Quand donc vous verrez l'abomination de la desolation, qui est dite par Daniel le Prophete, estre establie au lieu Saint (qui lit l'entende.) Adone, ceux qui seront en Judée senfuient aux montagnes. Et que celuy qui sera sur la maison, &c.
EN toutes occasions j'estime que c'est le devoir d'un Predicateur, de chercher diligenment le vray & propre sens de la parolle de Dieu, qu'il entreprend d'expliquer, asin que fondant la dessus son discours, plustost que sur son imagination particuliere, il puisse avoir plus de poids pour le bien des ames: mais lors que le texte mesme nous advertit de ce devoir, & nous exorte a le bien entendre, comme le nostre fait a present, en ces [Page 2]mots, qui lit l'entende, alors certainement nous sommes obligez d'une façon plus particuliere a en chercher soigneusement le sens. Ce que j'ay tasché de faire. Et ay trouvé trois diverses opinions entre les anciens & modernes touchant l'abomination de la desolation establie au lieu saint, mentionée en nostre texte. La premiere opinion suivie par St. Jerome est, que par cette abomination de desolation, on peut entendre l'image de Caesar, laquelle Pilate erigea au Temple de Jerusalem, ou la statue de l'Empereur Adrian, laquelle il affirme demeura debout au lieu le plus sacré du Temple, au lieu tres saint, jusqu'a son temps. Ce qui estoit au peuple de Dieu une chose tres-abominable, & qui rendoit le Temple desolé, & vuide des louanges divines: les fidelles abandonnants la Cité & le Temple, afin qu'ils ne fussent participants de l'idolatrie profane qui s'y pratiquoit, comme nostre Seigneur conseille és parolles de nostre texte. La seconde opinion suivie par des interpretes fort scavants, & attribué a St. Chrysostome est, que par cette Abomination est entendue l'ar mée Romaine sous Titus, lors quelle vint assieger Jerusalem, & quelle estoit preste de remplir la ville de ses estendars qui portoyent l'image de Caesar, & de son [Page 3]Aigle, ce qui aux Juifs estoit abominable & prophane.
La troisieme opinion suivie par la Glose interlinaire est, que les parolles susdites de nostre texte, ont esgard au temps de l'Antichrist, 2 Thes. 2.3. Dan. 11.16. 2 Thes. 2.4. quand l'homme de peché sera revelé qui s'exaltera & magnifiera par dessus tout Dieu, & qui s'oppose & exalte par dessus tout ce qui est nommé Dieu, comme le dit St. Paul, lequel lors qu'il apparoistra, nostre Seigneur exorte les fidelles de fuir le lieu ou ils le verront prevaloir. Toutes ces trois opinions bien que differentes en parolles, tendent pourtant a un mesme but; pour nostre instruction spirituelle, & contribueront a bien fonder le point que j'ay dessein a cette fin de tirer de nostre texte. Les parolles suivantes de nostre texte expriment, la haste & la diligence avec la quelle nostre Sauveur veut que les fidelles evitent la place infectée de ce mal. Gerson Tract. in Magnif. p. 97. Les maisons de la Judée avoyent communement le toict plat pour marcher dessus, ainsi que dit Gerson, or celuy a qui il arriveroit de'stre sur le toict, nostre Seigneur luy conseille de n'attendre pas pour descendre par le chemin ordinaire, ny pour mettre per ordre les affaires de sa maison, & a celuy qui seroit aux champs de ne retourner point pour emporter ses habillements, mais [Page 4]de haster sa fuite avec toute la dilligence possible puis qu'il vaut mieux perdre tout, que de perdre son ame.
Nostre texte estant ainsi expliqué, le premier point du discours que j'y fonderay, ser a pour justifier le Conseil de nostre Sauveur. Que si nous voiyons aucune de ces trois abominations declarée per ces trois Opinions susmentionées, Idolatrie, Prophane violence, ou impieté Antichristienne prevaloir en quelque Eglise ou Congregation, nous ayons a l'eviter en toute dilligence, sans nous arrester a des ceremonies ou complaisances humaines, ny a la perte de nostre honneur ou interest mondain. Le second sera, pour declarer que j'ay apperceu (& les moyens par lesquels je suis venu à appercevoir) toutes ces trois sortes d'abominations pratiquées en l'esglise Romaine. Le troisieme, contiendra, la Conclusion de ces premisses, ascavoir, que la resolution que j'ay prise de me retirer promptement de la communion de cette eglise la, apres avoir este convaincu, que telles corruptions y regnoyent, estoit Juste, & Necessaire; & partant ne merite pas un si grand scandale, ny une telle offence come la pluspart de ceux qui estoyent mes freres en ont pris.
Premier Point.
Comme il est evident que le ciel vaut mieux qu'un morceau de terre, la gloire eternelle que la courte joye de cette miserable vie mortelle, la grace & la faveur de Dieu que celle des hommes, autant est evident le premier point de nostre Discours, & n'a point besoin de longue preuve. çavoir, que si nous voyons une Eglise infecrée de corruptions incompatibles, avec le vray service de Dieu, nous la devons quitter en toute dilligence, sans avoir esgard au desplaisir des hommes, ny a aucun interest terrestre. Mais pourquoy est ce que nostre Seígneur presse ainsi ses disciples de quitter les plaisirs de Jerusalem, & les champs fertilles de la Judée, pour s'enfuir aux sterilles montagnes? Ne pouvoit on pas attendre de leur foy constante & piété ardente, cultivées en l'escholle de Christ, enricheés de la rosée celeste, de la saine doctrine decoulante sur eux tous les jours de ses levres divines, qu'au milieu de l'idolatrie, & prophaneté des Romains ils pouroyent se conserver purs & sans tache, comme le poisson en la mer qui ne se sent point de sa saleure? Mais qui plus est, ne pouvoit on pas attendre que per leur doctrine & l'exemple de leur Sainte vie, les [Page 6]playes de Jerusalem eussent peu se guerir, & ses habitants estre amenez a une meilleure vie? Non, il ny avoit point d'esperance de leur amendement, parce que leurs coeurs estoyent endurcis comme celui de Pharao, & leur maladie estoit incurable, qui s'accroissoit par les remedes mesmes: leurs estomacs estoyent si corrumpus, qu'ils change oyent la plus saine nouriture en poison, leurs esprits estoyent si pervers qu'ils abhorroyent leur guerison, & mettoyent a mort leurs medecins: ainsi le declare d'eux nostre Sauveur au chapitre qui pr [...]cede celuy de nostre texte, le 23. de St. Matthieu leur represente, que leurs peres devant eux avoyent ainsi fait, qu'eux mesmes faisoyent ainsi presentement, & le feroyent encores a l'advenir les piteuses parolles de nostre Sauveur sur ce subject sont remarquables. Malheur sur vous Scribes & Pharisiens hipocrites. Vous estes tesmoins contre vous mesmes que vous estes enfans des meurtriers des prophetes. Mat. 22.29.31.32.39. Vous donques aussi achevez de remplir la mesure de vos peres. Voicy je vous envoye des prophetes & des Sages, & des Scribes & vous en tuerez & en crucifierez, & en foveterez en vos Synagogues, & les poursuivrez de ville en ville. Afin que vienne sur vous tout le sang juste qui a esté repandu en la [Page 7]terre, &c. Le peuple de Jerusalem estant ainsi abandonné a une opiniatreté reprouvée, quelle esperance pouvoyent a voir les disciples du Seigneur des les guerir?
Ils ne pouvoyent pas non plus esperer avec prudence d'estre saufs eux mesmes en une corruption si grande & si generalle. Esaye croyoit, que c'estoit la mesme chose de viure en compagnie corrumpuë, Es. 6. v. 5. & d'estre corrompu soy mesme. Malheur fur moy (dit il) car je suis perdu, parce que je suis homme de levres souillées, & je demeure au milieu d'un peuple de levres souillées. Surquoy St. Jerosme dit, que sa premiere partie du texte estoit une declaration de la derniere, & que de dire qu'il vivoit avec un peuple de levres pollues, estoit autant que de dire, qu'il estoit lui mesmes pollu de levres. St. Hieron. Ep. 1. ad Damasc. Hoc in peccati & miseriae parte ducit propheta, habitans in medio populi, polluta labia habentis. Tant est puissante l'influence des mauvaises compagnies, que les meilleurs hommes sont en danger d'en estre tachez, & mesmes corrum us. Il semble mesmes, que les Anges ne sont pas en sureté de la contagion d'un tel voisinage. Au premier Chap. de la Genese il est dit, Gen. 1. Rupert l. 1. in Gen. c. 13. que Dieu separa la lumiere des tenebres: par lesquelles parolles Rupert entend, que Dieu separa les bons Anges d'avec les mauvais, [Page 8]& cherchant plus outre, quelle pouvoit estre la cause de cette separation, il respond, que c'estoit de peur que les bons anges ne fussent pervertis par la compagnie des manvais, Coment? Les anges sont ils subjects a un tel changement? Ne leur est il pas naturel d'avoir la liberté en leur premier chois, St. Tho. 1. Par. q. 64. art. 2. mas cela estant fait, de demeurer immuables au parti qu'ils ont une fois embrassé? ainsi enseignent communement les Theologiens aux Escholles, mais telle est la force des mauvaises compagnies qu elle fait que les Anges mesmes oublient leur naturel, & se pervertissent avec les pervers. Nous avons une autre belle apparence de cette verité au 10. ch. de St. Luk. v. 18. ou nostre Sauveur pour tesmoignage de sa divine puissance, dit qu'il regardoit Satan descendant du ciel comme un esclair. Et qui a-il de singulier en cela? les anges, & tout le monde ne voyoient ils pas la mesme chose? ouy dit Rupert, mais avec crainte & danger. Mais Christ le fils de Dieu voyoit seul ce spectacle avec seureté & assurance. Rupert l. de victoria verbi. Solus iste videbat securus sui: angeli autem viderunt in magno terrore positi. Tant fort & actif est le venin des mauvais exemples & compagnies scandaleuses, que mesmes ces purs esprits angeliques ne pouvoyent pas [Page 9]estre en seureté de leur contagion, selon l'opinion de se scavant Pere. Christ seul pouvoit voir sans danger la cheute malheureuse de Satan. Solus iste videbat securus sui. Ne vous fiez point en vostre vertu, & ne mettez point de consiance en vostre bon naturel. Mauvaise compagnie corromp la vertu, & pervertit le naturel. Cette fatalle contagieuse influence des compagnies, justifie la pratique des Nations, qui censurent les meurs des hommes, par la compagnie que leur agrée. Le proverbe Espagnol, rendu en François, dit. Dit moy avec qui tu converse, & je te diray quel tu es. Vous nobles qui avec soin de vostre reputation, & vous Chrestiens qui avez esgard a vostre bien & salut, prenez garde a quelle compagnie vous adherez. Cette doctrine estant si importante a toutes personnes, je la confermeray encores per le fameux-exemple de l'enfant prodigue couchée au 15 ch. de St. Luc. lequel ayant dissipé, son bien en vivant dissolument en pais estrange, il se mist avec un citoyen que l'enploya a paistre ses pourceaux, & il souhaitoit, de remplír son ventre des goustes que les pourceaux mangeoyent. Coment cela? Ce jeune homme si delicat que s'estoit degousté de la bonne chere de la maison de son pere, a envie a cette heure des goustes [Page 10]que les pourceaux mangeoyent. Est ce la une nouriture propre a l'homme, & a un tel homme que luy? Non, mais la compagnie des pourceaux luy fist despouiller son naturel, & se vestir du leur. Et estant revenu a soy mesme, ainsi suit le texte, quoy? s'etoit il laissé soy mesme? ouy dit Pierre Chrysologus. Chry. Ser. 2. A se migrat & transit in bestiam, vivant avec les bestes il se laissa soy mesme & devint beste. Voila l'effect ordinaire des mauvaises compagnies, de changer en leur propre condition le naturel, de ceux qui leur adherent. Presumer le contraire, est pretendre un miracle, & tempter Dieu. Ce seroit certes un miracle, & bien singulier, qu'un homme vescust en mauvaise compagnie, sans sy conformer. Nostre Seigneur pour confermer sa doctrine par un miracle indubitable contre l'opiniatreté des Juifs, qui condemnoyent comme sorcelleries ses autres oeuvres miraculeuses, prist des enfans innocents pour publier sa gloire au temple de Jerusalem, suivant ce que dit le prophete David au Ps. 8. Tu as accompli ta lovange par la bouche des petits enfants, & de ceux qui tettent. Ce miracle opera bien avant sur l'esprit des Juifs, & les conferma en la croyance des precedents, comme le recite St. Mathieu, quand les principaux Sacrificateurs & les [Page 11]Scribes eurent veu les merveilles qu'il faisoit, & les enfants criants au Temple, Hosanna au fils de David, ils en furent indignez. Qu'est ce qui leur faisoit plus prendre garde aux eloges innocents des enfants, qu'aux autres merveilles qu'il avoit faites? Euthimius glossant sur ce passage respond, qu'es autres occasions ils soubçonnoyent, que Christ n'eust esbloui leurs yeux par des apparences de choses feintes. Mais que leurs en fans essevez par eux mesmes, & vivants permi eux, publiassent hautement les Eloges d'un qu'ils voyoient tousjours condemné, & chargé de reproches par eux, estoit un miracle qu'ils ne pouvoyent contredire que ces oreilles la qui estoyent continuellement batuës de calomnies & oprobes contre Christ peussent entretenir quelque favorable opinion de luy, estoit une merveille que la malice, & l'envie mesmes ne pouvoyent soubçonner, tant il est estrange de n'agir pas selon l'humeur de la compagnie avec qui on vit. Une merveille passant toute merveille, telle est l'influence qu'a la mauvaise compagnie sur les esprits de ceux qui luy adherent! Et icy je conclus le premier point de mon discours, Combien justement nostre Sanveur es parolles de nostre texte exortoit serieusement ses disciples d'eviter les Abominations de [Page 12]Jerusalem, abandonnée a la corruption, & une opiniatreté reprouvée, afin qu ils n'en fussent point pervertis, & que s'il nous arive de voir aucune de de ces trois Abominations declarée per les trois opinions des interpretes recitees dans l'explication de nostre texte, c'est asçavoir Idolatrie, Cru, auté, ou Impieté, ou toutes les trois pratiquees en une Esglise ou Congregation, nous la devons eviter en toute promptitude & diligence. Je viens maintenant au second point de mon discours, ou je me suis proposé de declarer, Comment c'est que j'ay veu, & par quels moyens il a pleu a Dieu me fair voir, que ces trois Abominations sont generallement pratiquées en l'Esglise Romaine, en l'estat ou elle est a present; scavoir Idolatrie, en la maniere du Culte divin, Cruauté en la conduite des ames, & Impieté Antichristienne, en l'exaltation qu'ils font des hommes par dessus Dieu. Afin que ma separation de sa communion se puisse justifier comme n'estant autre chose qu'une vray obeissance au Conseil de Christ desclaré en nostre texte. Mais devant que d'entrer en ce point je prie mes judicieux auditeurs, de ne croire pas que je viens icy pour criailler & mesdire de ceux qui cy devant estoyent mes freres en la communion Romaine. Je ne les puis pas [Page 13]hair sans me hair moy mesme. Ma chair & mon sang, & mes plus chers amis estants parmi eux, je lamente leur erreur, en grande compassion. Je ne pourois pas en pieté abandoner la mere, des mammelles de laquelle jay sucé la croyance de Chrestien, si par ma sueur ou mes larmes je pouvois esperer de laver les taches que la corruption du temps a respandues sur sa face autrefois belle & glorieuse: mais voyant que sa malade paroissoit incurable & contagieuse, j'ay esté contraint de faire divorce. Des fautes mediocres n'en pouvoyent pas estre une juste cause, il faut qu'elles soyent griefues. Ce que je ne puis declarer sans les appeller per leur nom. C'est ce que nostre texte, & l'explication qui en a esté faite me met en la bouche pour juste cause d'une pareille separation, Idolatrie, Cruauté, & Impieté. Comment je suis venu a appercevoir que la pratique presente de l'Esglise Romaine est coupable de ces fautes; je tascheray de declarer avec la briefueté, & la sincerité que le devoir requiert, ayant a parler en un si illustre Auditoire.
