible parce que l'Escriture le tesmoigne; qui est un cercle dans le raisonnement, que les logiciens mespriseroient dans leurs escho­les. Icy l'eschapatoire de Becan ne luy ser­vira de rien. Qu'ils ont a faire a des Chrestiens qui croyent l'Escriture, Car nul Chrestien que celuy qu'ils ont aveuglé ne scauroit croire qu'il y ayt aucune escriture qui favorise leur opinion en ce point, a moins que de la rogner ou corrompre pour la faire servir a leur dessein. Pour exem­ple, leur principal appui de cette Infali­bilité est tiré du 14. Chapitre de Saint Jean. Jean 14.10. Je prieray le Pere, & il vous donnera un autre Consolateur, demeurer pour avec vous a jamais, scavoir l'Esprit de Verité. Leurs disciples, qui d'ordinaire ne connoissent point d'avantage de l'Escriture que ce qu'il leur plaist leur faire voir pour leurs des­seins, peuvent croire que ce texte icy est fort pertinent a leur dessein, mais quicun­que voudra prendre la liberté de lire le texte devant & apres, trouvera bien tost que ce texte icy destruit tout leur dessein, & leur oste toute certitude de l'assistance du [Page 26]Saint Esprit a rendre leurs Decrets infali­bles, le texte reduit a son entier dit ainsi en leur propre Bible; si vous m'aimez gar­dez mes commendements; & je demande­ray a mon Pere, Mundus, id est re­manens amator cum mundi, quo nun­quam est amo Dei. Glos. in­terl. Non habent spiritua­les oculos quibus spiritum sanctum videant mundi amatores. Glossa ordinaier. & il vous donnera un autre Paraclete pour demeurer avec vous a jamais, a scavoit l'Esprit de verité, lequel le monde ne peut recevoir. Par les premieres pa rolles vous pouvez voir que c'est icy une promesse conditionnelle, limi­tée a ceux qui aiment Dieu & gardent ses commandements: & par les dernieres pa­rolles vous voyez que les hommes mon­dains & pecheurs sont expressement ex­clus de la gracieuse assistance de l'Esprit de verité. Pour donc estre asseuré que le Pape & son Concile ont l'assistance de l'Esprit de verité, il faut estre asseuré qu'ils aiment Dieu, & gardent ses commandements. Mais de cecy nous ne pouvons avoir asseu­rance, veu que leurs histoires nous reci­tent, & que le monde connoist leurs vi­ces enormes.

Ce qu'ils alleguent de St. Paul escrivant a Timothée que l'Eglise est la colomne & appuy de verité nous le recevons franche­ment, comme deu a l'Eglise Universelle & non a aucune particuliere, moins enco­res a une qui se trouve coupable de tant & de si grands erreurs, telle qu'est l'Eglise [Page 27]de Rome: l'ambition de laquelle a s'appro­prier toutes les louanges donées a l'Egli­se Universelle n'est pas moins blasmable, que si les Scribes & Pharisiens eussent at­tribué a leur synagogue lors qu'ils per­secutoyent nostre Sauveur toutes les lou­anges données a Moyse & Aaron. Ny a il pas dequoy s'estonner que leur grand champion le Cardinal Bellarmin amene pour preuve de l'Infalibité du Pape, Bellar. de Sum. Pont l. 4. c. 2. que Dieu avoit commandé en l'Ancienne Loy de mettre deux mots hebrieux, ou deux pierres signifiant Doctrine & Verité, Exod. 20. au Pe [...]oral du grand Sacrificateur. Quoi donc? voulez vous inferer de la une plus grande Infalibilité au Pape, qu'en ces grands Sacrificateurs que vous amenez pour exemple? les voulez vous faire tous In­falibles? mesme Caiphe? Pour parler se­rieusement, je croyrois que ces mots ainsi inserez servoyent d'advertissement an grand Sacrificateur d'exercer Doctrine, & Veri­té, comme bien seantes a sa place. Le mesme advertissement je voudrois que le Pape eust, & qu'il fist tousjours confor­mement. C'est la tout ce qu'on peut tirer de ce texte, & de tel poids sont tous les autres textes qu'ils apportent pour preuve de cette Infallibilité pretenduë, sur laquel­le toute nostre croyance doit estre bastie. [Page 28]Ce grand fondement de l'Eglise Romaine estant ainsi affoibli, je commencay avec plus de liberté a souder & examiner ex­actement les mysteres, & les dogmes des deux partis, des Protestants & des Ro­mains. Et pour cet effect si je n'eusse eu autre connoissance de la cause des Prote­stants que celle qui nous est donnée par les escrivains & informateurs Papistes (com­me pour un long temps je n'en eu point d'autres) j'aurois esté pour jamais empes­ché d'y adherer. Icy je remarquay un grand defaut de sincerité en la procedeures des Romanistes, qui pour rendre leurs ad­versaires odieux, amassent des escrits de quelques personnes particulieres un tas de doctrines extravagantes, aux quelles ils ad­joustent les foiblesses humaines de leurs vi­es, (vrayes ou fausses je n'examine point a present) mais qui pour certain sont telles que tout sage & modeste Protestant abhor­reroit aussi bien qu'eux. Et qui voudroit les repayer en mesme monoye on le pou­roit faire tres abondenment per leur pro­pre bouche mesme. Car deux certaines familles ou ordres parmi eux, estimées les plus graves & scavants de tous (mais fort contraires en doctrine) passant de la gravité des disputes Scholastiques a des li­belles diffamatoires, ont depuis peu publié [Page 29]des doctrines si damnables, & des vices si hideux les uns des autres qu'il ny a coeur humain, & moins encore Chre­stien, qui ne tremblast de les ouir; mais afin de ne pas jouiller ce lieu sacré, vos oreilles ou ma bouche je ne les reciteray pas maintenant, mais j'ay creu qu'il esto­it a propos de leur faire entendre que cet­te vilaine arme & mortelle qu'ils ont for­gée contre eux mesmes est toute preste, si nostre juste defence trouve qu'il soit neces­saire de la tirer. Mais sans une telle ne­cessité je croy qu'il n'est pas bien seant a un Predicateur Evangelique de remur cet­te ordeur. Et veritablement ce n'est pas une voye bien efficace a engager des es­prits serieux en une affaire de telle con­sequence, estant certain qu'en toutes Con­gregations d'hommes, il y a des defauts en quelque personnes particulieres. Puis donc qu'il nous faut agir comme il appartient a gens d'entendement serieux & solide, la vraye voye, & la plus propre est d'exami­ner ces dogmes la, esquels chaque parti ac­corde generallement par un public & uni­forme consentement. Ce que j'ay fa­it, & pour commencer per l'Eglise d'Ang­leterre je trouve que les personnes emi­nentes d'icelle affirment par un consen­tement uniforme, tant per escrit que [Page 30]par parolle, que la parolle de Dieu con­tenuë es Sainctes escritures Canoniques est la somme de leur foy, & de leur religion, outre laquelle, & les indubitables conse­quences, qu'on en peut clairement tirer ils ne demandent point qu'on croye aucune chose, comme matiere de foy. Quelle regle peut on imaginer, plus sacrée & plus excellente que celle cy, pour l'instructi­on des hommes en la foy & aux bonnes moeurs? Si l'infallibilité, ou l'antiquité vous plaist, qui a il plus infallible ou anci­en que la parolle eternelle de Dieu? Si la Saincteté & la Sagesse, que peut on ima­giner de plus sainct & de plus sage que les Conseils de Christ nostre Sauveur, les Sen­tences des Saints Prophetes & Apostres? Si le lustre les miracles, qui a il de plus ad­mirable, & de plus certain que ceux que nostre Sauveur, ses Prophetes & Apostres ont fait pour confirmer leur doctrine? Si l'universalité tous vrais Chrestiens d'un commun accord embrassent & honorent l'Escriture Canomque.

Quant a l'Eglise Romaine, je reduiray ses dogmes contraires a la Protestante, a ces divers chefs pour les mieux considerer. Premierement l'Infallibilité & Primauté du Pape. Secondement le mystere de la tran­substantiation. 3. L'Adoration des Images. [Page 31]4. La Priere aux Saints, & aux Anges. 5. La moitié de la Communion refusée aux gens laics. 6. L'usage des Indulgences, & la Doctrine du Purgatoire. 7. La celebra­tion du public service divin en un language generallement inconnu au peuple, & la def­fence au commun de lire les Sainctes escri­tures.

L'Infallibillite du Pape.

Quant au premier, nous avons desja desclaré combien mal fondée est leur pre­tension a Infallibilité; il reste maintenant a monstrer quel haineux crime c'est de l'at­tribuer au Pape, ou a son Concile; St. Tho. 22. q. 13. Art. 3. Laiman l. 4. tr. 10. c. 6. 1. P. Q. 16. Art. 18.30. leurs propres Theologiens sont d'accord avec St. Thomas, que de tous les pechez, le Blaspheme est le plus grand, les mesmes Theologiens sont aussi d'accord en cecy. Que cest Blaspheme d'attribuer a aucune creature ce qui est propre a Dieu. Veu donc que les Attributs de Dieu ne sont point distincts de luy mesme, qui en attribuë un a la Creature, la fait Dieu. Or que l'In­fallabilité soit un des principaux attributs de Dieu incommunicable a la Creature, le mes­me St. Thomas l'enseigne expressement, 1 P. Q. 16 Art. 8. fondant son opinion sur ces parolles du Ps. 11. v. 1. selon la translation latine, Quo­niam [Page 32]diminutae sunt veritates a filiis homi­num, que les veritez sont diminuces d'entre les fils des hommes, a quoy s'accorde la translation Angloise du mesme texte. Que les fidelles cessent entre les fils des hommes, mais le Ps. 115. declare plus absolument que tous hommes sont menteurs. Partant les Romanistes attribuants Infallibilité de Doctrine a leur Pape, sont coupables de Blaspheme le plus odiux de tous les crimes: Ce qui est clairement prouvé des premisses de leur propre Theologie.

Cet enorme blaspheme d'esgaller le Pape a Dieu en son attribut d'Infallibilité, est eslevé a un plus haut degré quand ils le font Juge Supreme, & Arbitre absolu de la loy de Dieu, & de Saincte Escriture: en sorte que pour la croyance & pratique de toutes choses il faut en demeurer a sa De­claration. Bellar. l. 4. de Rom. Pont. c. 5. Et cecy en tel degré que Bel­larmin ne fait point de difficulté de dire, que si le Pape commande les vices & def­fend les vertus, l'Eglise est obligée de croi­re que le Vice est bon, & la Vertu mauvai­se. Et le Concile de Constance comman­de expressement que les Decrets du Pape soyent preferez aux institutions de Christ: veu que confessant que nostre Sauveur a ordonné de donner au peuple fidelle la Sanc­te Communion sous les deux especes, Concil. de Const. Sess. 13. & que [Page 33]les Apostres, & l'Eglise primitive le pra­tiquoyent ainsi, n'anmoins ils comman­dent qu'a l'advenir elle ne soit point don­née aux Laics que sous une espece, n'ale­guants pour cela aucune raison sinon que les Papes precedents, & l'Esglise qu'ils gou­vernoyent l'avoit ainsi pratiqué, quoy qu'au contraire de la pratique de Christ, & de ses Apostres. En quoy ils exaltent le Pape au dessus de Dieu mesme au gouvernement du genre humain. Si les loix d'Angleterre ne se devoyent point entendre ny pratiquer en Irlande, autrement que suivant la vo­lonté & declaration du Roy de France, certainement le Roy de France seroit esti­mé avoir plus de pouvoir & authorité au gouvernement d'Irlande, que le Roy d'Ang­leterre, & le peuple luy seroit plus subject. De mesme si la loy de Dieu doit estre me­surée par la volonté & declaration du Pape, certainement le Pape est par dessus Dieu au gouvernement des hommes. Qui croi­roit qu'aucun Chrestien fust si presomp­tueux que de dire que cest un plus grand pe­ché de une des loix ecclesiastiques du Pape que de transgresser la loy de Dieu, Coster. c. 15. En­chiridii prop. 9. ne­anmoins Costerus un des principaux defen­seurs de la Doctrine Romaine ne fait point de difficulté d'en dire autant, quand il af­firme resolument que cest un plus grand pe­ché [Page 34]a un Prestre de se marier que de com­mettre paillardise ou garder une Concubine en sa maison, le plus grand peché a son advis restant, que la transgression d'une des loix du Pape, & l'autre qu'il estime leger, la transgression de la loy de Dieu exprimée en son divin Decalogue. Quelles oreilles de Chrestien peuvent endurer d'ouir des blasphemes si execrables? S'estonneront ils maintenant qu'on taxe le Pape de ceste Im­pieté Antichristienne declarée par Daniel le Prophete, Dan. 11.36. 2 Thes. 2.4. & par le St. Paul, qui s'oppose & exalte par dessus tout ce qui est nommé Dieu? icy vous voyez que l'Eglise Romai­ne est coupable de cette Abomination, men­tionnée en nostre texte, d'exalter l'hom­me au dessus de Dieu.

