Briefue DECLARATION du ROYAUME D'ESCOSSE, Pour l'Information & Satisfaction de leurs Freres d'ANGLETERRE, touchant la presente Expedition en ANGLETERRE.

Imprimee a Edenburg par Evan Tyler, Imprimeur du ROY. 1644.

Briefue DECLARATION du ROYAUME D'ESCOSSE.

ENcore que nous ayons raison de croire, que les Entreprises sanglantes, & barbares des Papistes & leur Faction, tant en Anglterre qu'en Ir­lande, & la multitude d'oppressions & miseres que ceux qui sont bien affectionnez a la Religiō Protestante, & Liberté de leur Pays ont souf­fert, ayent touché les coeurs des hommes de recercher la pro­mpte assistance & secours de leurs Freres, l'ardent desir, & les derniers effortz desquels seront, de leur conserver & restablir l'une & laùtre: Toutesfois scachans combien est industrieuse la malice du Diable & de ses instruments, a susciter des prejugez & fomenter des Jalousies entre ceux de qui les coeurs & les pensees doibuent estre unes, parce que leur prosperité est une, & particulierement entre nous & nos Freres d'Angleterre, a ce quén nous diuisant l'vn de l'autre, ilz puissent nous destruire tous deux: Et afin que cette nostre se [...] de Expedition en Angleterre (que nous ne doubtons pas que Dieu benira, a l'advantage de cette Nation là, comme il fit nostre premiere, au bon-heur de la nostre propre) au lieu d'estonnement & op­position, puisse trouuer la prompte & agreable concurrence de tous ceux qui comme nous desirent, La conservation & Re­formation de Religion, L'Honneur & Prosperité du Roy, [Page 2] La Paix & Liberté des Royaumes: Nous avous trouué bon d'en­voyer deuant cette briefue, mais libre & ingenue Declaration, des Raisons de cette nostre Entreprise, & de nos intentions en icelle, asin que nous nàyons afaire qu'a ceux que nous pour­rons trouuer paisibles, ou laisser inexcusables.

Comme ainsi soit donc que les plus grandes questions qui semblent se pouuoir mouuoir en cette affaire, puissent estre re­duites a ces trois chefs; assauoir, La justice de nostre Cause; Le droit de nostre vocation a icelle; Et La fidelité de nos compor­temens en cette occasion: Nous tascherons icy de donner satisfa­ction en tous ces Poincts, & ne doubtons point de le faire, si ce n'est qu'il reste quelques vns, desquels malice inveteree ayt produit en eux vne resolution de ne pouuoir estre satisfaicts.

Quant a la cause & fondement de cette Entreprise, nous ne sō ­mes pas ignorans auec quelle passion ardente les fils de men­songe & perditiō (desquels la coustume est de calomnier les pro­cedures qu'ilz ne scauroient destourner) taschent d'imprimer aux coeurs de nos Freres, que nous venō; pour pescher en eaue trouble en Angleterre, pour cercher & prendre nos propres advantages au milieu de vos necessitez. Mais nous vous prions de ne point ouurir vos oreilles, beaucoup moins vos coeurs, a tel­les impostures, dont nous nous assurons que vos yeux verrōt en bref la faulseté. Car comme cy aprez nous ne doubtons pas de prendre a tesmoing nos cōportemens & vos consciences, oultre l'experience que vous avez eue depuis peu de nostre Religieu­se observation de nos precedentes Declarations de cette nature, Aussy donnez nous permission au mesme temps de prendre a tesmoing le grand cercheur des coeurs, qui cognoit, Que si nous nèussiōs esté appelez a ce service par lamour de Christ, qui requi­ert des Christiens de se soulager les vns les autres; & par la Loy de nature, qui de [...]e nostre principal soing & effort a nous conserver de nostre propre danger & ruyne, qu'vn esprit or­dinaire verra facilement estre envelopee en nos voisins, Et par nostre debuoir, & desir de desgager le Roy des dangers auquels il est enlacé, par la compagnie & pernicieux Conseil de ceux qui sont ennemis de la Religion, de la Prosperité de sa Majesté, & Paix de ses Estatz, Nous eussions peu, auec beaucoup plus [Page 3] de contentement & satisfaction a nous mesmes, auoir jouy auec repos de nostre morceau sec, qu'estre entrez en vos Maisons pleines de sacrifices de contention, mais puis que nous sommes requis & mesmes necessitez par cette legitime Vocation, qui sera mentionnee cy dessoubs, Nous protestons deuant Dieu & le Monde, que nos coeurs & pensees sont nettes & exemptes dau­cunes autres intentions que celles qui sont exprimees en nostre sacree Alliance & Convenant, auquel nous sommes confe­derez auec Angleterre, assauoir, La Conservation & Reforma­tion de la Religion, Dignité & Prosperité du Roy, & la Paix & Libertez des Royaumes. Toutes lesquelles nous jugeons estre en tres-grand danger, par les Conseils & Ligues des Papi­stes, Prelats, Malignants, & leurs adherents, si puissans au­jourdhuy en Angleterre & Irlande, Et nous ne desirerons au­trement la Benediction de Dieu sur nos trauaux, qu'èntant quils seront dirigez pour l'establissement & conseruation des choses susdites.