La Providence de Dieu mayant mené en mes jeunes ans aux escholles les plus fameuses d'Espagne, & ayant ainsi disposé des choses, qu'apres y avoir fait mes Cours en Philosophie, & Theologie, je fusse employé [Page 14]plusieurs années a enseigner lesdites facultez l'exercise de ces sciences argumentatives, joint avec mon genie nullement propre pour l'eschole de Pythagoras (ou, Ipse dixit, estoit la regle, & ou la science estoit fondée sur le credit du Maistre) m'acquist l'habitude de demander raison pour la croyance des doctrines qu'on proposoit. Cecy assisté per la frequente lecture des Sainctes Escritures, des Peres, des Conciles, & des histoires de l'Esglise me fist douter de la verité de plusieurs dogmes introduits per l'usage ou l'authorité de l'Esglise Romaine, contraires ce me sembloit a la raison commune, & non garantis per le tesmoignage Divin, pour captiver mon entendement a leur croyance. De la verité des Sainctes Escritures, du symbole des Apostres, de celuy de Nice, & d'Athanase je ne doutay jamais, je reconnu en iceux le don de foy receu au Saincte Sacrament du Baptesme, & levant mon coeur & mes yeux au ciel je rendois graces a Dieu, pour ce grand benefit es parolles du Ps. 4. v. 6. Signatum est super nos lumen vultus tui Domine. Seigneur tu as fait lever sur nous, & inprimé en nos coeurs la lumiere de ton visage, sans laquelle certainement un esprit accoustumé a rechercher exactement la nature des choses, leurs constitutions [Page 15]essentielles, la proportion des causes avec leurs effects, & a mesurer per ces regles la credibilité des choses ne donneroit jamais un assent si libre & aisé aux misteres ineffables de la Trinité & Unité en la nature Divine, de l'incarnation, Resurrection, & Ascention de Christ nostre Sauveur, de la descente du Saint Esprit en langues de feu sur les Apostres, & d'autres mysteres contenus en la Saincte Escriture, & des Croyances. D'autre costé la reluctance que je trouvois en moy a assentir aux dogmes de l'Eglise Romaine contraires a d'autres congregations Chrestiennes me donnoit subject de soubçonner qu'ils n'estoyent pas fondez sur une institution divine. Mon esprit estoit tout renversé lors que je saisois reflexion sur la prodigieuse doctrine de la Transubstantiation seule capable d'espouvanter les hommes de raison de la communion Romaine, on nous y commande de croire que quand le prestre, prononce ces peu de mots Latins, Hoc est corpus meum, Cecy est mon corps, pensant a ce qu'il dit, la substance de tout le pain, qui est devant lui est destruite en un moment, & en sa place nostre Seigneur est mis personellement, & corporellement sous la figure de ce pain la. Une merveille, bien que journaliere, mais surpassant celle la, qui ariva [Page 16]au monde, lors que Dieu escoutant la voix de Josué fist arester le soleil & la lune, Josué 10.12. jusqu'a ce qu'il eust achevé sa victoire contre l'ennemi qui venoit attaquer Gabaon. Et pour supporter cette merveille un grand nombre d'autres fort estonnants y sont attachez. Come premie rement que ces accidents de Blanc & Rond demeurants subsistent sans aucune substance que les soustiennent chose contraire a leur nature, & a tout entendement humain. Secondement que les mesmes accidents estants convertis, ou en vermine per corruption, ou en chair & sang per nutrition en celui qui les mange, produisent une substance, ce qui est donner ce qu'ils nont pas, chose qui surpasse toute sorte de puissance. Tiercement qu'un corps de taille bien proportionée, comme celui de nostre Sauveur, glorieux dans le ciel descende icy bas, & se conforme a chaque oublie, & a chaque miette d'icelle, quelque petite quelle soit. En quatriesme lieu qu'il faille que ce corps soit couché, assis, ou debout, ou quoy que ce soit, qu'il soit en cent mille places tout a la fois. Tous ces monstres de miracles il nous faut avaller & d'avantage pour supporter ce mistere, en despit de toute raison au contraire, sans aucun pertinent texte de l'escriture pour ly fonder, (voire contre plusieurs textes, comme [Page 17]nous ferons voir cy apres,) & sans qu'aucune necessité nous y presse, ou pour verifier les paroles de nostre Sauveur en l'institution de ce Saincte Sacrement, ou pour en produire les effects. Non pour verifier les parolles, St. Jean 15. veu que nostre Sauveur dit en pareille teneur. Je suis le vray Sep sans aucun changement ou en sa personne, ou au Sep. 2 Cor. 12 27. Et Saint Paul dit de ses Corinthiens, vous estes le corps de Christ, sans entendre pourtant aucune conversion de substances. Non pour les effects du Sacrement, veu que Christ est capable de communiquer a celuy qui reçoit dignement le pain & le vin telles graces spirituelles qu'il luy plaist, sans aucun changement de substance es elements, comme es eaux du Baptesme il donne la Souveraine grace de regeneration, sans aucun changement en la substance de l'eau.
Une pareille repugnance je trouvay a croire leurs prodigieuses doctrines, du Purgatoire, des Indulgences, du Culte des Saints & des Images, & d'autre points controversez parmi eux. Mais j'estoufay mes doutes tandis que je fu en Espagne en partie craignant la severité de ce pais la en leurs procedeures contre ceux qui s'opposent a leur Doctrine; & en partie amusé par cette Supposition. Que l'Eglise & le [Page 18]Pape de Rome sont infalibles en leurs decrets, en matiere de foy, & qu'ainsi je pouvois me tenir seurement a leurs Declarations: & finallement persuadé par mes Catechistes, que c'estoit un peché mortel d'admetre voluntairement un seul doute en matiere de foy, joug terrible qui atteint jusques aux pensées du coeur, mais qui sert beaucoup a leur dessein, de contenir leurs peuples a tord, ou a droit. Par ces generalités icy j'appaisay en quelque sorte, mon esprit, tandis que je ne voyois personne qui voulust s'opposer serieusement a ces Dogmes, ny connoistre les arguments du contraire, autrement que per le raport des escrivains Romains, qui les façonnent en telle sorte qu'ils puissent mieux recevoir leurs coups. Car encore que par le moyen, de mon employ qui estoit d'enseigner les controverses en l'Université de Salamanque, durant quelques années j'avois une Licence de l'Inquisiteur general d'Espagne, de lire les livres deffendus, n'aumoins la deffense estoit si severe que je ne peu jamais avoir aucun des livres de leurs adversaires. Mais la Providence divine mayant amené en ce pais, je rencontray des personnes d'une excellente prudence, & de grande integrité, lesquels en disputes serieuses & serées me donnerent une autre lumiere, & [Page 19]une autre aide a trover la verité, le principal de tous fut le tres reverend pere en Dieu l'Archevesque de Cashel, lequel au sa venuë au siege ayant eu connoissance de moy, & prenant pitié de mes erreurs, me chercha diligenment, & m'ayant trouvé, avec un admirable zele & grande dexterité, conduites par une charité chrestienne mentreprit par des arguments solides de l'escriture saincte des Conciles, Peres & Histoires, & me sist voir plusieurs doctes autheurs qui representoyent les erreurs de l'Eglise Romaine en tous les points de controversie. A quoy je prestay l'oreille d'autant plus volontairement, que je voyois en tous ses discours une veine de charité & un zele pour l'union des Chrestiens, reconnoissent l'Eglise Romaine pour une partie de l'Eglise Catholique, bien que non l'Eglise Catholique, (comme ils parlent excluants de ce titre honorable les autres Congregations Chrestiennes,) il reveroit ce qu'il y avoit de bon en eux comme la croyance de l'Escriture, & des symboles Chrestiens, la pratique de Devotion, & de pieté, & rejettoit seulement la superstructure des pratiques erronées contraires a l'Institution de Christ, & au stile de l'Eglise primitive: & entretenoit une esperance charitable du salut de plusieurs d'entre eux qui vivoyent en [Page 20]simplicité de coeur, & en une innocente ignorance des erreurs ou ils avoyent esté nouris. Tout cela accordant avec mon genie & mes sentiments en esgards a toutes Congregations Chrestiennes produisit en mon esprit un respect singulier, & attention a ses raisons, aux quelles je respondi avec sincerité & liberté selon les principes esquels j'estois instruit, lors qu'il me manquoit un texte clair, ou une raison pressante, j'avois recours a l'infallibilité de l'Eglise comme a un Sanctuaire, qu'en choses qui surpassoyent nostre capacité il nous faloit captiver nostre entendement a l'obeissance de la foy, qui nous estoit proposée par l'Eglise de Dieu.
Pour mieux asseurer ce refuge, & pour l'avoir mieux a main, je dressay cette sorte de Demonstration, & la proposay a Monsieur l'Evesque. Que j'estois convaincu par naturelles evidences qu'il y avoit un Dieu d'une bonté infinie, sagesse, & puissance, que suivant ces divins attributs il estoit convenable qu'il fournist au genre humain des moyens necessaires pour parvenir au but de la beatitude eternelle, que suivant les oracles divins, revelez a tous Chrestiens, je croyois qu'il avoit envoyé son fils Jesus Christ en nature humaine a cette fin, & pour monstrer par son exemple, & par [Page 21]sa doctrine une voye certaine a la beatitude eternelle. Et ayant pourveu non seulement pour le ciecle auquel il vivoit, mais aussi pour les futurs, il laissa sur la terre une Eglise fournie de loix convenables pour une telle sin. Et comme ainsi soit qu'il eust predit lui mesme, qu'au temps advenir il ses leveroit des Heresies, & des controverses, (comme le porte la nature humaine) il convenoit asa sagesse & bonté d'appointer un juge visible revestu de l'assistance infalible du Saint Esprit pour determiner toutes controverses emergentes. Lequel Juge ne pouvoit estre autre que le Pape de Rome, successeur de Saint Pierre, aux determinations duquel par consequent nous devions nous arrester, & ainsi appaiser nos Esprits.
La premiere partie de cette demonstration fut benignement recuë par ce Reveverend Pere, comme estant rationnelle & fondée sur des maximes Chrestiennes n'ayant rien de contraire a la pieté: mais estant venu a la derniere proposition; Qu'il estoit de la sagesse & bonté de Christ d'establir sur la terre un Juge Visible & Infallible pour la decision des Controverses, il repliqua doucement. Que nous devions proceder avec beaucoup de caution, lors que nous entreprenions de censurer la sagesse [Page 22]& bonté de Dieu, si cecy ou cela qui nous semble expedient dans le gouvernement du monde ne se fait. Car qui pretendra de connoistre la profondeur de la sagesse & de la connoissance de Dieu, Rom. 11.33. de sonder ses judgements, & de trouver ses voyes.
Cet advertissement si raisonnable prist profonde racine en mon coeur, tousjours alteré de raison, & ouvert a la recevoir. Et la modestie de celuy qui me le donna, ne diminua nullement de son poids, mais plustost l'augmenta. Ce fut veritablement la le premier choc qui me toucha au vif, qui frapa sur la vraye racine de cet ouvrage d'Infallibilité sur lequel je m'apuiois. Ensuite de cela, faisant reflection en nos solitudes sur cette matiere la, j'aperceu la foiblesse du fondement sur lequel je batissois. Je vi qu'en la mesme façon on pouvoit dire qu'il apartient a la bonté, sagesse, & puissance de Dieu, de ne permettre pas que sa Sainte loy soit transgressée per de viles creatures, & sa Souveraine Majesté offensée par de contemptible vermisseaux. Ny que les Pastures des ames, (speciallement le Pape de Rome reputé un Vice Dieu sur la terre) tombent dans l'erreur, & scandalizent le peuple par leur mauvaise vie. Mais helas! il est trop notoire qu'il [Page 23]permet tout cecy, vacillerons nous done dans l'opinion de sa bonté, de sa puissance & de sa sagesse? Ainsi n'avienne. Pourquoy donc penserons nous que ce soit un defaut en sa providence ou bonté, si outre les Sainctes Escritures qu'abondent en toute lumiere & celeste doctrine, a ceux qui ne sont pas volontairement aveugles, il n'appointoit pas quelque Juge Visible & Universel pour nous diriger? St. 2 Tim. 3.16.17. Paul disant que les Sainctes escritures sont capables de nous rendre sages a salut, afin que l'homme de Dieu soit parfait, & entierement accompli a toute bonne oeuvre.
Ce fondement la qui pretend la necessité d'un Juge visible, universel, & infallible estant ainsi affoibli, j'a proceday a examiner quelle droit le Pape ou l'Eglise de Rome pouvoyent pretendre a une telle Infalibilité, le support de toute leur incroyable doctrine. Et premierement l'inconstance seule de leurs pretentions a ce privilege, & la grande discordance de leurs autheurs qui l'afferment me fut une forte raison a douter de la verite de tout, & un argument concluant, Vide Bel. l. 4. de Rom. Pon. c. 2. qu'ils ne scauroyent estre asseurez de l'avoir. Car quelques uns veulent que ce soit le Pape seul, comme Pape, ou enseignant de la chaire, qui ait cette infalibilité de Doctrine. D'autres ne luy veulent [Page 24]pas ottroyer, si ne cest en conjonction avec le Concile ou general, ou particulier des Cardinaux, & Theologiens. D'auters luy attribuent seulement en un Concile general. D'autres ne luy attribuent ny separement ny conjointement, & ne reconnoissent que l'Eglise universelle pour Infalible. Et finallement d'autres des plus scavants afferment que mesme l'Eglise Universelle est capable de quelque erreur materiel par ignorance probable, St. Thom. Turre Cremata. bien que non d'un formel & heretique. Alphonsus a Castro apud Can. l. 4. de locis c. 4. conclu. 2. Ce qui est en effect n'otroyer a l'Eglise non plus d'Infalibilité que n'en a Origene, Tertulien, ou quelque autre particulier fidelle Chrestien, qui est subject a errer; quelle opinion si elle s'estend jusques la que de faire l'Eglise Universelle falible en points essentiels a salut, est fausse. Et sur une si grande incertitude de leur Infallibilité ils veulent que nous edifions une certaine infalible croyance de tout ce qui leur plaist nous enseigner. Ce qui est bastir une maison incapable de tomber sur un fondement de sable & ruineux.