Le Primauté du Pape.

A cette enormité de voler Dieu de ses prerogatives ils enjoygnent un autre pat lequel ils font le Pape chef Soverain, & Maistre de tous Chrestiens; non seulement en choses spirituelles, mais aussi en affai­res temporelles, avec puissance de deposer les Rois, & d'exciter leurs Subjects a se rebeller contre eux; quand ils n'obeissent pas a sa volonté, Comme il fut declaré au Concile de Lateran sous Innocent 3. en ces terrible mots, si un Seigneur temporel ad­verti [Page 35]par l'Eglise neglige de repurger son pais d'heresie qu'il soit excommunie par le Metropolitain; & si dans un an il ne donne satisfaction, qu'on le signifie au Pape, afin que de la en advant il declare ses sub­jects absous de l'obeissance qu'ils luy doi­vent, & expose ses terres aux Catholiques pour s'ensaisir. Et ainsi sut fait au Roy Jean d'Angleterre par le mesme Pape Innocent III. comme il est raporté par Polid. Virg. a l'Empereur Henry IV. par Greg. IV. a Fre­deric II. par Innocent IV. & a divers au­tres Princes Chrestiens, comme le raporte Suarez, qui de ce que les Papes ont ainsi fait tire un argument qu'ils ont pouvoir d'ainsi faire, admirant un jour cette ma­niere d'argumenter en un Scholastique si exact, & la dessus faisant reflection sur le pouvoir que les prejugez & l'education ont sur les esprits mesmes les plus sublimes, un theologien d'esorit de l'Université de Dub­lin repliqua facetieusement que cestoit un argument bien concluant qui procede, Ab actu ad potentiam, puis qu'il avoit ainsi fa­it, cestoit signe qu'il le pouvoit faire. Cela estoit bon pour rire. Mais Suarez pour agir serieusement, & donner consistence a son argument resume, que l'Eglise uni­verselle voyoit & approuvoit cette proce­dure, & l'Eglise estant Infallible ne la pou­voit [Page 36]approuver si elle n'estoit juste; plu­sieurs autres controverses seroyent bien tost decidées, si ce raisonnement estoit legitime. Que tous le virent on l'accor­de, mais que tous l'approuverent librement, on le nie, la force & la crainte leur firent endurer ce qu'ils auroyent empesché sils eussent peu.

Je remets a une autre occasion a m'esten­dre sur l'injustice des Pretensions du Pape, & leurs exclamations deraisonnable contre le droict qu'ont nos Princes a un Souverain pouvoir sur leurs subjects, voyant qu'ils n'en pretendent point d'autre que celuy que les pieux Rois d'Israel avoyent en leur temps sur les Juifs, & les Empereurs Chre­stiens en l'Eglise primitive a voyent sur leurs subjects, comme il est declare au 37. Arti­cle, & au 2 Canon de l'Eglise d'Angleter­re. Je feray seulement a present une re­marque sur la cruauté que le Pape a exer­cé, depuis peu, vers les malheureux Irlando­is qui luy adherent, suivant son pretendu pouvoir de deposer les Rois, la chose n'estant point une matiere de foy, & n'estant pas d'avantage qu'une Opinion probable com­me Azor Peron, Azor. tom. 2. l. 11. c. 5. q. 8. & autres tres sçavants Au­theurs de son propre parti declarent: si nous pouvons appeller probable une doc­trine si damnable, que le grand Parlement [Page 37]de France, Peronus in replica sua typis data anno 1620. (ou de 200 voix il n'y en avoit que 6 Protestantes en l'an 1064.) com­manda que le livre de Suarez contenant cette doctrine fust bruslé per les mains du Boureau; & ordonna que les Jesuites en­joyndroent a leurs predicateurs d'exhorter le peuple a la contraire doctrine, ou qu'au­trement ou procederoit contre eux com­me coupables de crime de leze Majesté, & perturbateurs du repos public, d'avantage tous leurs Theologiens affirment general­lement, qu'en probables controverses on peut en bonne Conscience suivre tel parti qu'on veut. N'anmoins le Pape defendit severement aux Itlandois de desavouer cette sedicieuse doctrine la, deussent ils pour cela souffrir toutes sortes de peines & soubçons, tant a de zele sa Sainteté non pour le salut des ames, mais pour la conser­vation de sa grandeur; d'avoir toute la puissance de la terre a son commandement, & les couronnes des Rois a sa volonté! N'est ce pas la exercer tyrannie & cruauté en la conduite des Ames?

Transubstantiation.

Quant au second point que je me suis proposé de la Transubstantiation, j'ay remarqué cy devant combien prodigieux est [Page 38]cet engagement, & combien foible est le fondement qu'ils en tirent de l'Escriture; a present je feray voir qu'il est directement contraire a l'Escriture, Triden. Sess. 13. can. 1. & a la doctrine des Peres de l'Eglise Primitive. Le Concile de Trente maudit ceux qui affirment que le pain & le vin demeurent en ce Sacrement apres la Consecration, & n'anmoins St. Paul nous enseigne expressement cette doc­trine, & la repete par cinq fois, qu'a­pres la Consecration, c'est du pain qui est rompu & mangé. Le Seigneur Jesus en la mesme nuit qu'il fut livre, prist du pain, & ayant rendu graces le rompit, & dist, prenez, mangez, cecy est mon corpus qui est rompu pour vous, faites cecy en com­memoration de moy. Du pain qu'il prist en sa main, tout ce qui suit est dit, asçi­voir qu'il le rompit & que c'estoit son corps. Et veu que cela ne se pouvoit dire verita­blement en un sens literal, ny proprement que le pain estoit son corps, comme on ne peut pas dire en verité, qu'un baston est une pierre, il declare immediatement a­pres, qu'il parloit en un sens figuré ordon­nant que ce fust une commemoration, ou resouvenance de luy, le pain demeurant tousjours en la nature de pain, bien qu'esle­vé par l'institution de Christ a une spiritu­elle & furnaturelle puissance de donner la [Page 39]grace a ceux qui le reçoivent deuëment. Et ainsi St. Paul en plusieurs versez sui­vantz lors qu'il fait mention de ce consa­cré Element l'appelle tousjours pain: Tou­tes fois & quantes que vous mangerez de ce pain: Quiconque mangera ce pain, &c.

En toutes lesquelles expressions St. Paul ne fait autre chose que ce conformer aux parolles de nostre Sauveur, lesquelles il recite exactement, comme elles sont cou­chées par Saint Luc au 22 Chapitre de son Evangille v. 19. Et il prist le pain, & ay­ant rendu graces il le rompit, & le leur don­na, disant c'est icy mon corps qui est donné pour vous, faites cecy en memoire de moy. Et quand nostre Sauveur declare ainsi luy mesme, que ses parolles sont dites en un sens figuré, selon la coustume ordinaire de par­ler, c'est un desordre de leur aller cher­cher une explication violente, contenant des merveilles qui surpassent l'entendement humain, sans que le saint texte en donne un fondement probable. Ainsi que font le Papistes pour maintenir leur doctrine, par cette glosse ou semblable; cecy est mon corps, c'est a dire la chose contenué sous ces formes icy est per conversion, & trans­mutation substantielle mon corps. Ainsi pretendants de se tenir a la lettre, ils reti­ennent seulement le son des parolles, & [Page 40]pour les faire servir avec sens a leur but, ils font un trope sans y penser, ou quel­que chose plus obscure, un paradoxe, con­traire a tout raisonnement humain, & in­coherent au texte. Nous sommes tous d'ac­cord que la Sainte Eucharistie s'appelle un Sacrement, pourquoy donc ne serons nous d'accord aussi a en expliquer les expressi­ons d'une façon Sacramentelle. Un Sa­crement dans l'explication commune est le Signe d'une chose sacrée. Signum rei sa­crae, par la definition ordinaire des Theo­logiens. Pourquoy est ce que le Sacre­ment du corps de Christ, ne s'appellera pas le Signe de son corps. Pourquoy n'en­tendrons nous pas que ce soit la le sens des parolles de Christ, lors que prenant le pain il dit, cecy est mon corps, c'est a dire c'est icy le signe de mon corps, veu que c'est une chose ordinaire d'appeller les signes sacramentaux du nom des choses qu'ils sig­nifient comme le tesmoigne Saint Augu­stin disant. Les Sacrements sont signes qui prennent souvent le nom des choses qu'ils signifient & representent, & a jouste a no­stre propos, Aug. to. 2. Ep. 23. ad Boni­fac. que par un certaine maniere le Sacrement du corps de Christ est le corps de Christ; ainsi l'agneau estant le signe de la Pasque, est appellé la Pasque Math. 26.17. Exod. 12.11. Le Roc estant un sig­ne, [Page 41]de Christ souffrant pour nous est appel­lé Christ. Et le Roc estoit Christ, 1 Cor. Aug. con­tra Faust. l. 20. c. 21. Non e­nim Dom. du­bitavit di­cere hoc est corpus meum, cum sig­num da­ret cor­poris sui Aug. to. 6. contr. Adam [...]n. c. 12. Non ne­gamus in verbo Calix tro­pum esse Bell. de Euchar. l. 1. c. 11. 10.4. Et le Baptesme qui est le signe de la Sepulture de Christ, est appellé la Sepulture de Christ. Ce que St. Augustin applique a nostre propos, disant. Com­me le Baptesme est appellé la Sepulture de Christ, ainsi est le Sacrament du corps de Christ appellé son corps. Outre cela Bel­larmin, & tous autres escrivains Romains confessent (car ils ne le scauroyent nier) que les parolles de nostre Sauveur, touchant la se­conde partie de ce Sacrement, scavoir la cou­pe, sont figuratifs, cette coupe est le nouveau Testament de mon sang, la ou ils rencon­noissent un trope au mot Coupe ou Calice, le prenant pour ce qui est dans la coupe: pourquoy donc n'admettront ils pas que les mots precedents qui se raportent au pain soy ent figuratifs? des raisons si pressantes nous y portant & des inconvenients si ter­ribles suivant leur construction, comme nous l'avons declaré jusqu'icy, & cy apres le declarerons plus avant.