Et parce qu'il ne suffit pas déstre engagé en vne bonne cause, si ce nést par vne vocation legitime; nous declarons de plus par celle cy, Que quoy que les interests inseparables des deux Nations en leur Religion & Libertez (qui ayans les mesmes Ennemys communs, doibuent auoir pour visee de subsister ou perir ensemble) pourroient nous auoir suffisam­ment adverti de travailler a preuenir nostre propre ruyne, en conseruant nos Amys & Freres, de destruction: Toutesfois afin que nous fussions plus pleinement & formellement obligez a ce seruice & deuoir de Chrestien, & que par ce moyen la bouche de mensonge & malice put estre fermee, Dieu a ainsi ordonné les affaires en sa sage & juste prouidence, que le Parle­ment d'Angleterre, lequel (oultre son interest en la conserua­tion & Reformation de la Religion auec la defense des Loix & la Liberte du Pays, a quoy nostre ayde est demandee) a vne ob­ligation particuliere sur cette Nation (ainsi que nous auons cy­deu [...] recognu par nos Declarations publiees au commence­me [...] de nostre derniere Expedition) pour auoir refusé de fauoriser & soustenir vne guerre contre nous l'An. 1640. A jugé a propos par les Commissaires munis de pouuoirs pour [Page 4] cet effect, de requerir vne ferme vnion auec nous, & cette juste & necessaire assistance de nous.

Et ou il nous pourra estre objecté que le consentement & commandement du Roy n'interuenant point a cette nostre vocation, elle semble estre defectueuse; Nous respondons, Que quoy que par linjure des mauuais Conseils, tant sa per­sonne que ses commandemens personnels nous soyent sou­straits, toutesfois son honneur, sa Prosperité, sa Posterité, son grand Conseil, le bon-heur de ses Royaumes, nous appellent instamment a cette prompte Entremise. Ainsi si nous ne voulions (cequ'a Dieu ne plaise) effacer de nos pensees le sen­timent de pieté & de Religion envers Dieu, de l'honneur & debuoir envers nostre Souverain, & de gratitude envers le Parlement & Royaume d'Angleterre, nous ne pouuous en aucune facon resister a la vocation presente pour cette En­treprize.

Aprez, quant a ce qui concerne la maniere de la poursuite de cette Cause juste & vocation legitime, Quoy que les Re­questes & Remonstrances sans effect, en grand nombre, pre­sentees a sa Majesté de la part des deux Royaumes, nous ayent laissé ce seul moyen, qui est sans aucune intention contre sa Majesté, ni contre ses bons Subjects, Mais contre les Ennemys du Roy & des Royaumes, auec lesquels nuls autres moyens ne peuuent prevaloir: Toutesfois nous tascherons auec soing d'ordonner, en sorte les affaires de nostre Armee, que toutes in­solences, rapines, vols, & ces autres calamitez, qui ordinaire­ment suiuent les gens de guerre, soyent prevenues.