Or quant au fondement de cette pretendue Infalibilté, quel est leur garand? l'Escriture Saincte disent ils, car qui est ce qui peut donner un tel privilege, que Dieu? Et quel garand ont ils pour croire que l'Escriture qui dit ainsi, est Divine & infalible? [Page 25]Le tesmoignage infalible de l'Eglise disent ils encore, leur Eglise Romaine ils entendent. Ainsi ils croyent que l'Escriture est infalible, parce que l'Eglise Romaine le testifie, & que l'Eglise Romaine est infalible parce que l'Escriture le tesmoigne; qui est un cercle dans le raisonnement, que les logiciens mespriseroient dans leurs escholes. Icy l'eschapatoire de Becan ne luy servira de rien. Qu'ils ont a faire a des Chrestiens qui croyent l'Escriture, Car nul Chrestien que celuy qu'ils ont aveuglé ne scauroit croire qu'il y ayt aucune escriture qui favorise leur opinion en ce point, a moins que de la rogner ou corrompre pour la faire servir a leur dessein. Pour exemple, leur principal appui de cette Infalibilité est tiré du 14. Chapitre de Saint Jean. Jean 14.10. Je prieray le Pere, & il vous donnera un autre Consolateur, demeurer pour avec vous a jamais, scavoir l'Esprit de Verité. Leurs disciples, qui d'ordinaire ne connoissent point d'avantage de l'Escriture que ce qu'il leur plaist leur faire voir pour leurs desseins, peuvent croire que ce texte icy est fort pertinent a leur dessein, mais quicunque voudra prendre la liberté de lire le texte devant & apres, trouvera bien tost que ce texte icy destruit tout leur dessein, & leur oste toute certitude de l'assistance du [Page 26]Saint Esprit a rendre leurs Decrets infalibles, le texte reduit a son entier dit ainsi en leur propre Bible; si vous m'aimez gardez mes commendements; & je demanderay a mon Pere, Mundus, id est remanens amator cum mundi, quo nunquam est amo Dei. Glos. interl. Non habent spirituales oculos quibus spiritum sanctum videant mundi amatores. Glossa ordinaier. & il vous donnera un autre Paraclete pour demeurer avec vous a jamais, a scavoit l'Esprit de verité, lequel le monde ne peut recevoir. Par les premieres pa rolles vous pouvez voir que c'est icy une promesse conditionnelle, limitée a ceux qui aiment Dieu & gardent ses commandements: & par les dernieres parolles vous voyez que les hommes mondains & pecheurs sont expressement exclus de la gracieuse assistance de l'Esprit de verité. Pour donc estre asseuré que le Pape & son Concile ont l'assistance de l'Esprit de verité, il faut estre asseuré qu'ils aiment Dieu, & gardent ses commandements. Mais de cecy nous ne pouvons avoir asseurance, veu que leurs histoires nous recitent, & que le monde connoist leurs vices enormes.
Ce qu'ils alleguent de St. Paul escrivant a Timothée que l'Eglise est la colomne & appuy de verité nous le recevons franchement, comme deu a l'Eglise Universelle & non a aucune particuliere, moins encores a une qui se trouve coupable de tant & de si grands erreurs, telle qu'est l'Eglise [Page 27]de Rome: l'ambition de laquelle a s'approprier toutes les louanges donées a l'Eglise Universelle n'est pas moins blasmable, que si les Scribes & Pharisiens eussent attribué a leur synagogue lors qu'ils persecutoyent nostre Sauveur toutes les louanges données a Moyse & Aaron. Ny a il pas dequoy s'estonner que leur grand champion le Cardinal Bellarmin amene pour preuve de l'Infalibité du Pape, Bellar. de Sum. Pont l. 4. c. 2. que Dieu avoit commandé en l'Ancienne Loy de mettre deux mots hebrieux, ou deux pierres signifiant Doctrine & Verité, Exod. 20. au Pe [...]oral du grand Sacrificateur. Quoi donc? voulez vous inferer de la une plus grande Infalibilité au Pape, qu'en ces grands Sacrificateurs que vous amenez pour exemple? les voulez vous faire tous Infalibles? mesme Caiphe? Pour parler serieusement, je croyrois que ces mots ainsi inserez servoyent d'advertissement an grand Sacrificateur d'exercer Doctrine, & Verité, comme bien seantes a sa place. Le mesme advertissement je voudrois que le Pape eust, & qu'il fist tousjours conformement. C'est la tout ce qu'on peut tirer de ce texte, & de tel poids sont tous les autres textes qu'ils apportent pour preuve de cette Infallibilité pretenduë, sur laquelle toute nostre croyance doit estre bastie. [Page 28]Ce grand fondement de l'Eglise Romaine estant ainsi affoibli, je commencay avec plus de liberté a souder & examiner exactement les mysteres, & les dogmes des deux partis, des Protestants & des Romains. Et pour cet effect si je n'eusse eu autre connoissance de la cause des Protestants que celle qui nous est donnée par les escrivains & informateurs Papistes (comme pour un long temps je n'en eu point d'autres) j'aurois esté pour jamais empesché d'y adherer. Icy je remarquay un grand defaut de sincerité en la procedeures des Romanistes, qui pour rendre leurs adversaires odieux, amassent des escrits de quelques personnes particulieres un tas de doctrines extravagantes, aux quelles ils adjoustent les foiblesses humaines de leurs vies, (vrayes ou fausses je n'examine point a present) mais qui pour certain sont telles que tout sage & modeste Protestant abhorreroit aussi bien qu'eux. Et qui voudroit les repayer en mesme monoye on le pouroit faire tres abondenment per leur propre bouche mesme. Car deux certaines familles ou ordres parmi eux, estimées les plus graves & scavants de tous (mais fort contraires en doctrine) passant de la gravité des disputes Scholastiques a des libelles diffamatoires, ont depuis peu publié [Page 29]des doctrines si damnables, & des vices si hideux les uns des autres qu'il ny a coeur humain, & moins encore Chrestien, qui ne tremblast de les ouir; mais afin de ne pas jouiller ce lieu sacré, vos oreilles ou ma bouche je ne les reciteray pas maintenant, mais j'ay creu qu'il estoit a propos de leur faire entendre que cette vilaine arme & mortelle qu'ils ont forgée contre eux mesmes est toute preste, si nostre juste defence trouve qu'il soit necessaire de la tirer. Mais sans une telle necessité je croy qu'il n'est pas bien seant a un Predicateur Evangelique de remur cette ordeur. Et veritablement ce n'est pas une voye bien efficace a engager des esprits serieux en une affaire de telle consequence, estant certain qu'en toutes Congregations d'hommes, il y a des defauts en quelque personnes particulieres. Puis donc qu'il nous faut agir comme il appartient a gens d'entendement serieux & solide, la vraye voye, & la plus propre est d'examiner ces dogmes la, esquels chaque parti accorde generallement par un public & uniforme consentement. Ce que j'ay fait, & pour commencer per l'Eglise d'Angleterre je trouve que les personnes eminentes d'icelle affirment par un consentement uniforme, tant per escrit que [Page 30]par parolle, que la parolle de Dieu contenuë es Sainctes escritures Canoniques est la somme de leur foy, & de leur religion, outre laquelle, & les indubitables consequences, qu'on en peut clairement tirer ils ne demandent point qu'on croye aucune chose, comme matiere de foy. Quelle regle peut on imaginer, plus sacrée & plus excellente que celle cy, pour l'instruction des hommes en la foy & aux bonnes moeurs? Si l'infallibilité, ou l'antiquité vous plaist, qui a il plus infallible ou ancien que la parolle eternelle de Dieu? Si la Saincteté & la Sagesse, que peut on imaginer de plus sainct & de plus sage que les Conseils de Christ nostre Sauveur, les Sentences des Saints Prophetes & Apostres? Si le lustre les miracles, qui a il de plus admirable, & de plus certain que ceux que nostre Sauveur, ses Prophetes & Apostres ont fait pour confirmer leur doctrine? Si l'universalité tous vrais Chrestiens d'un commun accord embrassent & honorent l'Escriture Canomque.
Quant a l'Eglise Romaine, je reduiray ses dogmes contraires a la Protestante, a ces divers chefs pour les mieux considerer. Premierement l'Infallibilité & Primauté du Pape. Secondement le mystere de la transubstantiation. 3. L'Adoration des Images. [Page 31]4. La Priere aux Saints, & aux Anges. 5. La moitié de la Communion refusée aux gens laics. 6. L'usage des Indulgences, & la Doctrine du Purgatoire. 7. La celebration du public service divin en un language generallement inconnu au peuple, & la deffence au commun de lire les Sainctes escritures.
L'Infallibillite du Pape.
Quant au premier, nous avons desja desclaré combien mal fondée est leur pretension a Infallibilité; il reste maintenant a monstrer quel haineux crime c'est de l'attribuer au Pape, ou a son Concile; St. Tho. 22. q. 13. Art. 3. Laiman l. 4. tr. 10. c. 6. 1. P. Q. 16. Art. 18.30. leurs propres Theologiens sont d'accord avec St. Thomas, que de tous les pechez, le Blaspheme est le plus grand, les mesmes Theologiens sont aussi d'accord en cecy. Que cest Blaspheme d'attribuer a aucune creature ce qui est propre a Dieu. Veu donc que les Attributs de Dieu ne sont point distincts de luy mesme, qui en attribuë un a la Creature, la fait Dieu. Or que l'Infallabilité soit un des principaux attributs de Dieu incommunicable a la Creature, le mesme St. Thomas l'enseigne expressement, 1 P. Q. 16 Art. 8. fondant son opinion sur ces parolles du Ps. 11. v. 1. selon la translation latine, Quoniam [Page 32]diminutae sunt veritates a filiis hominum, que les veritez sont diminuces d'entre les fils des hommes, a quoy s'accorde la translation Angloise du mesme texte. Que les fidelles cessent entre les fils des hommes, mais le Ps. 115. declare plus absolument que tous hommes sont menteurs. Partant les Romanistes attribuants Infallibilité de Doctrine a leur Pape, sont coupables de Blaspheme le plus odiux de tous les crimes: Ce qui est clairement prouvé des premisses de leur propre Theologie.
Cet enorme blaspheme d'esgaller le Pape a Dieu en son attribut d'Infallibilité, est eslevé a un plus haut degré quand ils le font Juge Supreme, & Arbitre absolu de la loy de Dieu, & de Saincte Escriture: en sorte que pour la croyance & pratique de toutes choses il faut en demeurer a sa Declaration. Bellar. l. 4. de Rom. Pont. c. 5. Et cecy en tel degré que Bellarmin ne fait point de difficulté de dire, que si le Pape commande les vices & deffend les vertus, l'Eglise est obligée de croire que le Vice est bon, & la Vertu mauvaise. Et le Concile de Constance commande expressement que les Decrets du Pape soyent preferez aux institutions de Christ: veu que confessant que nostre Sauveur a ordonné de donner au peuple fidelle la Sancte Communion sous les deux especes, Concil. de Const. Sess. 13. & que [Page 33]les Apostres, & l'Eglise primitive le pratiquoyent ainsi, n'anmoins ils commandent qu'a l'advenir elle ne soit point donnée aux Laics que sous une espece, n'aleguants pour cela aucune raison sinon que les Papes precedents, & l'Esglise qu'ils gouvernoyent l'avoit ainsi pratiqué, quoy qu'au contraire de la pratique de Christ, & de ses Apostres. En quoy ils exaltent le Pape au dessus de Dieu mesme au gouvernement du genre humain. Si les loix d'Angleterre ne se devoyent point entendre ny pratiquer en Irlande, autrement que suivant la volonté & declaration du Roy de France, certainement le Roy de France seroit estimé avoir plus de pouvoir & authorité au gouvernement d'Irlande, que le Roy d'Angleterre, & le peuple luy seroit plus subject. De mesme si la loy de Dieu doit estre mesurée par la volonté & declaration du Pape, certainement le Pape est par dessus Dieu au gouvernement des hommes. Qui croiroit qu'aucun Chrestien fust si presomptueux que de dire que cest un plus grand peché de une des loix ecclesiastiques du Pape que de transgresser la loy de Dieu, Coster. c. 15. Enchiridii prop. 9. neanmoins Costerus un des principaux defenseurs de la Doctrine Romaine ne fait point de difficulté d'en dire autant, quand il affirme resolument que cest un plus grand peché [Page 34]a un Prestre de se marier que de commettre paillardise ou garder une Concubine en sa maison, le plus grand peché a son advis restant, que la transgression d'une des loix du Pape, & l'autre qu'il estime leger, la transgression de la loy de Dieu exprimée en son divin Decalogue. Quelles oreilles de Chrestien peuvent endurer d'ouir des blasphemes si execrables? S'estonneront ils maintenant qu'on taxe le Pape de ceste Impieté Antichristienne declarée par Daniel le Prophete, Dan. 11.36. 2 Thes. 2.4. & par le St. Paul, qui s'oppose & exalte par dessus tout ce qui est nommé Dieu? icy vous voyez que l'Eglise Romaine est coupable de cette Abomination, mentionnée en nostre texte, d'exalter l'homme au dessus de Dieu.
Le Primauté du Pape.
A cette enormité de voler Dieu de ses prerogatives ils enjoygnent un autre pat lequel ils font le Pape chef Soverain, & Maistre de tous Chrestiens; non seulement en choses spirituelles, mais aussi en affaires temporelles, avec puissance de deposer les Rois, & d'exciter leurs Subjects a se rebeller contre eux; quand ils n'obeissent pas a sa volonté, Comme il fut declaré au Concile de Lateran sous Innocent 3. en ces terrible mots, si un Seigneur temporel adverti [Page 35]par l'Eglise neglige de repurger son pais d'heresie qu'il soit excommunie par le Metropolitain; & si dans un an il ne donne satisfaction, qu'on le signifie au Pape, afin que de la en advant il declare ses subjects absous de l'obeissance qu'ils luy doivent, & expose ses terres aux Catholiques pour s'ensaisir. Et ainsi sut fait au Roy Jean d'Angleterre par le mesme Pape Innocent III. comme il est raporté par Polid. Virg. a l'Empereur Henry IV. par Greg. IV. a Frederic II. par Innocent IV. & a divers autres Princes Chrestiens, comme le raporte Suarez, qui de ce que les Papes ont ainsi fait tire un argument qu'ils ont pouvoir d'ainsi faire, admirant un jour cette maniere d'argumenter en un Scholastique si exact, & la dessus faisant reflection sur le pouvoir que les prejugez & l'education ont sur les esprits mesmes les plus sublimes, un theologien d'esorit de l'Université de Dublin repliqua facetieusement que cestoit un argument bien concluant qui procede, Ab actu ad potentiam, puis qu'il avoit ainsi fait, cestoit signe qu'il le pouvoit faire. Cela estoit bon pour rire. Mais Suarez pour agir serieusement, & donner consistence a son argument resume, que l'Eglise universelle voyoit & approuvoit cette procedure, & l'Eglise estant Infallible ne la pouvoit [Page 36]approuver si elle n'estoit juste; plusieurs autres controverses seroyent bien tost decidées, si ce raisonnement estoit legitime. Que tous le virent on l'accorde, mais que tous l'approuverent librement, on le nie, la force & la crainte leur firent endurer ce qu'ils auroyent empesché sils eussent peu.