Or que ces tres reverends peres de ce plus heureux age enseigné par Christ & ses Apostres, ayent esté de nostre opini­on, & pris les mots de nostre Savueur en un sens figuratif, & le pain de l'Eucharistie un Type ou signe de son corps sacré cela se void clairement par leurs escrits, qui ont [Page 42]peu eschaper les rayeures de l'Expurgatoi­re Romain. Dionis. Areopag. Eccles. hi­erar. c. 2. Imo & Dionis. cap. hier. 3. Eucha­ristiam vocat An­titypon. Bell. l. 2. de Euchar. c. 15. n. sed hoc. Le venerable Denis Areopa­gite ignoroit la Transubstantiation, & ainsi distinguoit entre les signes substanti­els, & Christ signifie par eux, disant par ces reverends signes & symboles Christ est signifie, & les fidelles faits participans de luy, il appelle le Sacrement un type, mesme apres la Consecration, ainsi que Bellarmin, mesme confesse tellement que selon St. Denis les elements du pain & du vin en ce Sacrement, sont types & symbo­les; cest a dire figures & signes du corps & sang de Christ, non pas pourtant signes nuds, mais qui exhibent Christ, & sa grace spirituelle au fidelle deument dispo­sé: Laquelle expression de Saint Denis s'accorde plainement avec la croyance de l'Eglise Anglicane, en ce point.

St. Chrisostome delivre clairement la mesme doctrine disant que devant que le pain soit sanctifié, nous le nommons pain; mais estant sanctifié par la grace divine, par le moyen du prestre, il est delivré du nom de pain: mais il est estime digne d'es­tre appellé le corps du Seigneur, encores que la nature du pain y demeure. Mais Saint Augustin est tres eminent a esclarcir ce point, Aug. in Ps. 98. ou il ameine Christ parlant ainsi a ses disciples. Vous ne devez pas manger [Page 43]ce corps icy que vous voyez, ou boire ce sang qui sera respandu par ceux qui me crucifieront, je vous ay recommandé un Sacrement, Contra Adaman­tium c. 12. qui estant entendu spirituel­lement vous vivisiera. Et derechef il dit que Christ les amena a un banquet auquel il recommenda a ses disciples la figure de son corps & de son sang: car il ne fist point de difficulté de dire cecy est mon corps, quand il leur donna le signe de son corps, Conrra Faustum Maniche­um. Theodo­retus dial. 2. c. 24. & en une autre place il dit ce qui est appellé de tous un sacrifice, est le signe du vray Sacrifice, auquel la chair de Christ apres son assumption est cel ebrée par le sacrement de commemoration. The­odoret est plus emphatique sur ce subject quand il dit Christ honora du titre de son corps, & de son sang les symboles & les signes que nous voyans, ne changeant pas la nature, mais adjoutant la grace a la nature, car les signes mystiques ne quit­tent pas leur nature, car ils demeurenten leur propre substance, figure & forme, & peuvent estre veuc & touchez, &c.

Pelagi­us Papa de duabus naturis contra Eutichem & Nesto­rium. Vide Picherol. in dissert, de missa & exposi­tione ver­borum instit. cae­nae domi. ni p. 14. Je conclueray ces tesmoignages par un qui peut estre aura plus de poids, sil n'est estime infallible, cest celuy du Pape Pelagius parlant ainsi. Pour vray le Sa­crement du corps & du sang de Christ, que nous recevons est une chose divine, [Page 44]car par iceluy nous sommes faits partici­pants de la nature divine, & pourtant il ne cesse point d'estre la substance ou na­ture du pain & du vin, & certainement en l'action des mysteres on celebre une image & similitude du corps & du sang de Christ. Je estime qu'on repliquera, (car il faut bien trouver quelque exception con­tre des evidences si claires & si pressantes) que ces tesmoignages des peres ne se trou­vent point ainsi dans leur plus correctes editions, ce que j'ay raison de croire, car j'ay veu les venerables escrits des plus gra­ves & ancients peres de l'Eglise tant Grecs que Latins efacez de grandes rayeures, par tout ou ils ont este trouvez contraires a la pratique & aux Dogmes presents de l'Eg­lise Romaine, suivant la direction de l'Ex­purgatoire Romaine. Ils pretendent que les Protestants ont inseré dans les livres des Peres ces clauses la qui favorisent leur doctrine: Mais qui peut croire que tant de grand volumes que composent de gran­des libraires ayent esté nouvellement im­primez pour recevoir de telles additions, que tant de claires sentences accordantes avec le texte ayent esté si artificiellement inserées dans le coeur mesme, & la moel­le des Homilies des Peres. Le contraire me semble plus croyable, veu que j'ay vçu [Page 45]des Bibsiotheques fort anciennes qui ne tomberent jamais sous la main des Prote­stants expurgées de telles clauses & sen­tences, selon la regle de l'Expurgatoire Romain.

Outre cecy, Scot, Ocham, Biel, Scot. in 4 dist. 11.9.3. Ocham ib. q. 6. Biel. lect. 50. in Ca­non Missae Roffens. c. 1. o. 1 Cont. captiv. Babil. Ficher evesque de Rochester, Bassolis, Cajetan, Melchior Canus, & plusieurs autres emi­nents scolastiques ont affirmé que la doc­trine de la Transubstantiation n'est point exprimée dans le Canon de la Bible. Et certainement ce n'estoit point un Article de foy devant que le Concile de Lateran l'eust ainsi declaré 1200 ans apres Christ; com­me Scot & autres affirment. Et mesme depuis cette declaration icy plusieurs de leurs principaux Docteurs n'ont point la­issé d'affirmer que cet Article la n'estoit point contenu en l'Escriture. Specialle­ment Bassolis, Cajetan, Melchior Canus. Bassolis. Cajetan apud Sua­rez to. 3. disp. 46. Sect. 3. Canus. loc. com. l. 3. sun. 2. Ainsi ils l'ont forgé dans leurs testes, car ils ne pouvoyent pas declarer qu'il fut re­velé, puis qu'il n'estoit point dans l'Escri­ture. Leur doctrine de la Transubstantia­tion, & presence corporelle de nostre Sau­veur au Sacrement de l'autel estant ainsi mal fondée, considerez combien desesperée est leur resolution de donner a une oub­lie consacrée le culte deu a la Divinité, voire plus grand que celuy qu'ils donnent [Page 46]a celuy qui est indubitablement vray Dieu. Comme ceux la le scavent qui ont veu la somptueuse Pompe d'Espagne, & d'autres pais papistes en l'adoration qu'ils donnent a l'hostie sacrée. Et mesme selon leurs propres maximes ils ne scauroyent jamais estre absolument certains de la presence corporelle de Christ sous les especes du pain, veu que cela despend, comme ils enseignent eux mesmes, de l'intention du Prestre consacrant, & de sa d'eue ordina­tion, & cette derniere dependant encore de l'intention de l'Evesque qui luy a donné les Ordres, & de sa legalle Ordination, & ainsi en montant jusques a l'infini, qui rend la chose impossible & incapable d'une certaine connoissance, Bell. l. 3. de justif. c. 8. ainsi que Bellarmin, Vega, & tous leurs escrivains confessent communement. Quel aveuglement donc est ce de rendre un culte divin a une chose qu'ils ne scavent point de certain qu'elle soit autre qu'une piece de pain? Quelques uns pressez par cet argument respondent qu'ils sont exemps d'Idolatre en cette pra­tique, parce qu'ils croyent que ceste ho­stie est Dieu. Mais a ce conte les Egiptiens lors qu'ils adoroyent le soleil, & les Israe­lites lors qu'ils adoroyent le veau dor, le­quel ils croyoyent estre le vray Dieu qui les avoit tirez du pais d'Egipte, & les plus grossiers d'Idolastres qui ont jamais esté se [Page 47]pouroyent excuser d'Idolatrie sous pretex­te de mesprise non voluntaire. A cet ar­gument quelques uns respondent encores qu'ils ne supposent pas seulement que Christ soit reellement present sous les es­peces du pain, mais qu'ils le cognoissent & le croyent sur les mesmes raisons & fon­dements qu'ils ont de croire que Christ est Dieu, & consequenment qu'il doit estre adoré. En quoy veritablement ils don­nent un grand advantage aux ennemis de la divinité de Christ, en faisant ces deux choses d'un egalle, verité sçavoir la Divinité de Christ, & la Transubstantiation, Bellar. de Christo. l. 1. c. 4. mais de la fausseté de cette Assertion je prendray le Docte Bellarmin pour juge, lequel voulant prouver la Divinité de Christ se sert de neuf sortes d'arguments, (six desquels sont entierement tires de l'Es­criture) d'une force irresistable, De Sacr. Euchar. l. 3. c. 19. & d'une clarité admirable, mais voulant prouver la Transubstantiation per l'Escriture son seul argument est tiré des mots de nostre Sauveur. Math. 26. Prenez, mangez cecy est mon corps. Et ne trouvant pas cette preuve la assez claire a recours a l'autho­rité des Conciles & des Peres, & conclud ainsi son chapitre, bien que dans les pa­rolles du Seigneur il puisse y avoir de l'ob­scurité & de l'ambiguité, elle est osté par les Conciles, & les Peres de l'Eg­lise, [Page 48]lise, & ainsi passé de cette sorte de preu­ve la. Mais quoy que dise l'Escriture de la Transubstantiation c'est une hardiesse in­tollerable de dire qu'il y a autant de rai­son pour l'adoration de l'hostie comme pour l'adoration de la Divinité de Christ, veu que pour l'une nous avons un com­mandement exprés en l'Escriture & pour l'autre rien de tel. Heb. 1.6. St. Paul dit que tous les Anges ont commandement d'adorer le fils de Dieu. Phil. 2.10. Et qu'au nom de Jesus tout genouil se ployera tant des choses qui sont au ciel que de celles qui sont en la terre. Et St. Jean dit de la bouche de son Maistre, Que le Pere celeste a commandé que tous honorent le fils, comme ils honorent le Pere, Jean 5.23. mais ou trouverons nous qu'il nous soit en aucune façon signifie que nous devons adorer Christ dans le pain sa­cramentel, supposant qu'il soit la present. Si vous respondez que le Commandement general s'estend vers luy, en quelque lieu qu'il soit present, je diray qu'a ce conte vous le pouvez aussi bien adorer dans le soleil, dans la lune, & dans tout autre pain, car en toutes choses il est present comme Dieu.

Je conclueray ce point par la response que je donneray au plus fort argument que j'ay veu contre la doctrine que nous avons jusqu'icy desclarée, qui prend le [Page 49]Sacrement de l'autel pour une commemo­ration de nostre Sauveur, & pour une par­ticipation spirituelle de son corps benit & de son sang, pour la nouriture de nos ames en vie eternelle, sans aucune reelle transmutation des substances. Que si les Juifs eussent pris ses parolles en ce sens, ils n'eussent pas pu en raison questionner en­tre eux mesmes disant, Comment nous peut cetuycy donner sa chair a manger? Et ses Apostres dire c'este parolle est rude qui la peut ouir? Et Christ en la replique qu'il leur fait ne les reprend point d'avoir mal entendu ses parolles, mais repete sa doctrine precedente disant si vous ne man­gez la chair du fils de l'homme vous n'au­rez point vie en vous mesmes. Je fis peu de cas pour un temps de cet argument, ma­is l'ayant bien consideré je le prends pour une censure tacite de la replique de Christ, comme si elle n'eust pas esté pertinente a satisfaire a l'objection de ses auditeurs. Pretendrons nous de mieux entendre ce qu'ils vouloyent dire, que Christ auquel ils parloyent? ou est il impossible que la malice des Juifs ne voulust pas entendre la hauteur & le sens mysterienx des parol­les de nostre Sauveur, ou que la simplicitê des disciples ne le peust pas? Scavoir que les elements du pain & du vin consacrez, & [Page 50]pris d'une façon sacramentelle en memoi­re de sa mort & passion nouriroyent a vie eternelle les fidelles qui les prendroyent avec deuë preparation, ainsi que les Pro­testants l'entendent conformement aux Peres de l'Eglise primitive cy devant nom­mez, mais que plustost ils les entendoyent d'un manger corporel & charnel de son corps comme font les Papistes, & ainsi re­presentoyent les difficultez que la raison dictoit contre une telle expression, telles que pouvoyent estre les nostres au commen­cement de ce discours. Vous direz qu'il ne corrigea pas telle entente: Mais si fist apparenment repliquant a l'objection de ses disciples, Jean. 6.63. c'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne profite de rien: les parolles que je vous di sont esprit & vie, & par la les veut empecher de l'entendre d'un manger corporel, pour l'entendre d'un manger spirituel, qui sert a la vie eternelle des ames. Sa repartie aux Juifs signifie qu'il l'entendoit comme nous faisons d'un manger spirituel, & d'une miraculeuse o­peration. Ce qu'ils ne pouvoyent croire, & ainsi il leur repete la mesme doctrine, y annexant cette menace, que s'ils ne man­geoyent sa chair ils n'auroyent point vie en eux mesmes.