Et en cecy, comme non sans grand contentement de nous mesmes, ainsi auec non-moins de satisfaction de vous autres, nous pouuous vous renuoyer a l'experience de nostre Expedi­tion precedente (quand nostre propre necessité nous fit entrer en Angleterre, ainsi que la vostre maintenant nous y convie) pour considerer combien peu de dommage fut occasionné par nous, combien peu de desordre fut commis par nous en aucun lieu ou nous mismes le pied: Et nous promettons par celle cy, de renouveler le mesme soing & diligence, & sil est possible, les redoubler pour cet effect.

[Page 5]Et afin quòn ne nous regarde pas auec un prejugé comme Estrangers, a quoy nous esperons que cette ferme Vnion du Convenant mutuel mettra fin, Il y a des Commissaires de vostre propre Nation, la pluspart desquels sont Membres de vostre Parlement, & tels a qui vous auez commis le soing des affaires de l'Eglize, des Loix, & Libertez, qui sont joincts auec nous, sans l'assistance desqu [...]ls nous sommes obligez de ne faire aucune chose qui vous concerne; Et pour vous liberer de tous soupcons iniques, lesquels si vos esprits ne sont pas prompts a concevoir, toutesfois les langues malicieuses de nos adversaires communs, sont prestes a suggerer, que nonob­stant cette Declaration nous auons quelques fins sinistres & secrettes qui pourroient tourner au prejudice de vos droicts & prosperité; Nous voulous que vous scachiez par celle cy, que nous nous sommes franchement engagez nous mesmes, par vn Article du dernier Traicté dèntre les deux Nations, de donner la foy publique du Royaume d'Escosse au Royaume d'Angl­terre, que nostre Entree ni nostre sejour dans ledit Pays, ne seront employez a aucunes autres fins quà celles qui ont esté exprimees dans le Convenant, & au Traicté soubigné par les Commissaires des deux Royaumes, que nous sommes resolus, a l'honoeur de Dieu & de cette Nation, de garder inviolable­ment.

Et comme nos Amys & Freres peuuent attendre de nous des actions conformes aux expressions de cette Declaration, Ainsi les Malins & adversaires implacables des fins declarees eu nostre Convenant, ne peuuent rien attendre de nous quvne poursuite vigoureuse sans partialité; En quoy, si quelque mal leur arriue, nous sommes assurez que parle Juge­ment des hommes sages & indifferens la faute sera imputee a Eux mesines, comme aux Autheurs de leur propre mal.

Finalement, nous declarons (contre tous faux & artifi­cieux rapports) que nous sommes si esloignez de souhaiter du mal ou perte a aucun de nos Freres d'Angleterre, que nos intentions sinceres & Reeles ne sont pas pour y allumer le feu ou y apporter de l'huile, Ains d'y apporter de l'caue pour esteindre ces flammes & combustious lamentables, lesquelles [Page 6] nous auous auec tant de soing & affection trauaillé a estouffer: Que nous auons pris les Armes, non pas pour faire la guerre (si nous n'y sommes contraints) Mais pour obtenir vne Paix mieux fondee & de plus de duree; afin de ouir de nostre Re­ligion & Litertez par tous les trois Royaumes: Et que les Mes­chants (qui sont les Autheurs miserables de nos troubles) esta [...] ostez d'aupres de nostre Roy, vne bonne intelligence puisse estre establie entre sa Majesté & son peuple. Et comme nous auous juré solemnellement, de proteger & defendre tous Ceux qui entrent en cette Alliance & adherent a icelle auec nous, de mesme attendons nous certainement que tous nos Freres en Angleterre, qui sont Zelez a la vraye Religion Protestante, Loyauté au Roy, & fideles a leur Patrie, se joindront auec nous, & nous assisteront en cete tres-noble & juste voye, a procurer ces desirs equitables; Aprez lesquels obtenous, nous serons tres-prompts & prests de retourner a nostre Pays natal; Estimant estre nostre plus grand bon-heur, de veoir la Verité auec la Paix, establie en ces Royaumes de sa Majesté.

Arch. Primerose.
FIN.

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