Je remets a une autre occasion a m'estendre sur l'injustice des Pretensions du Pape, & leurs exclamations deraisonnable contre le droict qu'ont nos Princes a un Souverain pouvoir sur leurs subjects, voyant qu'ils n'en pretendent point d'autre que celuy que les pieux Rois d'Israel avoyent en leur temps sur les Juifs, & les Empereurs Chrestiens en l'Eglise primitive a voyent sur leurs subjects, comme il est declare au 37. Article, & au 2 Canon de l'Eglise d'Angleterre. Je feray seulement a present une remarque sur la cruauté que le Pape a exercé, depuis peu, vers les malheureux Irlandois qui luy adherent, suivant son pretendu pouvoir de deposer les Rois, la chose n'estant point une matiere de foy, & n'estant pas d'avantage qu'une Opinion probable comme Azor Peron, Azor. tom. 2. l. 11. c. 5. q. 8. & autres tres sçavants Autheurs de son propre parti declarent: si nous pouvons appeller probable une doctrine si damnable, que le grand Parlement [Page 37]de France, Peronus in replica sua typis data anno 1620. (ou de 200 voix il n'y en avoit que 6 Protestantes en l'an 1064.) commanda que le livre de Suarez contenant cette doctrine fust bruslé per les mains du Boureau; & ordonna que les Jesuites enjoyndroent a leurs predicateurs d'exhorter le peuple a la contraire doctrine, ou qu'autrement ou procederoit contre eux comme coupables de crime de leze Majesté, & perturbateurs du repos public, d'avantage tous leurs Theologiens affirment generallement, qu'en probables controverses on peut en bonne Conscience suivre tel parti qu'on veut. N'anmoins le Pape defendit severement aux Itlandois de desavouer cette sedicieuse doctrine la, deussent ils pour cela souffrir toutes sortes de peines & soubçons, tant a de zele sa Sainteté non pour le salut des ames, mais pour la conservation de sa grandeur; d'avoir toute la puissance de la terre a son commandement, & les couronnes des Rois a sa volonté! N'est ce pas la exercer tyrannie & cruauté en la conduite des Ames?
Transubstantiation.
Quant au second point que je me suis proposé de la Transubstantiation, j'ay remarqué cy devant combien prodigieux est [Page 38]cet engagement, & combien foible est le fondement qu'ils en tirent de l'Escriture; a present je feray voir qu'il est directement contraire a l'Escriture, Triden. Sess. 13. can. 1. & a la doctrine des Peres de l'Eglise Primitive. Le Concile de Trente maudit ceux qui affirment que le pain & le vin demeurent en ce Sacrement apres la Consecration, & n'anmoins St. Paul nous enseigne expressement cette doctrine, & la repete par cinq fois, qu'apres la Consecration, c'est du pain qui est rompu & mangé. Le Seigneur Jesus en la mesme nuit qu'il fut livre, prist du pain, & ayant rendu graces le rompit, & dist, prenez, mangez, cecy est mon corpus qui est rompu pour vous, faites cecy en commemoration de moy. Du pain qu'il prist en sa main, tout ce qui suit est dit, asçivoir qu'il le rompit & que c'estoit son corps. Et veu que cela ne se pouvoit dire veritablement en un sens literal, ny proprement que le pain estoit son corps, comme on ne peut pas dire en verité, qu'un baston est une pierre, il declare immediatement apres, qu'il parloit en un sens figuré ordonnant que ce fust une commemoration, ou resouvenance de luy, le pain demeurant tousjours en la nature de pain, bien qu'eslevé par l'institution de Christ a une spirituelle & furnaturelle puissance de donner la [Page 39]grace a ceux qui le reçoivent deuëment. Et ainsi St. Paul en plusieurs versez suivantz lors qu'il fait mention de ce consacré Element l'appelle tousjours pain: Toutes fois & quantes que vous mangerez de ce pain: Quiconque mangera ce pain, &c.
En toutes lesquelles expressions St. Paul ne fait autre chose que ce conformer aux parolles de nostre Sauveur, lesquelles il recite exactement, comme elles sont couchées par Saint Luc au 22 Chapitre de son Evangille v. 19. Et il prist le pain, & ayant rendu graces il le rompit, & le leur donna, disant c'est icy mon corps qui est donné pour vous, faites cecy en memoire de moy. Et quand nostre Sauveur declare ainsi luy mesme, que ses parolles sont dites en un sens figuré, selon la coustume ordinaire de parler, c'est un desordre de leur aller chercher une explication violente, contenant des merveilles qui surpassent l'entendement humain, sans que le saint texte en donne un fondement probable. Ainsi que font le Papistes pour maintenir leur doctrine, par cette glosse ou semblable; cecy est mon corps, c'est a dire la chose contenué sous ces formes icy est per conversion, & transmutation substantielle mon corps. Ainsi pretendants de se tenir a la lettre, ils retiennent seulement le son des parolles, & [Page 40]pour les faire servir avec sens a leur but, ils font un trope sans y penser, ou quelque chose plus obscure, un paradoxe, contraire a tout raisonnement humain, & incoherent au texte. Nous sommes tous d'accord que la Sainte Eucharistie s'appelle un Sacrement, pourquoy donc ne serons nous d'accord aussi a en expliquer les expressions d'une façon Sacramentelle. Un Sacrement dans l'explication commune est le Signe d'une chose sacrée. Signum rei sacrae, par la definition ordinaire des Theologiens. Pourquoy est ce que le Sacrement du corps de Christ, ne s'appellera pas le Signe de son corps. Pourquoy n'entendrons nous pas que ce soit la le sens des parolles de Christ, lors que prenant le pain il dit, cecy est mon corps, c'est a dire c'est icy le signe de mon corps, veu que c'est une chose ordinaire d'appeller les signes sacramentaux du nom des choses qu'ils signifient comme le tesmoigne Saint Augustin disant. Les Sacrements sont signes qui prennent souvent le nom des choses qu'ils signifient & representent, & a jouste a nostre propos, Aug. to. 2. Ep. 23. ad Bonifac. que par un certaine maniere le Sacrement du corps de Christ est le corps de Christ; ainsi l'agneau estant le signe de la Pasque, est appellé la Pasque Math. 26.17. Exod. 12.11. Le Roc estant un signe, [Page 41]de Christ souffrant pour nous est appellé Christ. Et le Roc estoit Christ, 1 Cor. Aug. contra Faust. l. 20. c. 21. Non enim Dom. dubitavit dicere hoc est corpus meum, cum signum daret corporis sui Aug. to. 6. contr. Adam [...]n. c. 12. Non negamus in verbo Calix tropum esse Bell. de Euchar. l. 1. c. 11. 10.4. Et le Baptesme qui est le signe de la Sepulture de Christ, est appellé la Sepulture de Christ. Ce que St. Augustin applique a nostre propos, disant. Comme le Baptesme est appellé la Sepulture de Christ, ainsi est le Sacrament du corps de Christ appellé son corps. Outre cela Bellarmin, & tous autres escrivains Romains confessent (car ils ne le scauroyent nier) que les parolles de nostre Sauveur, touchant la seconde partie de ce Sacrement, scavoir la coupe, sont figuratifs, cette coupe est le nouveau Testament de mon sang, la ou ils renconnoissent un trope au mot Coupe ou Calice, le prenant pour ce qui est dans la coupe: pourquoy donc n'admettront ils pas que les mots precedents qui se raportent au pain soy ent figuratifs? des raisons si pressantes nous y portant & des inconvenients si terribles suivant leur construction, comme nous l'avons declaré jusqu'icy, & cy apres le declarerons plus avant.
Or que ces tres reverends peres de ce plus heureux age enseigné par Christ & ses Apostres, ayent esté de nostre opinion, & pris les mots de nostre Savueur en un sens figuratif, & le pain de l'Eucharistie un Type ou signe de son corps sacré cela se void clairement par leurs escrits, qui ont [Page 42]peu eschaper les rayeures de l'Expurgatoire Romain. Dionis. Areopag. Eccles. hierar. c. 2. Imo & Dionis. cap. hier. 3. Eucharistiam vocat Antitypon. Bell. l. 2. de Euchar. c. 15. n. sed hoc. Le venerable Denis Areopagite ignoroit la Transubstantiation, & ainsi distinguoit entre les signes substantiels, & Christ signifie par eux, disant par ces reverends signes & symboles Christ est signifie, & les fidelles faits participans de luy, il appelle le Sacrement un type, mesme apres la Consecration, ainsi que Bellarmin, mesme confesse tellement que selon St. Denis les elements du pain & du vin en ce Sacrement, sont types & symboles; cest a dire figures & signes du corps & sang de Christ, non pas pourtant signes nuds, mais qui exhibent Christ, & sa grace spirituelle au fidelle deument disposé: Laquelle expression de Saint Denis s'accorde plainement avec la croyance de l'Eglise Anglicane, en ce point.
St. Chrisostome delivre clairement la mesme doctrine disant que devant que le pain soit sanctifié, nous le nommons pain; mais estant sanctifié par la grace divine, par le moyen du prestre, il est delivré du nom de pain: mais il est estime digne d'estre appellé le corps du Seigneur, encores que la nature du pain y demeure. Mais Saint Augustin est tres eminent a esclarcir ce point, Aug. in Ps. 98. ou il ameine Christ parlant ainsi a ses disciples. Vous ne devez pas manger [Page 43]ce corps icy que vous voyez, ou boire ce sang qui sera respandu par ceux qui me crucifieront, je vous ay recommandé un Sacrement, Contra Adamantium c. 12. qui estant entendu spirituellement vous vivisiera. Et derechef il dit que Christ les amena a un banquet auquel il recommenda a ses disciples la figure de son corps & de son sang: car il ne fist point de difficulté de dire cecy est mon corps, quand il leur donna le signe de son corps, Conrra Faustum Manicheum. Theodoretus dial. 2. c. 24. & en une autre place il dit ce qui est appellé de tous un sacrifice, est le signe du vray Sacrifice, auquel la chair de Christ apres son assumption est cel ebrée par le sacrement de commemoration. Theodoret est plus emphatique sur ce subject quand il dit Christ honora du titre de son corps, & de son sang les symboles & les signes que nous voyans, ne changeant pas la nature, mais adjoutant la grace a la nature, car les signes mystiques ne quittent pas leur nature, car ils demeurenten leur propre substance, figure & forme, & peuvent estre veuc & touchez, &c.
Pelagius Papa de duabus naturis contra Eutichem & Nestorium. Vide Picherol. in dissert, de missa & expositione verborum instit. caenae domi. ni p. 14. Je conclueray ces tesmoignages par un qui peut estre aura plus de poids, sil n'est estime infallible, cest celuy du Pape Pelagius parlant ainsi. Pour vray le Sacrement du corps & du sang de Christ, que nous recevons est une chose divine, [Page 44]car par iceluy nous sommes faits participants de la nature divine, & pourtant il ne cesse point d'estre la substance ou nature du pain & du vin, & certainement en l'action des mysteres on celebre une image & similitude du corps & du sang de Christ. Je estime qu'on repliquera, (car il faut bien trouver quelque exception contre des evidences si claires & si pressantes) que ces tesmoignages des peres ne se trouvent point ainsi dans leur plus correctes editions, ce que j'ay raison de croire, car j'ay veu les venerables escrits des plus graves & ancients peres de l'Eglise tant Grecs que Latins efacez de grandes rayeures, par tout ou ils ont este trouvez contraires a la pratique & aux Dogmes presents de l'Eglise Romaine, suivant la direction de l'Expurgatoire Romaine. Ils pretendent que les Protestants ont inseré dans les livres des Peres ces clauses la qui favorisent leur doctrine: Mais qui peut croire que tant de grand volumes que composent de grandes libraires ayent esté nouvellement imprimez pour recevoir de telles additions, que tant de claires sentences accordantes avec le texte ayent esté si artificiellement inserées dans le coeur mesme, & la moelle des Homilies des Peres. Le contraire me semble plus croyable, veu que j'ay vçu [Page 45]des Bibsiotheques fort anciennes qui ne tomberent jamais sous la main des Protestants expurgées de telles clauses & sentences, selon la regle de l'Expurgatoire Romain.
Outre cecy, Scot, Ocham, Biel, Scot. in 4 dist. 11.9.3. Ocham ib. q. 6. Biel. lect. 50. in Canon Missae Roffens. c. 1. o. 1 Cont. captiv. Babil. Ficher evesque de Rochester, Bassolis, Cajetan, Melchior Canus, & plusieurs autres eminents scolastiques ont affirmé que la doctrine de la Transubstantiation n'est point exprimée dans le Canon de la Bible. Et certainement ce n'estoit point un Article de foy devant que le Concile de Lateran l'eust ainsi declaré 1200 ans apres Christ; comme Scot & autres affirment. Et mesme depuis cette declaration icy plusieurs de leurs principaux Docteurs n'ont point laissé d'affirmer que cet Article la n'estoit point contenu en l'Escriture. Speciallement Bassolis, Cajetan, Melchior Canus. Bassolis. Cajetan apud Suarez to. 3. disp. 46. Sect. 3. Canus. loc. com. l. 3. sun. 2. Ainsi ils l'ont forgé dans leurs testes, car ils ne pouvoyent pas declarer qu'il fut revelé, puis qu'il n'estoit point dans l'Escriture. Leur doctrine de la Transubstantiation, & presence corporelle de nostre Sauveur au Sacrement de l'autel estant ainsi mal fondée, considerez combien desesperée est leur resolution de donner a une oublie consacrée le culte deu a la Divinité, voire plus grand que celuy qu'ils donnent [Page 46]a celuy qui est indubitablement vray Dieu. Comme ceux la le scavent qui ont veu la somptueuse Pompe d'Espagne, & d'autres pais papistes en l'adoration qu'ils donnent a l'hostie sacrée. Et mesme selon leurs propres maximes ils ne scauroyent jamais estre absolument certains de la presence corporelle de Christ sous les especes du pain, veu que cela despend, comme ils enseignent eux mesmes, de l'intention du Prestre consacrant, & de sa d'eue ordination, & cette derniere dependant encore de l'intention de l'Evesque qui luy a donné les Ordres, & de sa legalle Ordination, & ainsi en montant jusques a l'infini, qui rend la chose impossible & incapable d'une certaine connoissance, Bell. l. 3. de justif. c. 8. ainsi que Bellarmin, Vega, & tous leurs escrivains confessent communement. Quel aveuglement donc est ce de rendre un culte divin a une chose qu'ils ne scavent point de certain qu'elle soit autre qu'une piece de pain? Quelques uns pressez par cet argument respondent qu'ils sont exemps d'Idolatre en cette pratique, parce qu'ils croyent que ceste hostie est Dieu. Mais a ce conte les Egiptiens lors qu'ils adoroyent le soleil, & les Israelites lors qu'ils adoroyent le veau dor, lequel ils croyoyent estre le vray Dieu qui les avoit tirez du pais d'Egipte, & les plus grossiers d'Idolastres qui ont jamais esté se [Page 47]pouroyent excuser d'Idolatrie sous pretexte de mesprise non voluntaire. A cet argument quelques uns respondent encores qu'ils ne supposent pas seulement que Christ soit reellement present sous les especes du pain, mais qu'ils le cognoissent & le croyent sur les mesmes raisons & fondements qu'ils ont de croire que Christ est Dieu, & consequenment qu'il doit estre adoré. En quoy veritablement ils donnent un grand advantage aux ennemis de la divinité de Christ, en faisant ces deux choses d'un egalle, verité sçavoir la Divinité de Christ, & la Transubstantiation, Bellar. de Christo. l. 1. c. 4. mais de la fausseté de cette Assertion je prendray le Docte Bellarmin pour juge, lequel voulant prouver la Divinité de Christ se sert de neuf sortes d'arguments, (six desquels sont entierement tires de l'Escriture) d'une force irresistable, De Sacr. Euchar. l. 3. c. 19. & d'une clarité admirable, mais voulant prouver la Transubstantiation per l'Escriture son seul argument est tiré des mots de nostre Sauveur. Math. 26. Prenez, mangez cecy est mon corps. Et ne trouvant pas cette preuve la assez claire a recours a l'authorité des Conciles & des Peres, & conclud ainsi son chapitre, bien que dans les parolles du Seigneur il puisse y avoir de l'obscurité & de l'ambiguité, elle est osté par les Conciles, & les Peres de l'Eglise, [Page 48]lise, & ainsi passé de cette sorte de preuve la. Mais quoy que dise l'Escriture de la Transubstantiation c'est une hardiesse intollerable de dire qu'il y a autant de raison pour l'adoration de l'hostie comme pour l'adoration de la Divinité de Christ, veu que pour l'une nous avons un commandement exprés en l'Escriture & pour l'autre rien de tel. Heb. 1.6. St. Paul dit que tous les Anges ont commandement d'adorer le fils de Dieu. Phil. 2.10. Et qu'au nom de Jesus tout genouil se ployera tant des choses qui sont au ciel que de celles qui sont en la terre. Et St. Jean dit de la bouche de son Maistre, Que le Pere celeste a commandé que tous honorent le fils, comme ils honorent le Pere, Jean 5.23. mais ou trouverons nous qu'il nous soit en aucune façon signifie que nous devons adorer Christ dans le pain sacramentel, supposant qu'il soit la present. Si vous respondez que le Commandement general s'estend vers luy, en quelque lieu qu'il soit present, je diray qu'a ce conte vous le pouvez aussi bien adorer dans le soleil, dans la lune, & dans tout autre pain, car en toutes choses il est present comme Dieu.