De l'adoration des Images.

Quant au troisiesme point qui est de l'adoration des Images, elle est clairement defenduë per Dieu mesme au second Com­mandement du Decalogue, Tu ne te fe­ras Image taillés, Exod. 20.4.5. tu ne t'enclineras point devant icelles. Ils ont osté ce Commande­ment icy de leur Catechisme, pour don­ner lieu a l'adoration des Images avec le mesme honneur qui est deu a la personne qu'elles representent, & par consequent l'image de Dieu & de Christ doit avoir l'adoration de Latrie, celle de la Vierge Marie l'adoration d'hyperdulie; celles des Sainctes l'adoration de Dulie, selon les degrés qu'ils expriment. Que ce soit icy leur opinion generalle Azor le declare en ces mots. Azor in Sti. to. 1. l. 9. c. 6. C'est le sentiment constant des Theologiens, que l'image doit estre ho­norée & adorée du-mesme honneur & ado­ration que la chose mesme dont elle est l'image est adorée. Voire ils nous vou­droyent faire a croire que Dieu l'a ainsi or­donné au premier Commandement, & qu'ainsi il se contredit, defendant au se­cond Commandement ce qu'il commande au premier. Lau. Vaux en son Catechis­me. A cette question, qui est ce qui romp [Page 52]le premier Commandement de Dieu par irreverence de Dieu donne cette response; ceux qui ne donnent pas la reverence deuë a Dieu & ses Saints, ou a leurs reliques & images. Decisio. casuum Cons. p. 1. l. 2. sec. penul. Pet. Dog­ma theol. to. 5. l. 15. c. 3. S. 13. c. 14. S. 8. Quelle reverence ils preten­dent estre deuë aux Images. Jacob de Graffiis le declare amplement, selon ce que nous avons dit cy dessus. Mais Dionisius Petavius un de leurs plus approuvez An­tiquaires nous dit que durant les quatre premieres Centuries & plus on faisoit peu ou point d'usage d'Images es temples ou oratoires des Chrestiens. Et tel qu'on en faisoit le Pape Gregoire declare que c'esto­it seulement pour un usage historique pour l'information des Idiots, non pour les adorer; & ainsi escrivant a Serenus Eves­que de Marseille qui avoit abatu les Images qui estoyent en son Eglise parce qu'il voyo­it que le peuple les adoroit dit ainsi. Gre. re­gist. l. 7. Epis. 209. ad Sere­num. Nous vous louons de ce que vous avez un tel zele d'empescher que rien qui est fait de main soit adoré: neanmoins nous jugeons que yous ne deviez pas avoir rompu ces images la, car on se sert de la peinture dans les Eglises afin que ceux qui sont igno­rants puissent, par la venuë, lire sur les mura­illes les choses qu'ils ne peuvent lire dans les livres, partant vostre fraternité deuroit avoir preservé les Images, & empesché le penple de les adorer

Cette difference qu'on met entre faire des Images & les adorer, Nomb. 21.9. 1 Rois. 13.4. est confirmée par l'exemple du Serpent d'airain que Dieu avoit fait faire, lequel estant seulement fait & regardé estoit une Medecine; mais quand il fut adoré il devint poison, & fut de­struit.

Le docte Vasques renconnoist que l'a­doration de Dieu par une image est claire­ment defenduë au second Commandement, & non seulement l'adoration d'une Idole, disant qu'il est clair en l'escriture que Dieu au second Commandement, Vasq. in 3. p. dis. 91. c. 3. ne defendit pas seulement ce qui estoit illicite par la loy de nature, comme d'adorer une Image, au lieu de Dieu, mais aussi d'adorer le vray Dieu par aucune resemblance.

Nicephorus Calixtus raportant l'heresie des Armeniens & Jacobites dit qu'ils fai­soyent des Images du Pere, du Fils, Niceph. l. 8. c. 53. & du St. Esprit, ce qu'il censure comme chose tres absurde, quod perquam absurdum est. Neanmoins on le fait en l'Eglise Romaine. Mais St. Clement d'Alexandrie declare ain­si des Images en general. Nous n'avons point d'images au monde, il nous est evi­denment desendu cet art decevable, car il estescrit, Tu ne feras aucune resemblance d'aucune chose qui soit la haut au ciel, &c.

Ils confessent que cest peché d'adorer une Image terminativè, ou en soy mesme, mais pretendent qu'il est licite de l'adorer relativè, ou a cause de Dieu, ou du Saint qui est representé: façon estrange de ser­vit de Dieu, de transgresser son comman­dement pour luy plaire.

Saul fut repris & severement puni pour estre ainsi officieux, lors qu'ayant com­mandement de destruire tout ce qu'avoit Amalec il espargna les brebis & les boeufs pour sacrifier a l'Eternel. Mais ce beau pretexte ne peut excuser sa desobeissance, & ce qu'il pensoit estre une devotion re­ligieuse, fut declaré, ne valoir pas mieux qu'Idolatrie. 1 Sam. 15.22, 23. Samuel luy signifiant cette terrible sentence. Le Seigneur prend il plaisir en holocaustes & Sacrifices, comme a ce qu'on obeisse a la voix de l'Eternel voila Obeir vaut mieux que sacrisice, & escouter que la graisse des moutons: car rebellion est comme le peché de sortilege & Estourdissement est comme iniquité & Idolatrie. La chose estant ainsi quand Di­eu commande si clairement, & absolu­ment de ne s'encliner point devant les Ima­ges, adjoustant a ce Commandement, par dessus tous autres des expressions particulie­res de jalousie, & une menace de seve­rité contre les infracteurs, comment peut [Page 55]on justifier l'inclination qu'on fait devant elles, sous couleur de devotion? ou s'ex­cuser de rebellion & de grossiereté qui sont censurées comme Idolatrie.

En outre adorer une Image terminativè, & non relativè implique contradiction, veu que c'est de l'essence d'une image d'a­voir relation a une autre chose, veu que rien ne peut estre l'image de soy mesme, partant le mesme commandement qui de­fend une adoration terminativè exclud la relativè. Mais quoy que l'on puisse en­tendre par ces expressions, co [...]hie [...]y en a il du commun qui prennent connoissance de telle distinction. Bien peu veritable­ment, quand ils s'enclinent devant une image, c'est l'image mesme qu'ils adorent. Generallement donc ils commettent Ido­latrie en cette pratique, ou a tout le mo­ins un peché en exposant au danger de la commettre.

Mais quels sont les inconvenients de cet­te pratique? On vient en une Eglise ou Chapelle chargée d'images, & devant qu'on puisse recueillir ses esprits & penser a Dieu, l'imagination & les yeux courent apres ces peinctures, & on s'en retourne chez soy plus plein de figure que d'Esprit.

De l'Invocation des Saincts.

Venons au quatriesme point, Rom. 8.34. leur Invo­cation des Saincts est contraire a l'ordon­nance de Dieu qui a ordonné son fils Je­sus pour faire intercession pour nous: le­quel est plus pitoyable, plus capable & plus volontaire de nous aider qu'aucun des Saincts ou des Anges. Jean 5.16. Et luy mesme nous asseure que quoy que nous demandions au Pere en son nom il le nous donnera, a l'en­contre de cecy, & de la declaration de St. Act. 4.12. Pierre, qu'il n'y a salut en aucun autre, & qu'il n'y a aucun autre nom sous le ciel qui soit donné aux hommes, par lequel il nous faille estre sauvez. L'Eglise Romai­ne enseigne a ses enfans d'appeller la bien heureuse vierge Marie, leur Vie, & leur Esperance. Vita, Dulcedo, & Spes no­stra, leur Redemtrice, & Salvatrice: Re­paratrix, & Salvatrix desperantis animae, leur Comfort, & donneresse de grace spi­rituelle. Irroratrix, & largitrix spiritua­lis gratiae, avec d'autres extravagances cer­tainement mal venuës de cette glorieuse Mere de Christ, & Ame vrayment hum­ble, laquelle en son fameux Cantique re­connoist que son humilité estoit le motif des hautes fauveurs de Dieu envers elle. [Page 57]Car il a regardé la bassesse de sa servante. Luc. 1.46. La mesme exorbitance ils preschent & en­feignent des autres Saints. Comme je con­siderois ce point, il me tomba entre mains un de mes papiers dans lequel je cen­surois la doctrine que j'avois oui prescher en la ville de Palencia en Espagne, l'an 1661, par un Moine d'un certain ordre, a la feste d'un de leurs Saints, disant de luy qu'il estoit incapable d'errer en sa doctrine. Que sa doctrine estoit d'une au­thorité esgale a la Bible. Que tout ce que ce Saint la disoit (bien que faux en soy mes­me) devoit estre vray, puis qu'il le disoit. La preuve qu'il amena pour ces positions si desesperées estoit aussi folle que les po­sitions mesmes, & si ridicules que je ne les auserois reciter en ce grave Auditoire. Bien que je les aye par escrit; Que la ma­lice des hommes ne recueille pas de ce dis­cours que je vilifie les Saincts, ou que je porte envie a leur gloire. Je m'en res­joui plustost, & beni Dieu de ce qu'il res­compense ainsi ses Serviteurs. Ce que je reprens est l'abus blasphematoire qui se commet en les adorant, malplaisant certai­nement aux Saincts.

La plaisante expression d'un predicateur Espagnol, poura servir de serieuse expri­mande a cecy, preschant a la feste d'un [Page 58]Saint fondateur d'un certain Ordre, il feignit que comme il estudiot son sermon il tomba en extase ou songe ou se trouvant dans le Ciel, il vid le Saint duquel il pres­choit derriere la porte se cachant, & com­me on luy eut demandé pourquoy il faisoit ainsi, il respondit qu'il estoit la venu par honte qu'il avoit d'ouir les folles expressi­ons de son moine le louant & l'exaltant a tels jours que cetuy la. Et certainement si les Saints qui vivent en gloire estoyent capables de honte & de tristesse, ils auroy­ent ducil & honte de la procedure de leurs extravagants adorateurs. De cecy je fis griefue pleinte a l'Inquisiteur general d'Es­pagne, criant contre les exorbitances de cette nature, veu que j'avois Commissi­on de luy de luy rendre conte des doctrines que je trouverois a censurer. En ce temps la, & en ce pais la je crioys contre ces ex­orbitances la, mais quel bon succés ma bonne intention eut en cela je ne scay. Car cette malade la croist tousjours. Le moyen d'acquerir du vulgaire aveugle le credit d'estre bon Catholique, est d'ex­ceder en cette pratique: comme pour fai­re d'espit aux Juifs, & paroistre vrais Chrestiens, ils mangeront plus de viande de pourceau, que leur estomac ne peut porter, ainsi pour faire despit aux Prote­stants [Page 59]ils courront outre mesure au de la de leurs propres maximes a advancer les Saints. Pour une Eg [...]ise dediée a no re Sauveur vous en verrez Cent ded ées a divers Saints. Pour un Pater noster, dix Ave Marias, pour un discours ou louange de Dieu, mille de leurs Saints, de quoy j'ay souvent veu a mon grand regret de tri­stes experiences. Une personné de quali­té se meut elle? il entre un Moine d'un Ordre & se met avec toute sa retorique a l'exorter a devotion vers les Saints de son Ordre, a en prendre l'habit, le sca­pulaire, ou la corde, Apres cela en vi­ent un d'un autre Ordre, & se met pare­illement a recommender les Saints, & I ha­bit de son ordre, & ainsi fait chacun com­me il entre. Entre eux tous peu ou point de mention de se reposer sur la passion de nostre Sauveur. Croyriez vous que cest le bien de cette ame la, ou l'honneur du Saint pour lequel ils ont tant de zele, ou plustost l'interest du Convent? Jugez en, & que d'autres de plus de liberté en parlent. Pren pitié O bon Dieu des ames abandon­nées a telle instruction.