Je conclueray ce point par la response que je donneray au plus fort argument que j'ay veu contre la doctrine que nous avons jusqu'icy desclarée, qui prend le [Page 49]Sacrement de l'autel pour une commemoration de nostre Sauveur, & pour une participation spirituelle de son corps benit & de son sang, pour la nouriture de nos ames en vie eternelle, sans aucune reelle transmutation des substances. Que si les Juifs eussent pris ses parolles en ce sens, ils n'eussent pas pu en raison questionner entre eux mesmes disant, Comment nous peut cetuycy donner sa chair a manger? Et ses Apostres dire c'este parolle est rude qui la peut ouir? Et Christ en la replique qu'il leur fait ne les reprend point d'avoir mal entendu ses parolles, mais repete sa doctrine precedente disant si vous ne mangez la chair du fils de l'homme vous n'aurez point vie en vous mesmes. Je fis peu de cas pour un temps de cet argument, mais l'ayant bien consideré je le prends pour une censure tacite de la replique de Christ, comme si elle n'eust pas esté pertinente a satisfaire a l'objection de ses auditeurs. Pretendrons nous de mieux entendre ce qu'ils vouloyent dire, que Christ auquel ils parloyent? ou est il impossible que la malice des Juifs ne voulust pas entendre la hauteur & le sens mysterienx des parolles de nostre Sauveur, ou que la simplicitê des disciples ne le peust pas? Scavoir que les elements du pain & du vin consacrez, & [Page 50]pris d'une façon sacramentelle en memoire de sa mort & passion nouriroyent a vie eternelle les fidelles qui les prendroyent avec deuë preparation, ainsi que les Protestants l'entendent conformement aux Peres de l'Eglise primitive cy devant nommez, mais que plustost ils les entendoyent d'un manger corporel & charnel de son corps comme font les Papistes, & ainsi representoyent les difficultez que la raison dictoit contre une telle expression, telles que pouvoyent estre les nostres au commencement de ce discours. Vous direz qu'il ne corrigea pas telle entente: Mais si fist apparenment repliquant a l'objection de ses disciples, Jean. 6.63. c'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne profite de rien: les parolles que je vous di sont esprit & vie, & par la les veut empecher de l'entendre d'un manger corporel, pour l'entendre d'un manger spirituel, qui sert a la vie eternelle des ames. Sa repartie aux Juifs signifie qu'il l'entendoit comme nous faisons d'un manger spirituel, & d'une miraculeuse operation. Ce qu'ils ne pouvoyent croire, & ainsi il leur repete la mesme doctrine, y annexant cette menace, que s'ils ne mangeoyent sa chair ils n'auroyent point vie en eux mesmes.
De l'adoration des Images.
Quant au troisiesme point qui est de l'adoration des Images, elle est clairement defenduë per Dieu mesme au second Commandement du Decalogue, Tu ne te feras Image taillés, Exod. 20.4.5. tu ne t'enclineras point devant icelles. Ils ont osté ce Commandement icy de leur Catechisme, pour donner lieu a l'adoration des Images avec le mesme honneur qui est deu a la personne qu'elles representent, & par consequent l'image de Dieu & de Christ doit avoir l'adoration de Latrie, celle de la Vierge Marie l'adoration d'hyperdulie; celles des Sainctes l'adoration de Dulie, selon les degrés qu'ils expriment. Que ce soit icy leur opinion generalle Azor le declare en ces mots. Azor in Sti. to. 1. l. 9. c. 6. C'est le sentiment constant des Theologiens, que l'image doit estre honorée & adorée du-mesme honneur & adoration que la chose mesme dont elle est l'image est adorée. Voire ils nous voudroyent faire a croire que Dieu l'a ainsi ordonné au premier Commandement, & qu'ainsi il se contredit, defendant au second Commandement ce qu'il commande au premier. Lau. Vaux en son Catechisme. A cette question, qui est ce qui romp [Page 52]le premier Commandement de Dieu par irreverence de Dieu donne cette response; ceux qui ne donnent pas la reverence deuë a Dieu & ses Saints, ou a leurs reliques & images. Decisio. casuum Cons. p. 1. l. 2. sec. penul. Pet. Dogma theol. to. 5. l. 15. c. 3. S. 13. c. 14. S. 8. Quelle reverence ils pretendent estre deuë aux Images. Jacob de Graffiis le declare amplement, selon ce que nous avons dit cy dessus. Mais Dionisius Petavius un de leurs plus approuvez Antiquaires nous dit que durant les quatre premieres Centuries & plus on faisoit peu ou point d'usage d'Images es temples ou oratoires des Chrestiens. Et tel qu'on en faisoit le Pape Gregoire declare que c'estoit seulement pour un usage historique pour l'information des Idiots, non pour les adorer; & ainsi escrivant a Serenus Evesque de Marseille qui avoit abatu les Images qui estoyent en son Eglise parce qu'il voyoit que le peuple les adoroit dit ainsi. Gre. regist. l. 7. Epis. 209. ad Serenum. Nous vous louons de ce que vous avez un tel zele d'empescher que rien qui est fait de main soit adoré: neanmoins nous jugeons que yous ne deviez pas avoir rompu ces images la, car on se sert de la peinture dans les Eglises afin que ceux qui sont ignorants puissent, par la venuë, lire sur les murailles les choses qu'ils ne peuvent lire dans les livres, partant vostre fraternité deuroit avoir preservé les Images, & empesché le penple de les adorer
Cette difference qu'on met entre faire des Images & les adorer, Nomb. 21.9. 1 Rois. 13.4. est confirmée par l'exemple du Serpent d'airain que Dieu avoit fait faire, lequel estant seulement fait & regardé estoit une Medecine; mais quand il fut adoré il devint poison, & fut destruit.
Le docte Vasques renconnoist que l'adoration de Dieu par une image est clairement defenduë au second Commandement, & non seulement l'adoration d'une Idole, disant qu'il est clair en l'escriture que Dieu au second Commandement, Vasq. in 3. p. dis. 91. c. 3. ne defendit pas seulement ce qui estoit illicite par la loy de nature, comme d'adorer une Image, au lieu de Dieu, mais aussi d'adorer le vray Dieu par aucune resemblance.
Nicephorus Calixtus raportant l'heresie des Armeniens & Jacobites dit qu'ils faisoyent des Images du Pere, du Fils, Niceph. l. 8. c. 53. & du St. Esprit, ce qu'il censure comme chose tres absurde, quod perquam absurdum est. Neanmoins on le fait en l'Eglise Romaine. Mais St. Clement d'Alexandrie declare ainsi des Images en general. Nous n'avons point d'images au monde, il nous est evidenment desendu cet art decevable, car il estescrit, Tu ne feras aucune resemblance d'aucune chose qui soit la haut au ciel, &c.
Ils confessent que cest peché d'adorer une Image terminativè, ou en soy mesme, mais pretendent qu'il est licite de l'adorer relativè, ou a cause de Dieu, ou du Saint qui est representé: façon estrange de servit de Dieu, de transgresser son commandement pour luy plaire.
Saul fut repris & severement puni pour estre ainsi officieux, lors qu'ayant commandement de destruire tout ce qu'avoit Amalec il espargna les brebis & les boeufs pour sacrifier a l'Eternel. Mais ce beau pretexte ne peut excuser sa desobeissance, & ce qu'il pensoit estre une devotion religieuse, fut declaré, ne valoir pas mieux qu'Idolatrie. 1 Sam. 15.22, 23. Samuel luy signifiant cette terrible sentence. Le Seigneur prend il plaisir en holocaustes & Sacrifices, comme a ce qu'on obeisse a la voix de l'Eternel voila Obeir vaut mieux que sacrisice, & escouter que la graisse des moutons: car rebellion est comme le peché de sortilege & Estourdissement est comme iniquité & Idolatrie. La chose estant ainsi quand Dieu commande si clairement, & absolument de ne s'encliner point devant les Images, adjoustant a ce Commandement, par dessus tous autres des expressions particulieres de jalousie, & une menace de severité contre les infracteurs, comment peut [Page 55]on justifier l'inclination qu'on fait devant elles, sous couleur de devotion? ou s'excuser de rebellion & de grossiereté qui sont censurées comme Idolatrie.
En outre adorer une Image terminativè, & non relativè implique contradiction, veu que c'est de l'essence d'une image d'avoir relation a une autre chose, veu que rien ne peut estre l'image de soy mesme, partant le mesme commandement qui defend une adoration terminativè exclud la relativè. Mais quoy que l'on puisse entendre par ces expressions, co [...]hie [...]y en a il du commun qui prennent connoissance de telle distinction. Bien peu veritablement, quand ils s'enclinent devant une image, c'est l'image mesme qu'ils adorent. Generallement donc ils commettent Idolatrie en cette pratique, ou a tout le moins un peché en exposant au danger de la commettre.
Mais quels sont les inconvenients de cette pratique? On vient en une Eglise ou Chapelle chargée d'images, & devant qu'on puisse recueillir ses esprits & penser a Dieu, l'imagination & les yeux courent apres ces peinctures, & on s'en retourne chez soy plus plein de figure que d'Esprit.
De l'Invocation des Saincts.
Venons au quatriesme point, Rom. 8.34. leur Invocation des Saincts est contraire a l'ordonnance de Dieu qui a ordonné son fils Jesus pour faire intercession pour nous: lequel est plus pitoyable, plus capable & plus volontaire de nous aider qu'aucun des Saincts ou des Anges. Jean 5.16. Et luy mesme nous asseure que quoy que nous demandions au Pere en son nom il le nous donnera, a l'encontre de cecy, & de la declaration de St. Act. 4.12. Pierre, qu'il n'y a salut en aucun autre, & qu'il n'y a aucun autre nom sous le ciel qui soit donné aux hommes, par lequel il nous faille estre sauvez. L'Eglise Romaine enseigne a ses enfans d'appeller la bien heureuse vierge Marie, leur Vie, & leur Esperance. Vita, Dulcedo, & Spes nostra, leur Redemtrice, & Salvatrice: Reparatrix, & Salvatrix desperantis animae, leur Comfort, & donneresse de grace spirituelle. Irroratrix, & largitrix spiritualis gratiae, avec d'autres extravagances certainement mal venuës de cette glorieuse Mere de Christ, & Ame vrayment humble, laquelle en son fameux Cantique reconnoist que son humilité estoit le motif des hautes fauveurs de Dieu envers elle. [Page 57]Car il a regardé la bassesse de sa servante. Luc. 1.46. La mesme exorbitance ils preschent & enfeignent des autres Saints. Comme je considerois ce point, il me tomba entre mains un de mes papiers dans lequel je censurois la doctrine que j'avois oui prescher en la ville de Palencia en Espagne, l'an 1661, par un Moine d'un certain ordre, a la feste d'un de leurs Saints, disant de luy qu'il estoit incapable d'errer en sa doctrine. Que sa doctrine estoit d'une authorité esgale a la Bible. Que tout ce que ce Saint la disoit (bien que faux en soy mesme) devoit estre vray, puis qu'il le disoit. La preuve qu'il amena pour ces positions si desesperées estoit aussi folle que les positions mesmes, & si ridicules que je ne les auserois reciter en ce grave Auditoire. Bien que je les aye par escrit; Que la malice des hommes ne recueille pas de ce discours que je vilifie les Saincts, ou que je porte envie a leur gloire. Je m'en resjoui plustost, & beni Dieu de ce qu'il rescompense ainsi ses Serviteurs. Ce que je reprens est l'abus blasphematoire qui se commet en les adorant, malplaisant certainement aux Saincts.
La plaisante expression d'un predicateur Espagnol, poura servir de serieuse exprimande a cecy, preschant a la feste d'un [Page 58]Saint fondateur d'un certain Ordre, il feignit que comme il estudiot son sermon il tomba en extase ou songe ou se trouvant dans le Ciel, il vid le Saint duquel il preschoit derriere la porte se cachant, & comme on luy eut demandé pourquoy il faisoit ainsi, il respondit qu'il estoit la venu par honte qu'il avoit d'ouir les folles expressions de son moine le louant & l'exaltant a tels jours que cetuy la. Et certainement si les Saints qui vivent en gloire estoyent capables de honte & de tristesse, ils auroyent ducil & honte de la procedure de leurs extravagants adorateurs. De cecy je fis griefue pleinte a l'Inquisiteur general d'Espagne, criant contre les exorbitances de cette nature, veu que j'avois Commission de luy de luy rendre conte des doctrines que je trouverois a censurer. En ce temps la, & en ce pais la je crioys contre ces exorbitances la, mais quel bon succés ma bonne intention eut en cela je ne scay. Car cette malade la croist tousjours. Le moyen d'acquerir du vulgaire aveugle le credit d'estre bon Catholique, est d'exceder en cette pratique: comme pour faire d'espit aux Juifs, & paroistre vrais Chrestiens, ils mangeront plus de viande de pourceau, que leur estomac ne peut porter, ainsi pour faire despit aux Protestants [Page 59]ils courront outre mesure au de la de leurs propres maximes a advancer les Saints. Pour une Eg [...]ise dediée a no re Sauveur vous en verrez Cent ded ées a divers Saints. Pour un Pater noster, dix Ave Marias, pour un discours ou louange de Dieu, mille de leurs Saints, de quoy j'ay souvent veu a mon grand regret de tristes experiences. Une personné de qualité se meut elle? il entre un Moine d'un Ordre & se met avec toute sa retorique a l'exorter a devotion vers les Saints de son Ordre, a en prendre l'habit, le scapulaire, ou la corde, Apres cela en vient un d'un autre Ordre, & se met pareillement a recommender les Saints, & I habit de son ordre, & ainsi fait chacun comme il entre. Entre eux tous peu ou point de mention de se reposer sur la passion de nostre Sauveur. Croyriez vous que cest le bien de cette ame la, ou l'honneur du Saint pour lequel ils ont tant de zele, ou plustost l'interest du Convent? Jugez en, & que d'autres de plus de liberté en parlent. Pren pitié O bon Dieu des ames abandonnées a telle instruction.
De la demie Communion.
Touchant le cinquieme point, qui refuse aux Laics le Chalice. Je croy que ce seroit faire tort a nostre cause d'en chercher autre preuve que leur propre Confession, que nostre Sauveur Jesus a institué, & l'Eglise Primitive pratiqué l'administration du Saint Sacrement au peuple, sous les deux especes, comme on le pratique en l'Eglise Anglicane. Mais l'Eglise Romaine a jugé a propos de faire autrement. Cette Confession est leur plus grande confusion, & plus que suffisante refutation. Je fus saisi d'horreur de voir la hardiesse du Concile de Constance, qui confesse ce que dessus, & puis vient a un non obstante que non obstant l'institution de Christ, & l [...] pratique de l'Eglise primitive, le Concile defend a tous Prestres sur peine d'Excommunication d'administrer la Communion aux Laics sous les deux especes, pour des causes qu'ils n'expriment point, aussi n'est il pas besoin de nous travailler a en chercher, puis qu'il suffit pour nostre dessein de scavoir, qu'ils scavent bien trouver des causes, ou au moins en pretendre, pour changer l'institution de Christ, & en introduire des contraires. La seule raison qu'ils [Page 61]alleguent pour ce Decret icy est, l'Authorité de l'Eglise, & de quelques precedents Papes ou Peres, reconnoissant cependant que Christ a ordonné le contraire. Mar. 15.3. N'est ce pas la transgresser le Commandement de Dieu par vostre tradition? N'est ce pas la accorder avec l'Attribut de l'Antichrist, qui s'oppose & exalte p [...]r dessus tout ce qui est nommé Dieu. Le Pape voudroit bien paroistre franc d'une telle accusation quand il prend le titre de Serviteur de Dieu. Cest icy la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d'Esau. La parole du Pape Serviteur des Serviteurs de Dieu est Chrestienne, mais son fait en preferant sa loy & son institution a l'institution de Christ est Antichristien.
Ils font sonner haut l'Antiquité, & l'Authorité de l'Eglise pour cette pratique, & de mesme haleine ils desavouent une plus grande Antiquité, & une plus authentique Authorité de l'Eglise, advouant que Christ a institué, & l'Eglise Primitive pratiqué la celebration du Sacrement sous les deux especes a tout le Peuple. Combien mal s'entretient l'erreur? Cette seule instance nous peut asseurer, que la Religion Romaine telle quelle est a present, n'est pas entierement procedée de Christ, & de ses Apostres. Si nous objectons que le [Page 62]retrenchement de l [...] coupe prive le peuple fidelle de leur nouriture spirituelle a vie eternelle, en ne leur permettant pas de participier au sang de Christ, Jean 6.53. qui a dit si vous ne mangez la chair du fils de l'homme & ne bevez son sang, vous n'aurez point vie en vous mesmes. Le Concile nous dit que nous devons firmement croire, & ne douter nullement, que tout le corps & le sang de nostre Sauveur ne soit contenu aussi bien sous l'espece du pain, comme so us celle du vin. Mais nous avons monstré cy devant combien peu de raison nous avons de croire fermement leur doctrine en ce point, quelle forte raison nous avons d'en douter, ou plustost d'estre asseurez du contraire. Et que Christ n'est present ny pris en l'Eucharistie sinon en une façon spirituelle & sacramentelle. Cela estant ainsi, quand ils privent les fidelles de la coupe, ils les privent aussi du sacrement tout entire. Car leurs Theologiens sont d'accord en cecy que les especes consacrées du p [...]in & du vin sont parties essentiellement constituantes de ce Saint Sacrament. Suar. in. 3. p. disp. 42. S. 1. conc. 3. Voire elles seules sont proprement le Sacrement comme le declarer Suarez, citant pour la mesme doctrine un grand nombre d'autres Theologiens. Par consequent ne prenant point le vin, ils ne prenant point le [Page 63]Sacrement, & ne prenant point le Sacrement ils n'ont point la vie en eux, comme nostre Sauveur a declaré tellement que les privant du vin sacramentel ils les privent de la vie de leurs ames. Et n'est ce pas icy user de cruauté envers les Ames?
Du Purgatoire, & des Indulgences.
Quant au 6 Article touchant le Purgatoire. Je ne trouve pas que leurs hommes scavants soyent si certains a luy fixer une place determinée dans les entrailles de la terre, avec ces espouvantables qualitez specifiées dans leur Legendes, comme est le vulgaire. Ils se contentent de conclure de quelques passages de l'Escriture, & per conjecture qu'il faut qu'il y ayt quelque place apres cette vie pour purger les Ames, & expier les pechez veniels ou satisfaire pour la punition temporelle qui est deuë aux grands, sans determiner si cette place la est dessus, ou dessous, ou dans la terre, ou si la punition est Chaud, Froid, Obscurité ou Tempeste, &c. Et comme la Conclusion est obscure, aussi est l'inference tiré de leurs premisses. 2 Macchab. 12.43. Le principal passage du vieux Testament est le fait de Juda Machebée qui envoya de l'argent en Jerusalem pour faire faire des Sacrifices [Page 64]pour ses Soldats deffuncts. Et la glose la dessus dit, quo par consequent cest une Sainte consideration de prier pour les morts, &c. Mais encores que le livre que raporte ce cas fust Canonique & de certain authorité, (ce qui n'est pas aloué) neanmoins la conclusion qu'on en pretend tirer pour la doctrine du Purgatoire est de nulle force. Car on peut faire prieres pour les Morts, & on en a fait pour d'autres fins que pour les tirer du Purgatoire. Premierement parce que plusieurs scavants escrivains du parti de Rome enseignent, Suar. to. 1. in 3. p. Disp. 10. S. 4. que Dieu comme un bon Maistre qui paye bien, donne souvent avant la main le Salaire des services qui se doivent faire dans le temps advenir. Et partant estant de longue veuë, & tous jours present a tous les espaces de l'Eternité, il peut voir maintenant, & peut aussi exaucer les prieres qui seront faites en quelque age futur que ce soit. Et prevoyant que des personnes pieuses prieront a l'advenir pour l'assistance de sa grace pour une personne mourante a present, il la peut ottroyer accordonment. J'ay veu la pratique de cette Doctrine en une letre qui me fut escrite par un des plus scavants hommes d'Espagne, la ou parlant de la mort de sa mere il prioit Dieu qu'il eust peu luy avoir assisté en sa [Page 65]derniere heure pour mourir penitente. Si cecy passe, la priere pour les morts pouroit estre recommendable pour d'autres fins que pour les tirer de Purgatoire. Et si le fait qui est raporté des Macchabées est vray il y a plus d'apparence que les prieres faites pour ces morts la se firent subject susdit, que pour les tirer de Purgatoire. Veu qu'au mesme lieu il est raporté qu'on avoit trouvé que ces hommes la avoyent commis un peché mortel, (qui n'est pas pretendu pouvoir estre pardonné au Purgatoire) Sous les habillements de tous ceux qui furunt tuez on trouva des choses consacrées aux Idoles des Jamnites. Ce qui est defendu aux Juifs par la Loy. Et bien que Bellarmin pretende que le peché de ses hommes la estoit veniel, comme commis par ignorance, ce n'est qu'une pure conjecture, qui n'accorde point au texte, qui moustre que ce peché la avoit attiré sur eux la vengeance de Dieu. Alors chacun vit que c'estoit la cause pour laquelle ils avoyent esté tuez. Leur mort auroit peu avoir esté leur punition temporelle, & leur repentance finalle pouroit les avoir afranchis de l'eternelle comme Bellarmin le confesse, recitant pour cela le Ps. 78. v. 34. Cum occideret eos quaerebant eum & revertebantur. Quand il les faisoit mourir [Page 66]ils le recherchoyent, & ils se retournoyent, & rechercoyent Dieu de matin.
Mais pour ne nous appuier pas sur la Consideration susdite de quelque particuliers escrivains. Si nous trouvons dans quelcun des ancients des prieres faites pour les Morts, c'estoit pour d'autres fins que pour les tirer de ce supposé Purgatoire. Premierement pour louer Dieu de leur avoir donné une heureuse fin en sa Sainte foy, & repos de leurs travaux, comme paroist par ces parolles de l'Apocalypse dont se servoit l'Eglise Ancienne en l'office des morts. Bien heureux sont ceux qui dore senavant meurent au Seigneur, ouy dit l'Espirit car ils se reposent de leurs travaux. Secondement afin de nous consoler les uns les autres en la mort de nos Amis pensant a l'esperance de les rencontrer en la gloire celeste. Selon ces consolatoires parolles de St. Paul en sa premiere Epistre aux Thessaloniciens, leues coustumierement dans le mesme office des morts. Freres je ne veux pas que vous soyez ignorants touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez point comme ceux qui n'ont point d'esperance. Tercement pour nostre instruction spirituelle, soit que nous considerions le bon exemple de nos defuncts freres [Page 67]fidelles, soit qu'a la veuë de la mort, nous pensions a nostre mortalité. Tout cecy se peut voir par la pratique des ancients chrestiens comme il est declaré per l'Autheur des Commentaires sur Job, Lib. 3. Coment. in Job. inserez entre les oeuvres d'Origene en ces mots. Nous observons la memoire des Saints, & gardons avec devotion la souvenance de nos parents ou amis qui meurent en la foy, nous resjoussants d'un costé de leur repos, & requerants de l'autre pour nous mesmes une pieuse consommation de la foy. Ainsi donc nous celebrons la mort, non pas le jour de la naissance parce que ceux qui meurent vivront a jamais. Et nous la celebrons, invitans des personnes religieuses avec les prestres, les fidelles avec le Clergé, invitans en outre les necessiteux & les pauvres, nourissants les orphelins & les vefues, afin que nostre feste soit un Memorial de repos aux ames departies, le resouvenir desquels nous celebrons, & que cela nous puisse tourner a bonne odeur en la presence du Dieu Eternel. Ou vous voyez que Prieres & oeuvres de charité se faisoyent es obseques des morts, sans aucune mention du Purgatoire.
Cette mesme response peut servir a ce que Bellarmin, cite du quatriesme chapitre de Tobie, touchant le pain & le vin, qu'on [Page 68]apportoit aux funerailles, & la coustume d'inviter ses amis, & de nourir les pauvres. Ce qu'il allegue du Ps. 66. de passer par le feu. Nous avons passé par le feu & par l'eau, mais tu nous en as tirer, & conduits en lieu plentureux, a aussi peu de force pour cet effect. Car par le feu aussi bien que par l'eau on doit entendre les tribulations & adversitez de cette vie. Ce qu'ils alleguent de Math. 22. ou nostre Seigneur dit que quelque pechez ne seront point pardonnez, ni en ce ciecle, ni en celuy qui est advenir, & que partant quelque pechez seront pardonnez apres cette vie, n'est pas une bonne consequence, car d'une negative ne sensuit pas une positive, comme si on disoit que le Duc de Venise n'est pas Comte de Dublin, il ne suit pas de la que quelque autre est comte de Dublin. Bellarmin dit que la premiere Consequence doit estre estimée bonne par la loy de prudence, si elle ne l'est per les regles de logique, de peur qu'on ne pense que Christ ayt parlé improprement, si aucun peché n'estoit pardonné en l'autre monde. Mais a ce coute il vous faut prendre pour legitime selon les regles de prudence cette autre consequence icy. Joseph ne connust point sa feme jusqu'a ce qu'elle eus enfanté son Fils premier né, partant il la counut par apres, depeur que [Page 69]l'Evangeliste ne soit trouvé s'estre exprimé improprement. Et comme Bellarmin ny aucun autre chrestien ne se sentira pas obligé d'admetre cette derniere consequence aussi n'estimerons nous pas juste d'ad metre la premiere.
La doctrine du Purgrtoire estant ainsi foiblement fondée; les inconveniences en sont tres grandes. Car elle rend le peuple negligent de vraye Repentance & de satisfaction pour leur pechez en cette vie, sous esperance d'an avoir remission en Purgatoire. Outre l'occasion qui est donnée aux pitoyables abus qui se commettent en la valeur qu'on donne aux Messes qui se disent pour salaire. Ou la Simonie paroistroit si elle n'estoit prevenuë par la grande addresse des Casuistes, par laquelle la venie des choses sacrées est sanctifiée, & affranchie de Simonie par l'accountrement de l'intention. Que dirons nous des tromperies pratiquées en recevant de plusieurs personnes plusieurs salaires pour une Messe? De la cruauté pratiquée vers les vefues, les enfans, & quelques fois les Creanciers de la personne mourante, qui donne par testament ce qui est leur deu, au Clergé, qui souvent n'en a gueres de besoin. Par quel moyen sous ombre de pieté on commet quelque fois nne grande impieté. Mais le grand lucre que le Clergé reçoir par cette [Page 70]doctrine, (plustost qu'aucun texte qu'ils ayent a le prouver) les engage a le main tenir.
La doctrine des Indulgences servant a celle du Purgatoire a la mesme obscurité en sa Position & incertitude en son fondement que celle la. Suar. l. 1. defens. sidei c. 15.23. Suarez declare que l'Indulgence n'est autre chose que la remission des peines de Purgatoire, laquelle Dieu de son infinie bonté par l'excellent merité de Christ (auquel il adjouste la satisfaction des Saincts) a ottroyée a son Eglise, avec puissance d'absoudre. De l'infinie bouté de Dieu, & de l'infini merite de Christ aucun chrestien ne doit douter, non plus que de la puissance d'absoudre donnée a son Eglise. Mais si cette puissance s'estend a cette donation profuse d'Indulgences pratiquée a present par l'Eglise de Rome, Suarez n'en est pas certain, n'ayant pour fondement de cela que la Tradition Ecclesiastique, & la coustume ancienne, generalle, & approuvée.
Mais la Tradition n'est pas si certaine, n'y la Coustume si ancienne, ou generallement approuvée, comme on pretend. Le premier ottroy que nous en trouvons est celuy de Gregoire VII. Baron. ad An. Dom. 1084. n. 15. donné a ceux de son parti qui combattroyent contre l'Empereur Henry IV. que Baronius recite de son penitentiaire, la ou estoit promise [Page 71]remission de tous pechez a ceux qui voudroyent hazarder leurs vies en cette Saincte guerre la. Pareille Indulgence avec remission de tous pechez fut ottroyée par Victor successeur de Gregoire 7. a ceux qui voudroyent combatre contre les Sarazins en Affrique. D'autres Papes depuis ont continué la mesme pratique. Puis quelques Evesques particuliers commencerent a publier des Indulgences a ceux qui donneroyent de l'argent pour la structure ou reparation des Eglises ou d'autres oeuvres publiques, promettant pardon de septieme, quatriesme, Marin. de poenit. l. 10. cap. 20. ou trofiesme partie de leurs pechez, selon que leur bonté meritoit, De sorte qu'on dit que de cette façon la, Maurice Evesque de Paris erigea la grande Eglise de Nostre Dame qui est la. Mais l'Evesque de Rome, retrencha cette puissance aux autres Evesques, & fist de grandes compleintes que par l'usage indiscret que les Evesques faisoyent d'Indulgences les Clefs de l'Eglise estoyent mesprisées & la Discipline perduë. Ainsi dit Innocent III. au Concile de Lateran. Je souhaiterois que le Pape d'a present cust esgard a tels inconvenients, Conc. Later. sub. Innoc. 3. Can. 92. luy qui imite la grande profusion des autres en ce point censurée, non seulement pas leurs adversaires, mais mesmes par les plus sobres de [Page 72]leur propre parti, qui voyent clairement que le lucre sordide a une grande part en la conduite de cet affaire, & que gens dissolus lachent la bride a leurs vices, sous esperance de ces immenses pardons, l'eccez desquels je laisse a d'autres a raporter, & a estre considerez par ceux qui les voyent.