De la demie Communion.

Touchant le cinquieme point, qui re­fuse aux Laics le Chalice. Je croy que ce seroit faire tort a nostre cause d'en cher­cher autre preuve que leur propre Con­fession, que nostre Sauveur Jesus a institué, & l'Eglise Primitive pratiqué l'administra­tion du Saint Sacrement au peuple, sous les deux especes, comme on le pratique en l'Eglise Anglicane. Mais l'Eglise Ro­maine a jugé a propos de faire autrement. Cette Confession est leur plus grande con­fusion, & plus que suffisante refutation. Je fus saisi d'horreur de voir la hardiesse du Concile de Constance, qui confesse ce que dessus, & puis vient a un non obstante que non obstant l'institution de Christ, & l [...] pratique de l'Eglise primitive, le Concile defend a tous Prestres sur peine d'Excom­munication d'administrer la Communion aux Laics sous les deux especes, pour des causes qu'ils n'expriment point, aussi n'est il pas besoin de nous travailler a en cher­cher, puis qu'il suffit pour nostre dessein de scavoir, qu'ils scavent bien trouver des causes, ou au moins en pretendre, pour changer l'institution de Christ, & en intro­duire des contraires. La seule raison qu'ils [Page 61]alleguent pour ce Decret icy est, l'Autho­rité de l'Eglise, & de quelques precedents Papes ou Peres, reconnoissant cependant que Christ a ordonné le contraire. Mar. 15.3. N'est ce pas la transgresser le Commandement de Dieu par vostre tradition? N'est ce pas la accorder avec l'Attribut de l'Antichrist, qui s'oppose & exalte p [...]r dessus tout ce qui est nommé Dieu. Le Pape voudroit bien paroistre franc d'une telle accusation quand il prend le titre de Serviteur de Dieu. Cest icy la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d'Esau. La parole du Pape Ser­viteur des Serviteurs de Dieu est Chrestien­ne, mais son fait en preferant sa loy & son institution a l'institution de Christ est An­tichristien.

Ils font sonner haut l'Antiquité, & l'Au­thorité de l'Eglise pour cette pratique, & de mesme haleine ils desavouent une plus grande Antiquité, & une plus authenti­que Authorité de l'Eglise, advouant que Christ a institué, & l'Eglise Primitive pra­tiqué la celebration du Sacrement sous les deux especes a tout le Peuple. Combien mal s'entretient l'erreur? Cette seule in­stance nous peut asseurer, que la Religion Romaine telle quelle est a present, n'est pas entierement procedée de Christ, & de ses Apostres. Si nous objectons que le [Page 62]retrenchement de l [...] coupe prive le peuple fidelle de leur nouriture spirituelle a vie eternelle, en ne leur permettant pas de participier au sang de Christ, Jean 6.53. qui a dit si vous ne mangez la chair du fils de l'homme & ne bevez son sang, vous n'aurez point vie en vous mesmes. Le Concile nous dit que nous devons firmement croire, & ne douter nullement, que tout le corps & le sang de nostre Sauveur ne soit contenu aussi bien sous l'espece du pain, comme so us celle du vin. Mais nous avons monstré cy devant combien peu de raison nous avons de croire fermement leur doctrine en ce point, quelle forte raison nous avons d'en douter, ou plustost d'estre asseurez du contraire. Et que Christ n'est present ny pris en l'Eucharistie sinon en une façon spi­rituelle & sacramentelle. Cela estant ain­si, quand ils privent les fidelles de la cou­pe, ils les privent aussi du sacrement tout entire. Car leurs Theologiens sont d'ac­cord en cecy que les especes consacrées du p [...]in & du vin sont parties essentiellement constituantes de ce Saint Sacrament. Suar. in. 3. p. disp. 42. S. 1. conc. 3. Voi­re elles seules sont proprement le Sacre­ment comme le declarer Suarez, citant pour la mesme doctrine un grand nombre d'au­tres Theologiens. Par consequent ne pre­nant point le vin, ils ne prenant point le [Page 63]Sacrement, & ne prenant point le Sacre­ment ils n'ont point la vie en eux, com­me nostre Sauveur a declaré tellement que les privant du vin sacramentel ils les pri­vent de la vie de leurs ames. Et n'est ce pas icy user de cruauté envers les Ames?

Du Purgatoire, & des Indulgences.

Quant au 6 Article touchant le Purgatoi­re. Je ne trouve pas que leurs hommes scavants soyent si certains a luy fixer une place determinée dans les entrailles de la terre, avec ces espouvantables qualitez specifiées dans leur Legendes, comme est le vulgaire. Ils se contentent de conclu­re de quelques passages de l'Escriture, & per conjecture qu'il faut qu'il y ayt quel­que place apres cette vie pour purger les Ames, & expier les pechez veniels ou sa­tisfaire pour la punition temporelle qui est deuë aux grands, sans determiner si cette place la est dessus, ou dessous, ou dans la terre, ou si la punition est Chaud, Froid, Obscurité ou Tempeste, &c. Et comme la Conclusion est obscure, aussi est l'infe­rence tiré de leurs premisses. 2 Mac­chab. 12.43. Le princi­pal passage du vieux Testament est le fait de Juda Machebée qui envoya de l'argent en Jerusalem pour faire faire des Sacrifices [Page 64]pour ses Soldats deffuncts. Et la glose la dessus dit, quo par consequent cest une Sainte consideration de prier pour les morts, &c. Mais encores que le livre que raporte ce cas fust Canonique & de certain authorité, (ce qui n'est pas aloué) neanmoins la conclusion qu'on en pretend tirer pour la doctrine du Purgatoire est de nulle force. Car on peut faire prieres pour les Morts, & on en a fait pour d'au­tres fins que pour les tirer du Purgatoire. Premierement parce que plusieurs scavants escrivains du parti de Rome enseignent, Suar. to. 1. in 3. p. Disp. 10. S. 4. que Dieu comme un bon Maistre qui paye bien, donne souvent avant la main le Salai­re des services qui se doivent faire dans le temps advenir. Et partant estant de lon­gue veuë, & tous jours present a tous les espaces de l'Eternité, il peut voir mainte­nant, & peut aussi exaucer les prieres qui seront faites en quelque age futur que ce soit. Et prevoyant que des personnes pieuses prieront a l'advenir pour l'assistance de sa grace pour une personne mourante a present, il la peut ottroyer accordon­ment. J'ay veu la pratique de cette Doc­trine en une letre qui me fut escrite par un des plus scavants hommes d'Espagne, la ou parlant de la mort de sa mere il prioit Dieu qu'il eust peu luy avoir assisté en sa [Page 65]derniere heure pour mourir penitente. Si cecy passe, la priere pour les morts pou­roit estre recommendable pour d'autres fins que pour les tirer de Purgatoire. Et si le fait qui est raporté des Macchabées est vray il y a plus d'apparence que les pri­eres faites pour ces morts la se firent subject susdit, que pour les tirer de Purgatoire. Veu qu'au mesme lieu il est raporté qu'on avo­it trouvé que ces hommes la avoyent com­mis un peché mortel, (qui n'est pas preten­du pouvoir estre pardonné au Purgatoire) Sous les habillements de tous ceux qui fu­runt tuez on trouva des choses consacrées aux Idoles des Jamnites. Ce qui est de­fendu aux Juifs par la Loy. Et bien que Bellarmin pretende que le peché de ses hommes la estoit veniel, comme commis par ignorance, ce n'est qu'une pure con­jecture, qui n'accorde point au texte, qui moustre que ce peché la avoit attiré sur eux la vengeance de Dieu. Alors cha­cun vit que c'estoit la cause pour laquelle ils avoyent esté tuez. Leur mort auroit peu avoir esté leur punition temporelle, & leur repentance finalle pouroit les avoir afranchis de l'eternelle comme Bellarmin le confesse, recitant pour cela le Ps. 78. v. 34. Cum occideret eos quaerebant eum & revertebantur. Quand il les faisoit mou­rir [Page 66]ils le recherchoyent, & ils se re­tournoyent, & rechercoyent Dieu de matin.

Mais pour ne nous appuier pas sur la Con­sideration susdite de quelque particuliers escrivains. Si nous trouvons dans quel­cun des ancients des prieres faites pour les Morts, c'estoit pour d'autres fins que pour les tirer de ce supposé Purgatoire. Pre­mierement pour louer Dieu de leur avoir donné une heureuse fin en sa Sainte foy, & repos de leurs travaux, comme paroist par ces parolles de l'Apocalypse dont se ser­voit l'Eglise Ancienne en l'office des morts. Bien heureux sont ceux qui dore senavant meurent au Seigneur, ouy dit l'Espirit car ils se reposent de leurs travaux. Se­condement afin de nous consoler les uns les autres en la mort de nos Amis pensant a l'esperance de les rencontrer en la gloire celeste. Selon ces consolatoires parolles de St. Paul en sa premiere Epistre aux Thes­saloniciens, leues coustumierement dans le mesme office des morts. Freres je ne veux pas que vous soyez ignorants touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attri­stiez point comme ceux qui n'ont point d'esperance. Tercement pour nostre instruc­tion spirituelle, soit que nous consideri­ons le bon exemple de nos defuncts freres [Page 67]fidelles, soit qu'a la veuë de la mort, nous pensions a nostre mortalité. Tout cecy se peut voir par la pratique des ancients chrestiens comme il est declaré per l'Au­theur des Commentaires sur Job, Lib. 3. Coment. in Job. inserez entre les oeuvres d'Origene en ces mots. Nous observons la memoire des Saints, & gardons avec devotion la souvenance de nos parents ou amis qui meurent en la foy, nous resjoussants d'un costé de leur repos, & requerants de l'autre pour nous mesmes une pieuse consommation de la foy. Ainsi donc nous celebrons la mort, non pas le jour de la naissance parce que ceux qui meurent vivront a jamais. Et nous la ce­lebrons, invitans des personnes religieuses avec les prestres, les fidelles avec le Cler­gé, invitans en outre les necessiteux & les pauvres, nourissants les orphelins & les vefues, afin que nostre feste soit un Memo­rial de repos aux ames departies, le resou­venir desquels nous celebrons, & que cela nous puisse tourner a bonne odeur en la presence du Dieu Eternel. Ou vous voyez que Prieres & oeuvres de charité se faisoy­ent es obseques des morts, sans aucune men­tion du Purgatoire.

Cette mesme response peut servir a ce que Bellarmin, cite du quatriesme chapitre de Tobie, touchant le pain & le vin, qu'on [Page 68]apportoit aux funerailles, & la coustume d'inviter ses amis, & de nourir les pauvres. Ce qu'il allegue du Ps. 66. de passer par le feu. Nous avons passé par le feu & par l'eau, mais tu nous en as tirer, & conduits en lieu plentureux, a aussi peu de force pour cet effect. Car par le feu aussi bien que par l'eau on doit entendre les tribulati­ons & adversitez de cette vie. Ce qu'ils al­leguent de Math. 22. ou nostre Seigneur dit que quelque pechez ne seront point pardonnez, ni en ce ciecle, ni en celuy qui est advenir, & que partant quel­que pechez seront pardonnez apres cette vie, n'est pas une bonne conse­quence, car d'une negative ne sensuit pas une positive, comme si on disoit que le Duc de Venise n'est pas Comte de Dublin, il ne suit pas de la que quelque autre est comte de Dublin. Bellarmin dit que la pre­miere Consequence doit estre estimée bon­ne par la loy de prudence, si elle ne l'est per les regles de logique, de peur qu'on ne pense que Christ ayt parlé improprement, si aucun peché n'estoit pardonné en l'autre monde. Mais a ce coute il vous faut pren­dre pour legitime selon les regles de pru­dence cette autre consequence icy. Jo­seph ne connust point sa feme jusqu'a ce qu'elle eus enfanté son Fils premier né, par­tant il la counut par apres, depeur que [Page 69]l'Evangeliste ne soit trouvé s'estre exprimé improprement. Et comme Bellarmin ny aucun autre chrestien ne se sentira pas obli­gé d'admetre cette derniere consequence aussi n'estimerons nous pas juste d'ad metre la premiere.