Aquinas & Bonaventure disent, Aquin. supl. sum. q. 25. art. 20. Bonav. in 4. sent. dist. 20. q. 6. qu'il y en avoir en l'Eglise qui disoyent que l'invention des Indulgences estoit une fraude pieuse pour attirer les hommes a des actes de charité, ce qu'autrement ils n'auroyent pas fait, comme une mere qui promet une pomme a son enfant pour le faire courir dehors, laquelle elle ne luy donne point apres qu'elle luy a fait faire.
Durand, Dur. in 4. dist. 20 q. 3. scavant, & sincere escrivain, confesse qu'il y a fort peu a dire de certain touchant les Indulgences, parce que les Escritures n'en parlent point expressement: & les Peres Ambroise, Hilaire, Augustin, Jerosme, n'en parlent point du tout. Jean Mayor adjouste que bien que ce soit, May. ib. un argument negatif, neanmoins il a de la force, parce qu'au temps de ces peres la, ilt estoyent fort bien versez es Escriteurs, & ce seroit chose estrange que si les Indulgences s'y pouvoyent trouver ils ne les y eussent pas trouvées. Adjoustez a cecy [Page 73]ce que Bellarmin dit excellenment qu'en choses qui despendent de la volonté de Dieu, Bellar. de amiss. gratia. l. 6. c. 3. resp. ad obj. 6. on ne doit rien afirmer si Dieu ne la revelé es Sainctes Escritures. Concluez donc que la Doctrine des Indulgences ne se trouvant point en la Saincte Escriture, comme il a esté declare, vous ne deuez point bastir la dessus les esperances de vostre Salut: mais tascher avec crainte & tremblement de l'asseurer par une exacte observation des Commandements de Dieu, & en suivant les Conseils de Christ tendants a une parfaite vie, & vraye repentance de vos pechez.
Des Prieres publiques en langage inconnu.
Je conclueray cette Reveuë des Opinions Romaine par le 7. & dernier point que je me suis propose, qui est de leur Messe latine, & de la defense qu'ils font a leurs troupe aux de lire la Saincte Escriture. Et quant au premier, qui est d'avoir les prieres publiques en une langue generallement inconnuë au peuple, certainement tout le 14. Chap. de Saint Paul en sa premiere Epistre an Corinth. est clairement a l'encontre. Car quoy qu'on puisse chicaner touchant l'object de son discours, ses [Page 47]raisons concluent evidenment a nostre dessein. Car il montre per des arguments admirables & des exemples tres propres, combien absur [...] & mal a propos il est d'entreprendre de parler a un peuple, pour les enseigner & edifier en une langue qu'ils n'entendent point.
L'intention de Nature au Parler est de communiquer le sentiment de celuy qui parle a celuy qui l'ouit. Mais comment se fera cela si celuy qui escoute n'entend point le sens des parolles qui sont dites. Mesmes les choses qui sont sans ame (dit le grand Apostre) qui donnent leur son soit haut bois, soit harpe, si elles ne donnent quelque distinction en leurs tons, comment connnoistra on ce qui est sonné sur le haut bois, ou sur la harpe? Car si la trompette donne un son qu'on n'entende point, qui se preparera a la battaille? Pareillement aussi vous si vous ne prononcez par vostre language parole qui puisse estre entenduë, comment entendra on ce qui se dit? Car vous serez parlans en l'air. S'il nous faloir dresser nous mesmes une raison pour esclarar nostre Doctrine, quelle autre pourions nous inventer plus propre, pour ce que nous pretendons que celle cy! La priere n'est elle pas ordonnée pour eslever nos esprits a Dieu. Cest la la Definition qu'en en donne. [Page 75] Elevatio mentis in Deum, une elevation de nos esprits a Dieu, pour le louer, ou pour lui demander fauveurs, ne sera il pas donc utile, & necessaire a cette fin d'entendre la signification des pseaumes & prieres sagement ordonnez pour cela? Dire Amen a une priere que vous n'entendex point est comme si vous mettiez vostre sein a un escrit dont vous ne scavez point le contenu. Si un Juif ou autre Ministre impie prononcoit une priere remplie de blasphemes contre Christ on de maledictions contre le peuple Chrestien qui seroit present, diront ils Amen a tout?
Si un Persan, ou quelqu'autre qui n'auroit jamais ou telles procedures entroit en une Eglise, & entendroit la congregation parlant haut, & faisant des gestes, & qu'on luy diroit que nul d'eux n'entendoit ce que l'autre disoit, n'auroit il pas subject de croire qu'ils seroyent hors du sens, & que les bastisseurs de la tour de Babel seroyent ressuscitez? St. 1 Cor. 14.26. Paul appelle cela estre hors du sens, posant cecy pour fondement. Qu'en l'Eglise tout se doit faire a edification. Et quelle edification peuvent les Ames recevoir par le bruit des parolles qu'ils n'entendent point, plus qu'ils ne font du son des cloches. St. Augustin declare combien absurd il est de parler en un language [Page 76]que les auditeurs n'entendent point, en ces termes, Quid prodest locutionum integritas quam non sequitur intellectus audientis, cum loquendi nulla sit causa; Aug. de Doctr. Christ l. 4. c. 10.si quod loquimur non intelligunt, propter quos, ut intelligunt, loquimur? A quoy sert l'excellence du Parler, sil n'est entendu par les auditeurs: veu qu'il n'y a nulle cause de parler, si ce qui est dit n'est entendu par ceux la pour l'amour desquels nous parlons, afin qu'ils entendent. Et a ce propos nouspouvons pareillement demander que profite l'admirable providence & bon ordre de l'Eglise a distribuer le chois & la substance de la Sancte Escriture a tous les offices qui se doivent lire dans les Eglises tout le long de l'an si le peuple dont on pretend l'edification par tels offices n'en entend point le contenu? Je prie ceux qui n'ont pas fait resolution de se rendre aveugles, & de fermer les yeux contre la lumiere, & boucher les oreilles a la raison, de considerer quelle advantage le peuple Protestanta, a edifier leurs ames en ce particulier ils ont tous les jours les oreilles batuës de la parole de Dieu, clairement & intelligiblement recitée dans leur liturgie. Les Pseaumes, les Prieres, les Epistres, les Evangilles, & les Lessons du Vieux & du Nouveau Testament tres exactement distribuées a chaque jour & feste contiennent [Page 77]tant de celeste Sagesse & Piete que cela seul pouroit suffire a rendre une Ame bien disposé & Sainte & sage: & ce coeur la doit estre bien dure qui estant continuellement arosé d'une telle celeste doctrine ne sera pas amoli a la pieté & a la crainte de Dieu. Cependant que ces puissants aides a la pieté & vertu manquent au pauvre simple troupeau qui suit les prestres de Rome, tout leur exercise de religion, (j'entends du vulgaire qui est de beaucoup la plus grande partie) consiste a ouir quelque fois une Messe, sans en entendre un mot, & sans en ouir aucune declaration que bien rarement, & ainsi s'en retournent a leurs maisons aussi sages come ils estoyent venue. Jay veu souvent quelques personnes pieuses exalter le bon heur de quelques uns d'entreux qui avoyent la connoissance de la langue latine, par le moyen de quoy ils pouvoyent entendre la parole de Dieu qui leur estoit leuë, & ainsi eslever leurs Esprits, pourquoy ne considerent ils pas le bon heur de ceux de l'Eglise Protestante en ce point, comme en plusieurs autres, & n'ouvrent ils les yeux pour voir leur erreur.
Leurs conducteurs aleguent l'Antiquité pour la pratique du service divin en Latin, mais l'Antiquité va de cette sorte. Dans [Page 78]l'Empire d'Orient, la Liturgie estoit en Grec, parce que cestoit la la langue maternelle en Constantinople, la Cour, & ville capitale de cet Empire la. Et les provinces inferieures doivent tascher de se conformer dans l'exercise public de l'Eglise & de l'Estat, au language de la Cour. Dans l'Empire de l'Occident la Liturgie estoit en Latin, parce que c'estoit la la langue maternelle a Rome, qui estoit la Cour, & la Capitalle de cette partie occidentale. Et Rome sous les Papes pretendant autant de pouvoir dans les provinces de l'Europe, comme elle avoit sous les Empereurs les force toutes a se conformer a son language dans le service public. Dieu exige une plus grande obeissance en ce point, que les Empereurs. Car ce n'estoit pas pour aucun privilege de plus grande Sainteté, es langues Greque & Latine que les Liturgies ont este composées en ces langues la, mais parce que cestoyent les langues qui estoyent plus universellement entenduës dans les deux Empires. Et partant en ottroya des exceptions de cette regle la aux Provinces qui ne la pouvoyent pas commodement observir. Ainsi le Pape Jean VIII. ottroya au Prince de Moranie la Liturgie en langue Sclavonienne, parce que St. Paul dit que toute langue louë le [Page 79]Seigneur, Bar. to. 10. an 880. n. 10. Strabo de re Eccles. c. 7. Orig. contra. Cels. l. 8. p. 402. qui fut la raison donnée per le Pape en sa letre ainsi que raporte Baronius, Et Walefridius Strabo dit qu'en son temps l'Office Divin se faisoit parmi les Scythes en langue Alemane qui leur estoit commune avec les Alemans. Qui plus est Origine afferme que dans les Eglises primitives tous les offices de Religion se faisoyent au language propre a chaque pais.
De l'Escriture defendue.
Et afin qu'ils n'apprennent en leurs maisons ce qu'ils ne peuvent en leurs Eglises on leur defend de lire l'Escriture en leurs propres langues sans licence sous le sein de l'Evesque ou Inquisiteur, par l'advis du Prestre, ou Confesseur, Index. lib. proh. Alex. 7. Rom. An. 1665. touchant l'aptitude de la personne a cela. Et qui presumera de faire autrement l'absolution luy sera refusée. Cecy est commandé en la 4. regle de l'Indice publié par ordre du Concile de Trente, & fait publie par l'authorité de Pie 4. & depuis par Clement VIII. & depuis peu eslargi par Alexander VII. Cest icy cruauté envers les Ames. Math. 4.4. 2 Pier. 1.19. Christ ayant declaré que la parole de Dieu est leur nouriture, & l'Escriture mesme nous invitant si souvent a la lire. St. Pierre [Page 80]nous exorte ainsi. Nous avons aussi une tres ferme parole de prophesie, a laquelle vous faites bien d'entendre, comme a une chandelle qui esclaire en lieu obscur, Rom. 15.4. 2 Tim. 3.15. Act. 17.11. jusqu'a ce que le jour commence a luire. St. Paul nous recommende la lecture de l'Escriture comme escrite pour nostre instruction & consolation, & comme capable de nous rendre sages a salut. St. Luc louë les Habitans de Berrée de ce qu'ils recevrent la parole avec promptitude d'esprit, conferant journellement les Escritures, &c.
Les Saincts Peres de l'Eglise Primitive estoyent d'un mesme esprit a exorter les fidelles a la lecture de l'Escriture, Clem. Epist. ad Cor. p. 58. p. 61. pour leur Consolation & Direction. St. Clement voulant remedier a une dissention arivée entre les Corinthiens leur escrit ainsi; Considerez diligenment les Escritures qui sont les vrais Oracles du St. p. 68. Esprit. Il ad jouste apres, prenez en main les Epistres de St. Paul & considerez ce qu'il dit. Et les louë de la connoissance qu'ils a voyent es Escritures. Bien aimez dit il, vous avez connu, & fort bien connu les Sainctes Escritures, Ign. Epist. ad Philad. Polic. Ep. ad Philip. & vous avez penetré jusqu'au fond dans les Oracles de Dieu, partant souvenez vous en. De mesme advis estoyent Policarpe, Ignace, & les autres ancients [Page 61]Peres. Clem. Alex. Strom. 7. p. 72. Clement d'Alexandrie fait mention de la lecture des Escritures entre les Chrestiens, devant leurs repas, & de pseaumes & himnes durant iceux. Mais qu'est ce qui fait que la presente Eglise de Rome est li dilligente a faire le contraire, a empescher leur troupeau de lire l'Escriture? Ils en donnent une raison, & une autre ils se reservent par devers eux. La raison qu'ils donent est, que les heresies sont venues par l'abus des Escritures. Qu'ainsi soit, mais qui sont ceux qui en ont ainsi abusé? certainement les Prestres & les Moines le plus souvent, & d'entre eux les plus scavants. Cherchez vos Memoires & vous le trouverez ainsi. Si donc cet argument icy a de la force il en aura a banir l'Escriture d'entre les Doctes, & mesmes hors du Monde. S'il prouve cela (ce qui est trop) il ne prouve rien, le boire & le manger sont la ruine de plusieurs, faut il donc les banir d'hors du monde? Non, que les creatures de Dieu servent a ses Serviteurs, & que ceux qui en abusent reçoivent leur punition en l'abus qu'ils commettent. Que ce celeste flambeau que Dieu a mis en sa maison, la Sancte Eglise pour nous guider dans les chemins obscurs de cette vie luise a tous les Chrestiens.