La doctrine du Purgrtoire estant ainsi foiblement fondée; les inconveniences en sont tres grandes. Car elle rend le peuple negligent de vraye Repentance & de satis­faction pour leur pechez en cette vie, sous esperance d'an avoir remission en Purga­toire. Outre l'occasion qui est donnée aux pitoyables abus qui se commettent en la va­leur qu'on donne aux Messes qui se disent pour salaire. Ou la Simonie paroistroit si elle n'estoit prevenuë par la grande ad­dresse des Casuistes, par laquelle la venie des choses sacrées est sanctifiée, & affran­chie de Simonie par l'accountrement de l'in­tention. Que dirons nous des tromperies pratiquées en recevant de plusieurs person­nes plusieurs salaires pour une Messe? De la cruauté pratiquée vers les vefues, les enfans, & quelques fois les Creanciers de la personne mourante, qui donne par testa­ment ce qui est leur deu, au Clergé, qui souvent n'en a gueres de besoin. Par quel moyen sous ombre de pieté on commet quelque fois nne grande impieté. Mais le grand lucre que le Clergé reçoir par cette [Page 70]doctrine, (plustost qu'aucun texte qu'ils ay­ent a le prouver) les engage a le main tenir.

La doctrine des Indulgences servant a celle du Purgatoire a la mesme obscurité en sa Position & incertitude en son fon­dement que celle la. Suar. l. 1. defens. si­dei c. 15.23. Suarez declare que l'Indulgence n'est autre chose que la re­mission des peines de Purgatoire, laquelle Dieu de son infinie bonté par l'excellent merité de Christ (auquel il adjouste la sa­tisfaction des Saincts) a ottroyée a son Eg­lise, avec puissance d'absoudre. De l'infi­nie bouté de Dieu, & de l'infini merite de Christ aucun chrestien ne doit douter, non plus que de la puissance d'absoudre donnée a son Eglise. Mais si cette puis­sance s'estend a cette donation profuse d'In­dulgences pratiquée a present par l'Eglise de Rome, Suarez n'en est pas certain, n'ay­ant pour fondement de cela que la Tradi­tion Ecclesiastique, & la coustume ancien­ne, generalle, & approuvée.

Mais la Tradition n'est pas si certaine, n'y la Coustume si ancienne, ou general­lement approuvée, comme on pretend. Le premier ottroy que nous en trouvons est celuy de Gregoire VII. Baron. ad An. Dom. 1084. n. 15. donné a ceux de son parti qui combattroyent contre l'Empereur Henry IV. que Baronius recite de son penitentiaire, la ou estoit promise [Page 71]remission de tous pechez a ceux qui vou­droyent hazarder leurs vies en cette Sainc­te guerre la. Pareille Indulgence avec re­mission de tous pechez fut ottroyée par Victor successeur de Gregoire 7. a ceux qui voudroyent combatre contre les Sa­razins en Affrique. D'autres Papes de­puis ont continué la mesme pratique. Puis quelques Evesques particuliers commence­rent a publier des Indulgences a ceux qui donneroyent de l'argent pour la structure ou reparation des Eglises ou d'autres oeu­vres publiques, promettant pardon de sep­tieme, quatriesme, Marin. de poenit. l. 10. cap. 20. ou trofiesme partie de leurs pechez, selon que leur bonté meri­toit, De sorte qu'on dit que de cette fa­çon la, Maurice Evesque de Paris erigea la grande Eglise de Nostre Dame qui est la. Mais l'Evesque de Rome, retrencha cette puissance aux autres Evesques, & fist de grandes compleintes que par l'usage indis­cret que les Evesques faisoyent d'Indulgen­ces les Clefs de l'Eglise estoyent mespri­sées & la Discipline perduë. Ainsi dit In­nocent III. au Concile de Lateran. Je sou­haiterois que le Pape d'a present cust es­gard a tels inconvenients, Conc. Later. sub. In­noc. 3. Can. 92. luy qui imite la grande profusion des autres en ce point censurée, non seulement pas leurs adver­saires, mais mesmes par les plus sobres de [Page 72]leur propre parti, qui voyent clairement que le lucre sordide a une grande part en la conduite de cet affaire, & que gens dissolus lachent la bride a leurs vices, sous esperance de ces immenses pardons, l'ec­cez desquels je laisse a d'autres a raporter, & a estre considerez par ceux qui les voyent.

Aquinas & Bonaventure disent, Aquin. supl. sum. q. 25. art. 20. Bonav. in 4. sent. dist. 20. q. 6. qu'il y en avoir en l'Eglise qui disoyent que l'in­vention des Indulgences estoit une fraude pieuse pour attirer les hommes a des actes de charité, ce qu'autrement ils n'auroyent pas fait, comme une mere qui promet une pomme a son enfant pour le faire courir de­hors, laquelle elle ne luy donne point apres qu'elle luy a fait faire.

Durand, Dur. in 4. dist. 20 q. 3. scavant, & sincere escrivain, confesse qu'il y a fort peu a dire de certain touchant les Indulgences, parce que les Escritures n'en parlent point expresse­ment: & les Peres Ambroise, Hilaire, Au­gustin, Jerosme, n'en parlent point du tout. Jean Mayor adjouste que bien que ce soit, May. ib. un argument negatif, neanmoins il a de la force, parce qu'au temps de ces peres la, ilt estoyent fort bien versez es Escriteurs, & ce seroit chose estrange que si les Indul­gences s'y pouvoyent trouver ils ne les y eussent pas trouvées. Adjoustez a cecy [Page 73]ce que Bellarmin dit excellenment qu'en choses qui despendent de la volonté de Dieu, Bellar. de amiss. gratia. l. 6. c. 3. resp. ad obj. 6. on ne doit rien afirmer si Dieu ne la revelé es Sainctes Escritures. Concluez donc que la Doctrine des Indulgences ne se trouvant point en la Saincte Escriture, comme il a esté declare, vous ne deuez point bastir la dessus les esperances de vo­stre Salut: mais tascher avec crainte & tremblement de l'asseurer par une exacte observation des Commandements de Dieu, & en suivant les Conseils de Christ ten­dants a une parfaite vie, & vraye repen­tance de vos pechez.

Des Prieres publiques en langage in­connu.

Je conclueray cette Reveuë des Opinions Romaine par le 7. & dernier point que je me suis propose, qui est de leur Messe latine, & de la defense qu'ils font a leurs troupe aux de lire la Saincte Escriture. Et quant au premier, qui est d'avoir les prieres publiques en une langue generalle­ment inconnuë au peuple, certainement tout le 14. Chap. de Saint Paul en sa pre­miere Epistre an Corinth. est clairement a l'encontre. Car quoy qu'on puisse chi­caner touchant l'object de son discours, ses [Page 47]raisons concluent evidenment a nostre des­sein. Car il montre per des arguments ad­mirables & des exemples tres propres, com­bien absur [...] & mal a propos il est d'entre­prendre de parler a un peuple, pour les enseigner & edifier en une langue qu'ils n'entendent point.

L'intention de Nature au Parler est de communiquer le sentiment de celuy qui parle a celuy qui l'ouit. Mais comment se fera cela si celuy qui escoute n'entend point le sens des parolles qui sont dites. Mesmes les choses qui sont sans ame (dit le grand Apo­stre) qui donnent leur son soit haut bois, soit harpe, si elles ne donnent quelque di­stinction en leurs tons, comment connnoi­stra on ce qui est sonné sur le haut bois, ou sur la harpe? Car si la trompette donne un son qu'on n'entende point, qui se pre­parera a la battaille? Pareillement aussi vous si vous ne prononcez par vostre language parole qui puisse estre entenduë, comment entendra on ce qui se dit? Car vous serez parlans en l'air. S'il nous faloir dresser nous mesmes une raison pour esclarar nostre Doctrine, quelle autre pourions nous in­venter plus propre, pour ce que nous pre­tendons que celle cy! La priere n'est elle pas ordonnée pour eslever nos esprits a Dieu. Cest la la Definition qu'en en don­ne. [Page 75] Elevatio mentis in Deum, une ele­vation de nos esprits a Dieu, pour le lou­er, ou pour lui demander fauveurs, ne se­ra il pas donc utile, & necessaire a cette fin d'entendre la signification des pseaumes & prieres sagement ordonnez pour cela? Dire Amen a une priere que vous n'enten­dex point est comme si vous mettiez vostre sein a un escrit dont vous ne scavez point le contenu. Si un Juif ou autre Ministre im­pie prononcoit une priere remplie de blas­phemes contre Christ on de maledictions contre le peuple Chrestien qui seroit pre­sent, diront ils Amen a tout?

Si un Persan, ou quelqu'autre qui n'au­roit jamais ou telles procedures entroit en une Eglise, & entendroit la congregation parlant haut, & faisant des gestes, & qu'on luy diroit que nul d'eux n'entendoit ce que l'autre disoit, n'auroit il pas subject de croire qu'ils seroyent hors du sens, & que les bastisseurs de la tour de Babel seroyent ressuscitez? St. 1 Cor. 14.26. Paul appelle cela estre hors du sens, posant cecy pour fondement. Qu'en l'Eglise tout se doit faire a edificati­on. Et quelle edification peuvent les Ames recevoir par le bruit des parolles qu'ils n'en­tendent point, plus qu'ils ne font du son des cloches. St. Augustin declare combi­en absurd il est de parler en un language [Page 76]que les auditeurs n'entendent point, en ces termes, Quid prodest locutionum integritas quam non sequitur intellectus audientis, cum loquendi nulla sit causa; Aug. de Doctr. Christ l. 4. c. 10.si quod loquimur non intelligunt, propter quos, ut intelligunt, loqui­mur? A quoy sert l'excellence du Parler, sil n'est entendu par les auditeurs: veu qu'il n'y a nulle cause de parler, si ce qui est dit n'est entendu par ceux la pour l'amour desquels nous parlons, afin qu'ils entendent. Et a ce propos nouspouvons pareillement demander que profite l'admirable providence & bon ordre de l'Eglise a distribuer le chois & la substance de la Sancte Escriture a tous les offices qui se doivent lire dans les Eglises tout le long de l'an si le peuple dont on pre­tend l'edification par tels offices n'en en­tend point le contenu? Je prie ceux qui n'ont pas fait resolution de se rendre aveug­les, & de fermer les yeux contre la lumie­re, & boucher les oreilles a la raison, de considerer quelle advantage le peuple Pro­testanta, a edifier leurs ames en ce parti­culier ils ont tous les jours les oreilles ba­tuës de la parole de Dieu, clairement & intelligiblement recitée dans leur liturgie. Les Pseaumes, les Prieres, les Epistres, les Evangilles, & les Lessons du Vieux & du Nouveau Testament tres exactement di­stribuées a chaque jour & feste contiennent [Page 77]tant de celeste Sagesse & Piete que cela seul pouroit suffire a rendre une Ame bi­en disposé & Sainte & sage: & ce coeur la doit estre bien dure qui estant conti­nuellement arosé d'une telle celeste doc­trine ne sera pas amoli a la pieté & a la crainte de Dieu. Cependant que ces pu­issants aides a la pieté & vertu manquent au pauvre simple troupeau qui suit les pre­stres de Rome, tout leur exercise de re­ligion, (j'entends du vulgaire qui est de beaucoup la plus grande partie) consiste a ouir quelque fois une Messe, sans en en­tendre un mot, & sans en ouir aucune de­claration que bien rarement, & ainsi s'en retournent a leurs maisons aussi sages co­me ils estoyent venue. Jay veu souvent quelques personnes pieuses exalter le bon heur de quelques uns d'entreux qui avoy­ent la connoissance de la langue latine, par le moyen de quoy ils pouvoyent en­tendre la parole de Dieu qui leur estoit leuë, & ainsi eslever leurs Esprits, pour­quoy ne considerent ils pas le bon heur de ceux de l'Eglise Protestante en ce point, comme en plusieurs autres, & n'ouvrent ils les yeux pour voir leur erreur.

Leurs conducteurs aleguent l'Antiquité pour la pratique du service divin en Latin, mais l'Antiquité va de cette sorte. Dans [Page 78]l'Empire d'Orient, la Liturgie estoit en Grec, parce que cestoit la la langue ma­ternelle en Constantinople, la Cour, & ville capitale de cet Empire la. Et les provinces inferieures doivent tascher de se conformer dans l'exercise public de l'Egli­se & de l'Estat, au language de la Cour. Dans l'Empire de l'Occident la Liturgie estoit en Latin, parce que c'estoit la la lan­gue maternelle a Rome, qui estoit la Cour, & la Capitalle de cette partie oc­cidentale. Et Rome sous les Papes preten­dant autant de pouvoir dans les provinces de l'Europe, comme elle avoit sous les Empereurs les force toutes a se conformer a son language dans le service public. Dieu exige une plus grande obeissance en ce point, que les Empereurs. Car ce n'esto­it pas pour aucun privilege de plus grande Sainteté, es langues Greque & Latine que les Liturgies ont este composées en ces lan­gues la, mais parce que cestoyent les lan­gues qui estoyent plus universellement en­tenduës dans les deux Empires. Et par­tant en ottroya des exceptions de cette reg­le la aux Provinces qui ne la pouvoyent pas commodement observir. Ainsi le Pape Jean VIII. ottroya au Prince de Moranie la Liturgie en langue Sclavonienne, parce que St. Paul dit que toute langue louë le [Page 79]Seigneur, Bar. to. 10. an 880. n. 10. Stra­bo de re Eccles. c. 7. Orig. contra. Cels. l. 8. p. 402. qui fut la raison donnée per le Pape en sa letre ainsi que raporte Baro­nius, Et Walefridius Strabo dit qu'en son temps l'Office Divin se faisoit parmi les Scythes en langue Alemane qui leur estoit commune avec les Alemans. Qui plus est Origine afferme que dans les Eglises primi­tives tous les offices de Religion se fai­soyent au language propre a chaque pa­is.

De l'Escriture defendue.

Et afin qu'ils n'apprennent en leurs mai­sons ce qu'ils ne peuvent en leurs Eglises on leur defend de lire l'Escriture en leurs propres langues sans licence sous le sein de l'Evesque ou Inquisiteur, par l'advis du Prestre, ou Confesseur, Index. lib. proh. Alex. 7. Rom. An. 1665. touchant l'apti­tude de la personne a cela. Et qui presu­mera de faire autrement l'absolution luy sera refusée. Cecy est commandé en la 4. regle de l'Indice publié par ordre du Concile de Trente, & fait publie par l'au­thorité de Pie 4. & depuis par Clement VIII. & depuis peu eslargi par Alexander VII. Cest icy cruauté envers les Ames. Math. 4.4. 2 Pier. 1.19. Christ ayant declaré que la parole de Dieu est leur nouriture, & l'Escriture mesme nous invitant si souvent a la lire. St. Pierre [Page 80]nous exorte ainsi. Nous avons aussi une tres ferme parole de prophesie, a laquel­le vous faites bien d'entendre, comme a une chandelle qui esclaire en lieu obscur, Rom. 15.4. 2 Tim. 3.15. Act. 17.11. jusqu'a ce que le jour commence a luire. St. Paul nous recommende la lecture de l'Escriture comme escrite pour nostre in­struction & consolation, & comme capa­ble de nous rendre sages a salut. St. Luc louë les Habitans de Berrée de ce qu'ils re­cevrent la parole avec promptitude d'esprit, conferant journellement les Escritures, &c.

Les Saincts Peres de l'Eglise Primitive estoyent d'un mesme esprit a exorter les fi­delles a la lecture de l'Escriture, Clem. Epist. ad Cor. p. 58. p. 61. pour leur Consolation & Direction. St. Clement voulant remedier a une dissention arivée entre les Corinthiens leur escrit ainsi; Con­siderez diligenment les Escritures qui sont les vrais Oracles du St. p. 68. Esprit. Il ad jouste apres, prenez en main les Epistres de St. Paul & considerez ce qu'il dit. Et les louë de la connoissance qu'ils a voyent es Escri­tures. Bien aimez dit il, vous avez con­nu, & fort bien connu les Sainctes Escri­tures, Ign. Epist. ad Philad. Polic. Ep. ad Philip. & vous avez penetré jusqu'au fond dans les Oracles de Dieu, partant souve­nez vous en. De mesme advis estoyent Policarpe, Ignace, & les autres ancients [Page 61]Peres. Clem. Alex. Strom. 7. p. 72. Clement d'Alexandrie fait men­tion de la lecture des Escritures entre les Chrestiens, devant leurs repas, & de pseau­mes & himnes durant iceux. Mais qu'est ce qui fait que la presente Eglise de Rome est li dilligente a faire le contraire, a em­pescher leur troupeau de lire l'Escriture? Ils en donnent une raison, & une autre ils se reservent par devers eux. La raison qu'ils donent est, que les heresies sont venu­es par l'abus des Escritures. Qu'ainsi soit, mais qui sont ceux qui en ont ainsi abusé? certainement les Prestres & les Moines le plus souvent, & d'entre eux les plus sca­vants. Cherchez vos Memoires & vous le trouverez ainsi. Si donc cet argument icy a de la force il en aura a banir l'Escri­ture d'entre les Doctes, & mesmes hors du Monde. S'il prouve cela (ce qui est trop) il ne prouve rien, le boire & le man­ger sont la ruine de plusieurs, faut il donc les banir d'hors du monde? Non, que les creatures de Dieu servent a ses Serviteurs, & que ceux qui en abusent reçoivent leur punition en l'abus qu'ils commettent. Que ce celeste flambeau que Dieu a mis en sa maison, la Sancte Eglise pour nous guider dans les chemins obscurs de cette vie luise a tous les Chrestiens.

Et afin que les yeux foibles ne soyent point esblouis par leur clairte, que ce soit icy une regle generalle a tous ceux qui les li­ront. La ou ils la trouveront claire qu'ils l'embrassent avec devotion, & forment la dessus le modelle de leurs vies: la ou elle pa­roistra obscure, qu'ils prient Dieu en tou­te humilité de leur donner lumiere pour l'entendre, & qu'avec patience ils atten­dent son bon plaisir pour cet effect. Ce­pendant ils peuvent s'assurer que toute con­noissance necessaire a la foy de Dieu, a le servir & le louer, est pleinement contenuë en ce qui est clair dans l'Escriture, Aug. de doctr. Chris. l. 2. c. 9. 2 Tim. 3.15. ainsi l'affirme St. Augustin, In iis quae aperte in Scriptura posita sunt, inveniuntur illa omnia quae continent fidem moresque vivendi, de­quoy St. Paul donne un ample tesmoignage quand il dit. Les Sainctes Escritures sont capables de te rendre sage a salut; par la foy qui est en Jesus Christ, & sont profita­bles a endoctriner, a convaincre, a cor­riger, a instruire selon justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli & parfaite­ment instruit a toute bonne oeuvre. Les Sainctos Peres accordent avec St. Paul en son opinion du profit qu'il y a lire l'es­criture pour nostre instruction spirituelle. St. Basile les recommende, Bas. sur le Ps. 1. comme le me­illeur remede qui soit, pour toutes les passi­ons [Page 83]de l'ame. St. Chrysostome meditant sur la grande douceur de David, lors que ayant Saul a son plaisir dans la caverne, il le laissa aller recommende a tous la memoi­re de cet exemple disant, Chrys. Homil. 1. de Davide & Saule. il est imposlible qu'un esprit conversant avec de telles histoi­res se laisse emporter a la passion. St. Je­rosme dit qu'une infinité de maux arivent par l'ignorance des escritures, d'icy sont venuë la plus part des heresies, d'icy une vie negligente & sans soin, & du travail sans fruit. La raison donnée par les Pa­pistes contre la lecture de l'Escriture es­tant ainsi refutée, voulez vous scavoir la raison qu'ils ont, & qu'ils gardent per de­vers eux? Plusieurs disent que cest pour gar­der le peuple dans l'aveuglement, afin qu'ils ne puissent voir l'ignorance de leurs Ministres, ny la corruption de leurs Miste­res, il semble qu'il l'ont ainsi declaré eux mesmes en un Concile d'Evesques, assem­blez a Bonnone pour restablir la dignité du siege Romain, par ordre du Pape Jules III. Conc. de stabili. Rom. fid. p. 6. apud Stilling-fleet ope­re de Ido­lat. Rom. ecc. p. 201 Le principal advis qu'ils donnerent fut que par touts moyens. aussi peu de l'Evangile que faire se pouroit fust leu, (principalle­ment en langue vulgaire) dans les villes de sa jurisdiction, adjoustans que ce livre la avoit esté la cause de la decadence de leur ancien lustre, & concluants ainsi, & en [Page 84]verité si on le considere dilligenment, & si on le compare a ce qui est fait en nos eg­lises, on les trouvera fort contraires l'un a l'autre, & que mesmes nostre doctrine, non seulement en differe, mais mesmes luy est contraire, ainsi il a pleu a Dieu qu'ils des­couvrissent eux mesmes leur intention, & quelle fust publiée pour des [...]buser les des­voyez, comme chose escrite par plusieurs graves Autheurs qui sans doute ne vou­droyent pas la publier que sur bon fonde­ment. Et n'est ce pas icy user de tirannie sur les Ames?

Troisiesme Point.

Je viens maintenant au troisiesme, & dernier point de mon discours, qui est de conclure de ce qui a esté dit. Que la re­solution que j'ay prise de me retirer de la communion de l'Eglise de Rome est juste & necessaire. Tout mon discours sur le texte proposé n'est qu'un syllogisme, dont la proposition majeure est que, Si nous trouvons une Eglise ou Congregation con­vaincue d'idolatrie, Impieté, & Cruauté dans sa pratique publique & establie, nous en devons quiter la communion. Cest icy la doctrine de nostre Sauveur contenue es paroles de nostre texte, comme a paru par [Page 85]la declaration, & la preuve que j'en ay faite au premier point. La Mineure est que j'ay trouvé la presente pratique gene­ralle de l'Eglise Romaine convaincue d'Ido­latrie, d'Impieté, & de Cruauté. La conclusion est que la Resolution que j'ay prise de l'abandonner est oit juste & neces­saire. Nul Chrestien ne scauroit nier la Majeure, veu que cest la doctrine mesme de Christ, comme paroist par nostre texte. Si la Mineure est vraye, il ny a bon logici­en qui puisse nier la conclusion. La verité de la Mineure, touchant l'Idolatrie semble estre suffisenment prouvée par ce qui a esté dit touchant l'adoration du pain de l'Eucharistie, & des Images touchant l'im­pieté antichristienne, par ce qui a esté declaré qu'ils opposent & preferrent les loix du Pape, a la loy de Dieu, faisant le Pape seul & souverain arbitre de la loy de Dieu, luy donnant l'attribut d'Infallibilité qui convient a Dieu seul, abrogeant l'Insti­tution de Christ en l'administration de l'Eucharistie, ou Communion & en establissant une autre toute contraire; pri­vant Christ du titre de seul Sauveur, & Esperance du genre humain, lors qu'ils appellent la Vierge Marie leur Salvatrice & leur Esperance: advançeant l'honneur & service des Saincts par dessus celuy de Dieu [Page 86]lors qu'ils luy dedient plus d'Eglises, & luy font plus de prieres qu'a Dieu mes­me.