Et afin que les yeux foibles ne soyent point esblouis par leur clairte, que ce soit icy une regle generalle a tous ceux qui les liront. La ou ils la trouveront claire qu'ils l'embrassent avec devotion, & forment la dessus le modelle de leurs vies: la ou elle paroistra obscure, qu'ils prient Dieu en toute humilité de leur donner lumiere pour l'entendre, & qu'avec patience ils attendent son bon plaisir pour cet effect. Cependant ils peuvent s'assurer que toute connoissance necessaire a la foy de Dieu, a le servir & le louer, est pleinement contenuë en ce qui est clair dans l'Escriture, Aug. de doctr. Chris. l. 2. c. 9. 2 Tim. 3.15. ainsi l'affirme St. Augustin, In iis quae aperte in Scriptura posita sunt, inveniuntur illa omnia quae continent fidem moresque vivendi, dequoy St. Paul donne un ample tesmoignage quand il dit. Les Sainctes Escritures sont capables de te rendre sage a salut; par la foy qui est en Jesus Christ, & sont profitables a endoctriner, a convaincre, a corriger, a instruire selon justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli & parfaitement instruit a toute bonne oeuvre. Les Sainctos Peres accordent avec St. Paul en son opinion du profit qu'il y a lire l'escriture pour nostre instruction spirituelle. St. Basile les recommende, Bas. sur le Ps. 1. comme le meilleur remede qui soit, pour toutes les passions [Page 83]de l'ame. St. Chrysostome meditant sur la grande douceur de David, lors que ayant Saul a son plaisir dans la caverne, il le laissa aller recommende a tous la memoire de cet exemple disant, Chrys. Homil. 1. de Davide & Saule. il est imposlible qu'un esprit conversant avec de telles histoires se laisse emporter a la passion. St. Jerosme dit qu'une infinité de maux arivent par l'ignorance des escritures, d'icy sont venuë la plus part des heresies, d'icy une vie negligente & sans soin, & du travail sans fruit. La raison donnée par les Papistes contre la lecture de l'Escriture estant ainsi refutée, voulez vous scavoir la raison qu'ils ont, & qu'ils gardent per devers eux? Plusieurs disent que cest pour garder le peuple dans l'aveuglement, afin qu'ils ne puissent voir l'ignorance de leurs Ministres, ny la corruption de leurs Misteres, il semble qu'il l'ont ainsi declaré eux mesmes en un Concile d'Evesques, assemblez a Bonnone pour restablir la dignité du siege Romain, par ordre du Pape Jules III. Conc. de stabili. Rom. fid. p. 6. apud Stilling-fleet opere de Idolat. Rom. ecc. p. 201 Le principal advis qu'ils donnerent fut que par touts moyens. aussi peu de l'Evangile que faire se pouroit fust leu, (principallement en langue vulgaire) dans les villes de sa jurisdiction, adjoustans que ce livre la avoit esté la cause de la decadence de leur ancien lustre, & concluants ainsi, & en [Page 84]verité si on le considere dilligenment, & si on le compare a ce qui est fait en nos eglises, on les trouvera fort contraires l'un a l'autre, & que mesmes nostre doctrine, non seulement en differe, mais mesmes luy est contraire, ainsi il a pleu a Dieu qu'ils descouvrissent eux mesmes leur intention, & quelle fust publiée pour des [...]buser les desvoyez, comme chose escrite par plusieurs graves Autheurs qui sans doute ne voudroyent pas la publier que sur bon fondement. Et n'est ce pas icy user de tirannie sur les Ames?
Troisiesme Point.
Je viens maintenant au troisiesme, & dernier point de mon discours, qui est de conclure de ce qui a esté dit. Que la resolution que j'ay prise de me retirer de la communion de l'Eglise de Rome est juste & necessaire. Tout mon discours sur le texte proposé n'est qu'un syllogisme, dont la proposition majeure est que, Si nous trouvons une Eglise ou Congregation convaincue d'idolatrie, Impieté, & Cruauté dans sa pratique publique & establie, nous en devons quiter la communion. Cest icy la doctrine de nostre Sauveur contenue es paroles de nostre texte, comme a paru par [Page 85]la declaration, & la preuve que j'en ay faite au premier point. La Mineure est que j'ay trouvé la presente pratique generalle de l'Eglise Romaine convaincue d'Idolatrie, d'Impieté, & de Cruauté. La conclusion est que la Resolution que j'ay prise de l'abandonner est oit juste & necessaire. Nul Chrestien ne scauroit nier la Majeure, veu que cest la doctrine mesme de Christ, comme paroist par nostre texte. Si la Mineure est vraye, il ny a bon logicien qui puisse nier la conclusion. La verité de la Mineure, touchant l'Idolatrie semble estre suffisenment prouvée par ce qui a esté dit touchant l'adoration du pain de l'Eucharistie, & des Images touchant l'impieté antichristienne, par ce qui a esté declaré qu'ils opposent & preferrent les loix du Pape, a la loy de Dieu, faisant le Pape seul & souverain arbitre de la loy de Dieu, luy donnant l'attribut d'Infallibilité qui convient a Dieu seul, abrogeant l'Institution de Christ en l'administration de l'Eucharistie, ou Communion & en establissant une autre toute contraire; privant Christ du titre de seul Sauveur, & Esperance du genre humain, lors qu'ils appellent la Vierge Marie leur Salvatrice & leur Esperance: advançeant l'honneur & service des Saincts par dessus celuy de Dieu [Page 86]lors qu'ils luy dedient plus d'Eglises, & luy font plus de prieres qu'a Dieu mesme.
Leur Cruauté en la conduite des Ames paroist trop, par ce que nous avons dit qu'ils privent le peuple Chrestien du fruit du St. Sacrement de l'autel, par leur demi Communion. Qu'ils le privent de l'edification de leurs Ames, lors qu'ils leur administrent le service divin en une langue qu'ils 'en endent point. Qu'ils luy ostent l [...] liberté de lire la parole de Dieu en ses Saincts Escrits. Leur tirannie sur les Princes, en les privant de leurs Couronnes & dignitez, & excitant leurs subjects a prendre les armes contre eux. Leur severite envers les Irlandois en suite de cette leur pretention.
A quoy on peut adjouster leur Tirannie sur les Consciences lesquelles ils forcent a la croyance & a la deffence des Doctrines repugnantes a leur fentiment & non éstablies par la foy Catholique: comme paroist par la violence qu'ils apportent a forcer toutes personnes de croire & declarer la conception de la vierge Marie sans peché originel: bien qu'il y ayt tant de clairs tesmoignages de l'Escriture a l'encontre, qui affirment que tous ont peché en Adam: que Christ est le Redempteur Universel de [Page 87]peché, & Sauveur de tout le genre humain; & que pas un seul mot ne se trouve en faveur de l'exception qu'ils font pour la Vierge Marie, outre leur volontaires & souvent frivoles applications de quelques textes, dont les Autheurs n'eurent jamais dessein qu'ils deussent servir a telle fin. Tellement que tout ce qui est dit par Salomon de l'Espouse en ses Cantiques, de la sapience en ces Proverbs, &c. qui semble avoir quelque son ou cadence accordant a leur intention, est pris par eux pour un vray Oracle declarant la Conception immaculée de la bien heureuse Vierge. Mais ce qui manque de force a leurs textes est supplée par l'art & par la force. Deux Ordres estants engagez en cette querelle de la Conception immaculé; l'un nombreux parmi le peuple, & violent a l'exciter a commettre outrage contre les maisons & les personnes de leurs Adversaires; l'autre puissant avec les Grands & les Prelats, & avec les Papes pour les engager tous en leur querelle. Ils obtiennent de terribles Excommunications contre ceux qui s'opposent a leur doctrine par parole, ou per escrit. Ordonnent que dans les Academies nul ne puisse obtenir de degré; dans les Eglises nul ne puisse prescher que ceux qui prosteront publiquement pour l'immaculée conception, avec [Page 88]beaucoup d'autres violences dont on se sert pour extorquer telles Protestations. De la quelle sorte de Protestants combien y en a il qui protestent contre ce qu'en leurs coeurs ils croyent estre vray, Dieu le scait. Quant a moy je suis tardif a juger des pensées des hommes, nanmoins j'ose dire que si leur decisions touchant les autres points en controverse se conduisent de cette maniere, je ne suis pas obligé de les tenir pour infalibles.
Que diray je de leurs cruelles Censures de leurs compagnons au Christianisme, qui ne sont point subjects au Pape de Rome, lesquels ils excluent avec le reste du genre humain hors de leur Communion de toute esperance de salut: en quoy non seulement ils s'opposent a la verité, mais aussi dementent leurs propres maximes; comme il a esté clairement monstré en un traité que je fus contraint d'ecrire. Il y a quelques années, lors que ceste question m'ayant esté faite par quelques uns de la noblesse, scavoir si un homme babtizé connoissant la priere dominicale, les dix Commandements & le symbole, selon quoy il tasoheroit de vivre prest a croire tout ce qu'il entendra estre vraye fo [...] Catholique, non coupable d'aucune opiniastreté a mal croire aucun article de foy, scavoir dis je si un tel [Page 89]ne peut pas estre sauvé bien qu'il ne fust pas de la Communion de Rome? Je respondi qu'ouy & qu'il estoit vrayment membre de l'Eglise Catholique, quelque nom que le vulgaire luy peust donner. Et ayant entendu que j'estois censuré pour cette doctrine en absence, bien que personne ne me sist opposition en presence, j'escrivi un traité en Latin, ou je demonstray par evidents tesmoignages de l'Escriture, Conciles, Peres, Authorité des Theologiens, & declarations des Papes que la doctrine que j'avois delivrée estoit de la foy catholique & que le contraire estoit heresie, & blaspheme. Des copies de ce traité furent données a ceux de la plus grande authorité, & du plus grand scavoir du Clergé Romain dans le Royaume & sont parmi eux, il y a des ja 3 ou 4 ans, sans que personne ayt encore peu y faire voir aucune chose fausse ou mal fondé. Neanmoins tous conspirerent contre la publication de cette doctrine comme estant prejudiciable a la cause Romaine. Parce qu'il sensuit de la que les Protestants peuvent estre Sauvez, & que plusieurs qu'on appelle heretiques ne seroyent pas tels en effect. A quoy je respondi que je trouvois de grandes commoditez es choses qu'ils me representoyent pour inconvenients. Car je desirois de [Page 90]tout mon coeur que tous hommes fussent sauvez, & que de tous ceux qu'on appelle heretiques il ny en eust pas un qui fust tel. Et arive qui poura de ma Response, je ne scaurois respondre autre chose que verité, lors qu'on me fait une question. Je reparti aux pleintes qu'ils me firent de cela par les paroles de Job. Job. 13.7. Vous faut il proferer perversité en faveur de Dieu, & proferer quelque fraude pour luy? ou comme il est au texte latin, Numquid Deus indiget vestro mendacio, ut pro illo loquamini dolos? Dieu a il besoin de vos menteries, & que vos usiez de fraude en sa cause? Non pour certain, & ainsi je conclu que ce nestoit pas la cause de Dieu ou le bien des ames pour lequel ils avoyent un si grand zele, mas la grandeur de la Cout Romaine, & avec elle leurs propres interests, laquelle je ne voulois pas advancer en disant des mensonges, ou en celant la verité, qu'ils se flatent l'un l'autre par telles complaisances comme ces hahuants & Syrenes qu'Esaye represent se respondre les uns aux autres dans les masures des maisons de Babilon. Respondebant ibi ulula in aedibus ejus,Esaye 13.22.& syrenes in delubris voluptatis. Les odieux oiseaux de nuit, & les desbordées syrences entretiennent correspondence dans Babilon, mais les enfans [Page 91]de lumiere, & les amateurs de verité ne presteront point l'oreille a leurs charmes, & ne se laisseront point enporter a leurs tromperies.
Ils trompent les simples en disant que les Protestants avouent que les Papistes peuvent estre Sauvez, mais que les Papistes n'avouent pas que les Protestants peuvent estre Sauvez, & de la concluent que les deux partis approuvants la Religion Papiste pour une voye seure a salut, elle doit estre estimée pour la plus asseurée. Mais ni en l'un. ni en l'autre ils ne disent pas vray, Car il ny a point de docte Protestant qui reconnoisse la Religion Papiste en general, & a parler absolument pour estre une voye seure a salut. Car ils accordent tous en cecy que plusieurs de leurs doctrines, & de leur pratiques ne peuvent consister avec le salut, bien que peut estre l'ignorance pouroit excuser plusieurs du simple peuple, mais non pas ceux qui connoissent, ou qui par soin & recherche peuvent connoistre leur erreur. De l'autre coste tous les doctes de l'Eglise Romaine enseignent, que tous Protestants baptisez, & croyants les communs principes de la Religion Chrestienne, non convaincus d'aucun erreur contre la foy Catholique, mais se persuadants qu'ils suivent a la verité, ne sont point heretiques [Page 92]mais membres de l'Eglise Catholique; & ainsi taschants de servir Dieu selon les regles de leur croyance, peuvent estre sauvez, comme a este dit cy devant. Et cest un point de grande temerité & manque de charité Chrestienne de juger d'aucune personne en particulier, sans un fondement certain qu'il ne vit pas avec telle sincerité desprit & de croyance qu'il est au droit chemin. Telles presomptueuses censures sont injurieuses a la bonté de Dieu, & troublent le repos humain. Car certainement si par le moyen des divers temperaments, capacitez, educations & inevitables prejugez par lesquels les esprits des hommes sont diversement formez & façonnez ils embrassent diverses opinions quelques unes desquelles son erronées de dire que Dieu les damnera a cause de tels erreurs bien qu'ils soyent amateurs de verité, & desireux de le servir, Cest desrober a l'homme sa consolation, & a Dieu sa bonté. Et en cette temeraire procedure le commun du parti Romain est par dessus tous les hommes presompteux & malin. Et les scavants d'entre eux qui favorisent & ne repriment pas leur malice en ce point ont juste raison de craindre le desplaisir de Dieu, & que Christ ne les renconnoistra pas pour ses Sectateurs, puis qu'ils manquent de charité qui est la [Page 93]principalle marque qu'il donne de ses disciples disant par cecy connoistra on que vous estes mes disiples, Jean 13 3. si vous vous aimex l'un l'autre.
A cecy j'adjousteray la grande tirannie & cruauté qu'ils exercent vers les Ames en la pratique de la Confession, d'un costé ils en augmentent la rigueur par des additions de severité, obligeants les personnes a des expressions si menuës des plus odieuses circumstances des secretes pensées & actions, qui la rendent la plus pesante de tous les devoirs Chrestiens, & d'autre costé ils apportent tant d'obstacles a son execution par la reservation de certains cas qui ne peuvent point estre absous que par personne determinée, que cela cause aux ames des perplexitez lamentables, & des procedures contre les mouvements de leur Consciences, qu'elle cruauté est encore augmentée en plusieurs lieux par la sordide a varice de leurs Pasteurs, qui font croire aux pauvres ames quelles ne se doivent point confesser a d'autres qu'a leurs Curez, & refusent d'ouir leurs Confessions sans argent. Je ne seray pas si injusté a l'Eglise Romaine de charger tout le corps de ce dernier abus ven que ce nest la faute que de quelque membres corrompus, je ne suis pas si malicieux envers elle que de [Page 94]jetter sur sa face l'ordure de ses pieds; j'amerois mieux si je pouvois la lauer de toutes ses taches, avec le sang de mon coeur. Mais ses pieds mesmes sont si eslevez, & si mal endurants de correction que lors que j'ay tasché de reformer ce abus en leur remonstrant les Decrets des Conciles & des Papes faits a l'encontre, & leur representant la perte des ames qui s'en ensuivroit, je n'ay recue pour fruit de mes labeurs que haine & rancoeùr pour avoir pretendu de guerir cette maladie. Ce que joint avec plusieurs autres experiences de leurs langueurs trouvées incurables & contagieuses je me suis en fin resolu a cette Conclusion. Jeresn. 61.9. Nous voudrions avoir gueri Babilon, mais elle nest point gueri laisse la la.
Mais toy Pere de misericorde Seigneur tout puissant, a la puissance duquel toutes creatures sont subjectes, qui peus avec mords & freins retenir ceux qui ne veulent point approcher de toy, n'abandonne pas cette Eglise la, ny aucune autre assemblée d'hommes rachetez par le precieux sang de ton fils Jesus; vueille les illuminer tous par les glorieux rayons de ta celeste lumiere, & les ranger par les puissans liens de ta grace a une parfaite [Page 95]union en verité & charité, pour te servir & louer deuëment en cette vie, & pour estre joints ensemble en ta gloire, en vie eternelle; Amen.