Leur Cruauté en la conduite des Ames paroist trop, par ce que nous avons dit qu'ils privent le peuple Chrestien du fruit du St. Sacrement de l'autel, par leur de­mi Communion. Qu'ils le privent de l'e­dification de leurs Ames, lors qu'ils leur administrent le service divin en une lan­gue qu'ils 'en endent point. Qu'ils luy ostent l [...] liberté de lire la parole de Dieu en ses Saincts Escrits. Leur tirannie sur les Princes, en les privant de leurs Cou­ronnes & dignitez, & excitant leurs sub­jects a prendre les armes contre eux. Leur severite envers les Irlandois en suite de cet­te leur pretention.

A quoy on peut adjouster leur Tirannie sur les Consciences lesquelles ils forcent a la croyance & a la deffence des Doctrines repugnantes a leur fentiment & non ésta­blies par la foy Catholique: comme paro­ist par la violence qu'ils apportent a forcer toutes personnes de croire & declarer la conception de la vierge Marie sans peché originel: bien qu'il y ayt tant de clairs tes­moignages de l'Escriture a l'encontre, qui affirment que tous ont peché en Adam: que Christ est le Redempteur Universel de [Page 87]peché, & Sauveur de tout le genre hu­main; & que pas un seul mot ne se trouve en faveur de l'exception qu'ils font pour la Vierge Marie, outre leur volontaires & souvent frivoles applications de quelques textes, dont les Autheurs n'eurent jamais dessein qu'ils deussent servir a telle fin. Tel­lement que tout ce qui est dit par Salomon de l'Espouse en ses Cantiques, de la sa­pience en ces Proverbs, &c. qui semble avoir quelque son ou cadence accordant a leur intention, est pris par eux pour un vray Oracle declarant la Conception imma­culée de la bien heureuse Vierge. Mais ce qui manque de force a leurs textes est sup­plée par l'art & par la force. Deux Ordres estants engagez en cette querelle de la Con­ception immaculé; l'un nombreux parmi le peuple, & violent a l'exciter a commettre outrage contre les maisons & les personnes de leurs Adversaires; l'autre puissant avec les Grands & les Prelats, & avec les Papes pour les engager tous en leur querelle. Ils obtiennent de terribles Excommunications contre ceux qui s'opposent a leur doctrine par parole, ou per escrit. Ordonnent que dans les Academies nul ne puisse obtenir de degré; dans les Eglises nul ne puisse pres­cher que ceux qui prosteront publique­ment pour l'immaculée conception, avec [Page 88]beaucoup d'autres violences dont on se sert pour extorquer telles Protestations. De la quelle sorte de Protestants combien y en a il qui protestent contre ce qu'en leurs coeurs ils croyent estre vray, Dieu le sca­it. Quant a moy je suis tardif a juger des pensées des hommes, nanmoins j'ose dire que si leur decisions touchant les autres points en controverse se conduisent de cet­te maniere, je ne suis pas obligé de les te­nir pour infalibles.

Que diray je de leurs cruelles Censures de leurs compagnons au Christianisme, qui ne sont point subjects au Pape de Rome, lesquels ils excluent avec le reste du genre humain hors de leur Communion de toute esperance de salut: en quoy non seulement ils s'opposent a la verité, mais aussi de­mentent leurs propres maximes; comme il a esté clairement monstré en un traité que je fus contraint d'ecrire. Il y a quelques an­nées, lors que ceste question m'ayant esté faite par quelques uns de la noblesse, sca­voir si un homme babtizé connoissant la priere dominicale, les dix Commande­ments & le symbole, selon quoy il tasohe­roit de vivre prest a croire tout ce qu'il entendra estre vraye fo [...] Catholique, non coupable d'aucune opiniastreté a mal croire aucun article de foy, scavoir dis je si un tel [Page 89]ne peut pas estre sauvé bien qu'il ne fust pas de la Communion de Rome? Je respon­di qu'ouy & qu'il estoit vrayment mem­bre de l'Eglise Catholique, quelque nom que le vulgaire luy peust donner. Et ay­ant entendu que j'estois censuré pour cette doctrine en absence, bien que personne ne me sist opposition en presence, j'escrivi un traité en Latin, ou je demonstray par evidents tesmoignages de l'Escriture, Con­ciles, Peres, Authorité des Theologiens, & declarations des Papes que la doctrine que j'avois delivrée estoit de la foy catho­lique & que le contraire estoit heresie, & blaspheme. Des copies de ce traité furent données a ceux de la plus grande authorité, & du plus grand scavoir du Clergé Romain dans le Royaume & sont parmi eux, il y a des ja 3 ou 4 ans, sans que personne ayt encore peu y faire voir aucune chose fausse ou mal fondé. Neanmoins tous conspire­rent contre la publication de cette doctrine comme estant prejudiciable a la cause Ro­maine. Parce qu'il sensuit de la que les Protestants peuvent estre Sauvez, & que plusieurs qu'on appelle heretiques ne se­royent pas tels en effect. A quoy je res­pondi que je trouvois de grandes commo­ditez es choses qu'ils me representoyent pour inconvenients. Car je desirois de [Page 90]tout mon coeur que tous hommes fussent sauvez, & que de tous ceux qu'on ap­pelle heretiques il ny en eust pas un qui fust tel. Et arive qui poura de ma Res­ponse, je ne scaurois respondre autre cho­se que verité, lors qu'on me fait une que­stion. Je reparti aux pleintes qu'ils me fi­rent de cela par les paroles de Job. Job. 13.7. Vous faut il proferer perversité en faveur de Dieu, & proferer quelque fraude pour luy? ou comme il est au texte latin, Numquid Deus indiget vestro mendacio, ut pro illo lo­quamini dolos? Dieu a il besoin de vos menteries, & que vos usiez de fraude en sa cause? Non pour certain, & ainsi je con­clu que ce nestoit pas la cause de Dieu ou le bien des ames pour lequel ils avoyent un si grand zele, mas la grandeur de la Cout Romaine, & avec elle leurs propres inte­rests, laquelle je ne voulois pas advancer en disant des mensonges, ou en celant la verité, qu'ils se flatent l'un l'autre par telles complaisances comme ces hahuants & Syrenes qu'Esaye represent se respondre les uns aux autres dans les masures des maisons de Babilon. Respondebant ibi ulu­la in aedibus ejus,Esaye 13.22.& syrenes in delubris vo­luptatis. Les odieux oiseaux de nuit, & les desbordées syrences entretiennent cor­respondence dans Babilon, mais les enfans [Page 91]de lumiere, & les amateurs de verité ne presteront point l'oreille a leurs charmes, & ne se laisseront point enporter a leurs tromperies.

Ils trompent les simples en disant que les Protestants avouent que les Papistes peuvent estre Sauvez, mais que les Papistes n'avou­ent pas que les Protestants peuvent estre Sauvez, & de la concluent que les deux partis approuvants la Religion Papiste pour une voye seure a salut, elle doit estre esti­mée pour la plus asseurée. Mais ni en l'un. ni en l'autre ils ne disent pas vray, Car il ny a point de docte Protestant qui recon­noisse la Religion Papiste en general, & a parler absolument pour estre une voye seure a salut. Car ils accordent tous en ce­cy que plusieurs de leurs doctrines, & de leur pratiques ne peuvent consister avec le salut, bien que peut estre l'ignorance pou­roit excuser plusieurs du simple peuple, ma­is non pas ceux qui connoissent, ou qui par soin & recherche peuvent connoistre leur erreur. De l'autre coste tous les doctes de l'Eglise Romaine enseignent, que tous Protestants baptisez, & croyants les com­muns principes de la Religion Chrestienne, non convaincus d'aucun erreur contre la foy Catholique, mais se persuadants qu'ils suivent a la verité, ne sont point heretiques [Page 92]mais membres de l'Eglise Catholique; & ainsi taschants de servir Dieu selon les reg­les de leur croyance, peuvent estre sauvez, comme a este dit cy devant. Et cest un point de grande temerité & manque de charité Chrestienne de juger d'aucune per­sonne en particulier, sans un fondement certain qu'il ne vit pas avec telle sincerité desprit & de croyance qu'il est au droit chemin. Telles presomptueuses censures sont injurieuses a la bonté de Dieu, & trou­blent le repos humain. Car certainement si par le moyen des divers temperaments, capacitez, educations & inevitables preju­gez par lesquels les esprits des hommes sont diversement formez & façonnez ils em­brassent diverses opinions quelques unes desquelles son erronées de dire que Dieu les damnera a cause de tels erreurs bien qu'ils soyent amateurs de verité, & desireux de le servir, Cest desrober a l'homme sa con­solation, & a Dieu sa bonté. Et en cette temeraire procedure le commun du parti Romain est par dessus tous les hommes pre­sompteux & malin. Et les scavants d'entre eux qui favorisent & ne repriment pas leur malice en ce point ont juste raison de crain­dre le desplaisir de Dieu, & que Christ ne les renconnoistra pas pour ses Sectateurs, puis qu'ils manquent de charité qui est la [Page 93]principalle marque qu'il donne de ses dis­ciples disant par cecy connoistra on que vous estes mes disiples, Jean 13 3. si vous vous ai­mex l'un l'autre.

A cecy j'adjousteray la grande tirannie & cruauté qu'ils exercent vers les Ames en la pratique de la Confession, d'un costé ils en augmentent la rigueur par des addi­tions de severité, obligeants les person­nes a des expressions si menuës des plus odi­euses circumstances des secretes pensées & actions, qui la rendent la plus pesante de tous les devoirs Chrestiens, & d'autre co­sté ils apportent tant d'obstacles a son exe­cution par la reservation de certains cas qui ne peuvent point estre absous que par per­sonne determinée, que cela cause aux ames des perplexitez lamentables, & des pro­cedures contre les mouvements de leur Consciences, qu'elle cruauté est encore augmentée en plusieurs lieux par la sordide a varice de leurs Pasteurs, qui font croire aux pauvres ames quelles ne se doivent point confesser a d'autres qu'a leurs Curez, & refusent d'ouir leurs Confessions sans argent. Je ne seray pas si injusté a l'Egli­se Romaine de charger tout le corps de ce dernier abus ven que ce nest la faute que de quelque membres corrompus, je ne suis pas si malicieux envers elle que de [Page 94]jetter sur sa face l'ordure de ses pieds; j'a­merois mieux si je pouvois la lauer de tou­tes ses taches, avec le sang de mon coeur. Mais ses pieds mesmes sont si eslevez, & si mal endurants de correction que lors que j'ay tasché de reformer ce abus en leur remonstrant les Decrets des Conciles & des Papes faits a l'encontre, & leur repre­sentant la perte des ames qui s'en ensui­vroit, je n'ay recue pour fruit de mes la­beurs que haine & rancoeùr pour avoir pretendu de guerir cette maladie. Ce que joint avec plusieurs autres experiences de leurs langueurs trouvées incurables & con­tagieuses je me suis en fin resolu a cette Conclusion. Jeresn. 61.9. Nous voudrions avoir gueri Babilon, mais elle nest point gueri la­isse la la.

Mais toy Pere de misericorde Seig­neur tout puissant, a la puissance duquel toutes creatures sont subjectes, qui peus avec mords & freins retenir ceux qui ne veulent point approcher de toy, n'aban­donne pas cette Eglise la, ny aucune au­tre assemblée d'hommes rachetez par le precieux sang de ton fils Jesus; vueille les illuminer tous par les glorieux rayons de ta celeste lumiere, & les ranger par les puissans liens de ta grace a une par­faite [Page 95]union en verité & charité, pour te servir & louer deuëment en cette vie, & pour estre joints ensemble en ta gloire, en vie eternelle; Amen.

FINIS.

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